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[Dossier] Financements : Diversifiez vos idées reçues

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[Dossier] Financements : Diversifiez vos idées reçues

Sur le marché, de nombreuses options s'ouvrent aux ETI et PME en termes de financement. Outre le PGE et l'emprunt bancaire, l'affacturage, le leasing, mais aussi les financements innovants proposés par les fintechs sans oublier les fonds privés et même la bourse sont des solutions envisageables pour les entreprises. De quoi financer tous les investissements.

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Sommaire :

1. Diversifier ses financements : quelles options ?

2. "Les crédits d'impôt sont des sources non négligeables de financement"

3. Et si vous ouvriez votre capital ?

1. Diversifier ses financements : quelles options ?.

Pendant la crise, le rôle des banques, qui ont massivement accordé les fameux prêts garantis par l'Etat (PGE), a été salué. Mais cela va-t-il continuer ? Est-ce que les organismes bancaires vont toujours accueillir les entreprises à bras ouvert alors que ces dernières sont désormais très endettées et que les taux sont en train de remonter ? Pour Philippe Berneur, vice-président de la commission financements de l'AFTE (Association française des trésoriers d'entreprise), la question se pose. Son conseil : diversifier les financements ou au moins connaître les options existantes. « Quand on prend un type de financement, il est important de le panacher avec d'autres », conseille quoi qu'il en soit François-Xavier Verdes, avocat spécialisé en financements au sein de Maeker Avocats. Se financer uniquement via ses fonds propres et des prêts bancaires classiques feraient en effet passer à côté d'opportunités intéressantes. Mais quels sont les autres financements vers lesquels il est possible de se tourner ?

Les obligations, outils pour financer la croissance

Philippe Berneur recommande en premier lieu aux ETI de regarder du côté des Euro PP. « Ce n'est pas forcément un financement bon marché mais il est possible de bénéficier de durées plus longues que l'emprunt bancaire et le remboursement se fait tout à la fin », décrit Philippe Berneur. Il invite aussi, pour les plus grosses ETI, à ne pas bouder les Neu CP, ces titres de créances qui remplacent les billets de trésorerie (BT) et les certificats de dépôts négociables (CDN). « Pour le financement à court terme, les conditions sont très bonnes. Mais il faut une ligne de crédit et il y a toujours la contrainte de la notation, même si cette dernière est plus souple qu'auparavant », précise Philippe Berneur. Si la mise en place peut être difficile, des financements à court terme sont ensuite facilement et rapidement mobilisables.

Plus simplement, il est possible de se tourner vers le marché obligataire, parfois oublié des PME et ETI. « On peut lever de la dette sous forme d'obligations simples ou structurées, dans le privé comme dans le public. C'est un peu plus coûteux que le financement bancaire mais assure un financement un peu plus long », décrit Jean-Pierre Valensi, associé et directeur des activités capital markets advisory chez KPMG France. « Les obligations sont particulièrement intéressantes en ce moment : ce sont des outils pour financer la croissance », poursuit Florence Vasilescu, fondatrice et CEO de Firmfunding. Et d'expliquer : « L'emprunt obligataire vient renforcer le haut de bilan et la dette obligataire ne pèse pas sur le cash flow puisqu'elle est remboursée in fine. Ainsi, on peut continuer à investir pour la croissance de son entreprise. »

Autre avantage des obligations selon elle : le fait d'entrer en contact avec d'autres interlocuteurs que les banques. « Les fonds obligataires apportent plus que de l'argent ; ils font notamment bénéficier de leur réseau. » Encore faut-il savoir à quels fonds s'adresser : on peut faire ses premiers pas dans dans le monde du marché obligataire via les obligations relance, qui ont enfin vu le jour après des mois de retard. Ou passer par des plateformes de mise en relation, comme celle que propose la fintech Firmufunding.

Des fintechs de plus en plus innovantes

Les fintechs deviennent en effet des interlocuteurs incontournables pour les entreprises qui souhaitent diversifier leurs sources de financement. Elles sont notamment nombreuses à proposer des solutions de crowdfunding, financement qui se développe de plus en plus : les sommes collectées en 2020 ont augmenté de 62% par rapport à 2019. « Le crowdfunding concerne aussi bien des émissions de dettes obligataires que l'immobilier, en passant par le financement de projets à impact », précise Alain Clot, président de France Fintech. Le crowdfunding couvre donc un champ très large et mérite d'être étudié. « Il offre des modalités de financement originales mais les montants levés correspondent surtout à des besoins de TPE et de start-up », juge cependant Jean-Pierre Valensi. Il estime par contre que cela peut être intéressant en termes de communication. Avant de se lancer dans ce financement innovant, il faut tout de même faire attention à la plateforme choisie : « elles ne sont pas toutes recommandables », avertit François-Xavier Verdes. Il conseille notamment de faire attention à la nature du financement (don, prêt ou investissement) et aux critères de la plateforme qui doivent être en accord avec les valeurs de l'entreprise. « Par ailleurs, s'il s'agit d'un investissement, il faut veiller à regarder si le titre est revendable et à quel prix », poursuit-il.

Les fintechs ne se limitent pas au seul crowdfunding. Gilles Porte, responsable partenariats & développement digital chez Allianz Trade (ex-Euler Hermes, observe une digitalisation de techniques traditionnelles de financement comme l'affacturage : « Désormais, ces solutions s'intègrent dans des parcours e-commerce et permettent au vendeur de bénéficier automatiquement de liquidités en contrepartie d'une cession de facture. Des prestataires financiers proposent également des plateformes via lesquelles les vendeurs se financent en cédant des factures », décrit-il, précisant qu'Allianz Trade couvre les risques liés à ces financements. Le leasing est également concerné ou encore les contrats de prêts. « L'automatisation nous permet d'industrialiser le sur mesure et d'appliquer des méthodes de banque d'investissement à des PME. On peut ainsi structurer rapidement des prêts complexes et résoudre des problèmes d'entrepreneurs qui ont besoin rapidement d'un financement », indique Tristan Grué, directeur de la filiale française de la fintech Riverbank. Certes les prêts proposés sont plus chers, s'appuient sur des garanties mais sont souvent plus risqués et surtout plus rapides.

La rapidité : c'est ce à quoi travaillent les fintechs en priorité. « Les fintechs s'attèlent à répondre très vite aux emprunteurs et avec le moins de formalités possibles. Mais de façon précise grâce notamment à des analyses algorithmiques », avance Alain Clot. Et elles innovent pour sans cesse proposer de nouvelles solutions de financement, afin de répondre aux problématiques des entreprises. Franck Sebag, associé EY, parle par exemple des prêts inter-entreprises, proposés via des sociétés comme Younited ou November, qui n'existaient pas il y a cinq ans et se sont beaucoup développées. Gilles Porte cite quant à lui l'extension au segment b to b du « buy now, pay later », très répandu en b to c : « Un crédit est accordé à l'acheteur professionnel par un organisme financier qui paie immédiatement le marchand, précise-t-il. Ainsi, même si cela a un coût, le marchand a, comme avec l'affacturage, obtenu du cash rapidement. Ce mécanisme permet également d'augmenter le montant des paniers d'achat, en intégrant le crédit de manière fluide dans le parcours d'achat. Ceci est rendu possible par des technologies qui permettent à l'organisme financier, après avoir vérifié l'identité de l'acheteur, de s'assurer en temps réel contre son risque de défaut. »

Alain Clot met en avant deux nouveautés : le « revenue based finance » et la cession de créance innovante. « Le revenue based finance permet de financer une entreprise qui, en contrepartie, verse un pourcentage de son chiffre d'affaires, décrit-il. Il se destine notamment aux fournisseurs SaaS qui, ayant peu d'actifs, sont mal servis par les acteurs bancaires. » La cession de créance innovante permet, quant à elle, de financer la trésorerie d'entreprise en cédant ses créances à ses investisseurs, et ce via des plateformes 100 % en ligne permettant aux investisseurs de choisir directement l'entreprise et la facture à financer, grâce à un système de notation.

Même du côté des financements à impact, qui commencent à avoir le vent en poupe notamment pour des questions d'image, les fintechs innovent : Leasecom propose depuis peu du leasing à impact. « Des critères extra-financiers sont pris en compte et plus ils sont respectés, plus les loyers baissent » , décrit Nicolas Durst, directeur du développement de Leasecom, citant le respect du RGPD, la compensation carbone ou encore l'utilisation d'appareils reconditionnés.

Les financements classiques ont aussi du bon

Si l'on préfère les financements plus classiques, les financements sur actifs ne sont pas à négliger. « Selon la valeur et le risque de l'actif, il est possible d'obtenir des financements dans de bonnes conditions », indique Philippe Berneur. Les actifs financés peuvent être à long terme, via du leasing ou même une vente avec faculté de rachat (ou vente à réméré) pour les actifs que l'on veut garder sur le long terme. « De la fiducie peut intervenir pour protéger l'actif », ajoute Philippe Berneur. Les actifs peuvent aussi être à court terme : factoring, escompte... « Cela permet de faire de la déconsolidation et améliore le cash flow », note Philippe Berneur. Il existe aussi le financement sur stock. « Hormis les stocks de matière première, cela est souvent réservé aux entreprises acculées à ce genre de financement car les financeurs appliquent une forte décote et les coûts sont généralement élevés », prévient Philippe Berneur.

Face à ces nombreux financements disponibles, on peut vite se perdre. Il peut alors être judicieux de se faire accompagner par un spécialiste de son secteur pour détecter les bons financements. Un audit sera alors réalisé pour savoir quels financements activer et comment les structurer. Et les dispositifs d'aides seront inclus dans la réflexion. Benoît Fougerais, directeur général et co-fondateur de pretpro.fr, juge que, dans la période actuelle, la priorité doit en effet être donnée aux financements qui ne coûtent rien, et donc aux dispositifs d'aides. « Nous les recensons en réalisant une veille permanente et, dans nos dossiers de financement, nous interrogeons systématiquement les aides disponibles », indique-t-il. S'il est essentiel d'activer ces dispositifs, qui apportent un vrai plus pour boucler un financement, voire accéder a des financements, ils n'est pas toujours facile de s'y retrouver. François-Xavier Verdes, qui parle de « mille-feuille de dispositifs » conseille plus que jamais de se faire accompagner.

Véronique Coulmann, Daf d'Anevia

« Nous pouvons disposer d'un financement correspondant à une partie du CIR avant même d'avoir déposé notre déclaration »

« Etant une PME déficitaire, les banques ne nous accordent pas d'emprunt. Il nous faut donc trouver d'autres solutions de financement », lance Véronique Coulmann, Daf d'Anevia, spécialiste de diffusion vidéo. PME innovante, qui consacre beaucoup de temps et d'argent à la recherche, il était naturel qu'elle se tourne vers le crédit impôt recherche (CIR). La Daf est allée plus loin en mettant en place un pré-financement du CIR. « Cela nous aide beaucoup. Nous pouvons disposer d'un financement correspondant à une partie du CIR avant même d'avoir déposé notre déclaration ». Aux dires de Véronique Coulmann, cette forme de financement est, de plus, très simple : « La demande de financement se fait en ligne. Elle est ensuite étudiée par un comité de crédit qui l'accepte ou non, en fonction de l'historique de CIR de l'entreprise », décrit-elle. Ensuite, à chaque versement (qui peut être trimestriel ou semestriel), un audit a lieu. « On fournit à l'auditeur les dépenses à date. Il évalue les risques et indique au financeur le montant qui peut être pré-financé » raconte Véronique Coulmann. Il s'agit d'une cession de créance, l'entreprise touche ensuite le montant du CIR qui n'a pas été pré-financé. Simple et efficace.

2. "Les crédits d'impôt sont des sources non négligeables de financement"

Chez SBT-Humans Matter, entreprise qui conçoit et commercialise des objets cognitifs, le financement se fait projet par projet. Et presque à chaque fois, des aides sont activées. Notamment le crédit d'impôt innovation (CII), qui permet aux PME innovantes de bénéficier d'un crédit d'impôt de 20% sur les dépenses relatives à la réalisation d'opérations de conception et/ou réalisation de prototypes ou d'installations pilotes de nouveaux produits. « Certains de nos projets sont même éligibles au crédit d'impôt recherche, ajoute Béatrice Fayolle, Daf de SBT-Humans Matter. Les crédits d'impôt sont des sources non négligeables de financement, notamment pour les salaires. »

Au-delà des aides et subventions, qui ne peuvent évidemment pas couvrir l'ensemble des dépenses d'une entreprise, Béatrice Fayolle dit ne pas être très créative : « Quand on est une PME, le système bancaire est utilisé en priorité. » Une tendance qui s'est, selon elle, accélérée avec les PGE. La Daf a cependant mis en place des contrats de location, notamment pour les ordinateurs de la société. « Nous les louons pour trois ans et nous les renvoyons – les salariés peuvent également les acquérir pour une somme modique. Cela nous permet de ne pas investir de trop gros montants, puisque les dépenses sont lissées, mais aussi d'avoir toujours des ordinateurs à jour », explique Béatrice Fayolle.

Astuces pour innover en investissant moins

Pour une Daf qui se dit peu créative, Béatrice Fayolle cherche (et trouve) de nombreuses astuces pour diminuer ses investissements... tout en continuant à innover ! Par exemple, un des produits de Humans Matter est un logiciel coconstruit avec des orthophonistes ; au lieu de leur acheter 100 % de la propriété intellectuelle, ces derniers en garde une partie. « Cela nous permet de ne pas investir une grosse somme et eux touchent des droits d'auteur. C'est du gagnant-gagnant », souligne Béatrice Fayolle. Même le mécénat ne consiste pas en des dons en argent, mais en des dons en temps : des salariés de l'entreprise sont détachés pour le compte d'associations. « On bénéficie en contrepartie d'un reçu fiscal et on peut bénéficier d'un crédit d'impôt si on paye des impôts », précise la Daf. De plus, ces salariés détachés apportent un vrai plus à ces associations en leur permettant d'avancer plus rapidement sur certains projets : elles accèdent ainsi à des compétences qu'elles n'auraient pas forcément acheté.

Béatrice Fayolle dit également s'intéresser de plus en plus aux monnaies des metaverses. Elle cite Gucci qui a lancé une opération sur la plateforme Roblox et qui y a vendu un sac pour une somme dépassant le prix d'un vrai. Le Daf doit en effet s'intéresser à toutes les tendances financières, même celles qui semblent les plus folles.

3. Et si vous ouvriez votre capital ?

Avec la crise et surtout les contractions massives de prêts garantis par l'Etat (PGE), les entreprises sont aujourd'hui fortement endettées. Il est donc temps de renforcer les fonds propres et de se tourner vers l'equity. Bonne nouvelle : il y a beaucoup d'argent sur les marchés qui ne demande plus qu'à être investi dans les entreprises. Encore faut-il que ces dernières soient prêtes à ouvrir leur capital, que ce soit à des fonds ou au marché boursier. Certaines sociétés se montrent en effet encore frileuses face à ce type de financement. Et si la solution était de bien choisir ses actionnaires ?

Dénicher le fonds qui correspond à son entreprise

La première question, primordiale, à se poser est la suivante : pourquoi ouvrir son capital ? Les ouvertures de capital correspondent généralement à des projets de croissance importants pour lesquels des financements importants sont nécessaires. « Il y a un diagnostic à faire de son besoin financier : combien, pourquoi, etc. Il faut en effet que tout cela soit rationnel. Surtout, il faut se demander si on est prêt à ouvrir son capital, à combien de pourcent et pour quel montant », pointe Franck Sebag, associé EY. Faire entrer un ou plusieurs actionnaires à son capital c'est accéder à des financements en fond propre (donc pas de dette à rembourser), mais c'est aussi perdre en autonomie. Il faut en être bien conscient. « Il ne faut pas considérer un fonds comme une banque : il va y avoir des discussions sur des sujets comme la gouvernance. Les sociétés sous-estiment parfois la part de contrôle qu'elles vont devoir abandonner », met en garde Nicolas Tixier, associé Grant Thornton. Il s'agit donc de bien cadrer les discussions autour de la gouvernance lorsque l'on fait entrer un ou plusieurs fonds au capital de son entreprise. La sortie doit aussi être négociée dès l'origine. Et il peut être utile pour cela de s'entourer de conseils.

Avant d'entrer en discussion avec un ou plusieurs fonds, il s'agit en premier lieu de trouver ceux qui siéent le mieux à son entreprise. C'est ce choix qui fera de l'ouverture de son capital un succès ou un échec. « Le private equity est varié en France et ne se résume pas aux fonds LBO. Les entreprises peuvent se financer via des fonds minoritaires afin de garder la main sur leur société tout en bénéficiant de financements non négligeables », conseille Jean-Pierre Valensi, associé et directeur des activités capital markets advisory chez KPMG France, qui reconnaît cependant que la relation avec deux ou trois fonds est un sujet qui se travaille. Pour Franck Sebag, la question n'est aujourd'hui en effet pas de savoir si de l'argent est disponible pour financer les entreprises, mais à quelle porte aller frapper : « Il faut bien vérifier si l'investisseur sollicité est adapté à son besoin. Ainsi s'adresser à un investisseur en capital innovation n'a pas beaucoup de sens si vous êtes à la tête d'une PME qui n'est pas en hyper croissance et qui n'intègre pas d'innovations majeures dans ses produits. »

Il faut en effet garder en tête qu'il existe plusieurs type de private equity : capital développement, capital transmission, capital risque... Tandis que le capital-développement est destiné aux entreprises matures lors d'une nouvelle phase de leur développement, le capital transmission intervient au moment d'une cession d'entreprise, et le capital risque concerne uniquement les opérations en fonds propres réalisées dans les entreprises innovantes. Il s'agit donc de s'adresser aux bons interlocuteurs en fonction du profil et du projet de son entreprise. Autre élément d'importance lors du choix du partenaire : son positionnement sectoriel. Certains fonds sont en effet spécialistes d'un secteur. « Le process de levée de fonds doit se faire de manière organisé, structuré. Il faut se donner le temps de choisir ses investisseurs et de bien clarifier les choses sur les attendus de la part du fonds en termes financier, stratégique, de reporting, etc. afin qu'il n'y ait pas de surprises lors de la vie en commun », conseille Jean-Pierre Valensi.

Car, bien choisi, le fonds peut apporter énormément à l'entreprise qu'il soutient : son réseau, son expérience... « C'est le métier du fonds de fructifier à travers le développement des entreprises dans lesquelles il investit », rappelle Nicolas Tixier. Il est donc généralement là pour rendre les sociétés qu'il accompagne plus performantes. Ce qui veut souvent dire qu'il faudra lui fournir énormément d'informations financières, notamment sur la trésorerie. Une ouverture de capital à un fonds se prépare donc bien en amont, afin de connaître ses besoins et les différents acteurs du marché pour bien choisir son fonds, mais aussi se transformer pour répondre aux exigences de son actionnaire. « La structure de gestion doit changer de dimension au niveau des process et des outils afin de fournir des reportings plus fins et plus réguliers », souligne Nicolas Tixier.

La cotation en bourse pour lever des fonds conséquents

La préparation en amont est encore plus importante si l'on décide de réaliser une introduction en bourse. Cette option n'est pas à négliger, même pour les plus petites structures. D'autant plus que le marché boursier connaît aujourd'hui un véritable engouement : « La bourse a connu une année incroyable : en 2021, il y a plus d'entrée que de sorties », a rapporté Delphine d'Amarzit, pdg d'Euronext Paris à l'occasion de l'événement « (Ré)inventer la croissance de demain ! » organisé par France Invest. Il peut donc être intéressant de réaliser une IPO maintenant, pour profiter de cette dynamique. A condition, bien sûr, d'avoir besoin de lever rapidement des fonds conséquents. Stéphanie Latombe, associée Mazars en France, indique en effet que « la levée de fonds doit être significative, étant donnés les efforts qu'exige une IPO. Il faut généralement avoir besoin d'un gros coup d'accélérateur pour lequel une grande partie des financements n'est pas adaptés ».

Si c'est votre cas, foncez ! D'autant plus que les avantages d'une entrée en bourse ne sont pas que financiers. « La cotation sur les marchés financiers ouvre un autre champs avec une relation aux investisseurs différentes. Elle redonne une forme d'indépendance au chef d'entreprise », estime Jean-Pierre Valensi. En effet, lorsque l'on est coté en Bourse, il n'y a plus un seul fonds qui représente un poids important dans la gouvernance, mais une multitude d'actionnaires. Ce qui permet, presque paradoxalement, de retrouver de l'autonomie. Stéphanie Latombe parle quant à elle de la visibilité qu'offre une IPO. « Les marchés financiers servent à être connu sur la place mais aussi à sortir du lot car la Bourse demande un niveau d'exigence supplémentaire; cela peut permettre de convaincre des prospects par exemple », estime Stéphanie Latombe. Pour Jean-Pierre Valensi, être coté ouvre d'autres portes, comme celle des obligations : « Être coté ajoute de la crédibilité dans le cadre de ces placements : les informations publiques constituent une base solide pour aller voir des investisseurs obligataires. » Stéphanie Latombe pense également que cela peut permettre d'attirer et de retenir des talents, les salariés cherchant de plus en plus à contribuer à une histoire et pouvant être rémunérés sous forme d'actions.

Apporter des chiffres fiables

Si les avantages sont nombreux, la Bourse présente aussi son lot de contraintes. Et, comme nous l'indiquions plus haut, il faut bien se préparer. Ne serait-ce que pour se présenter sous son meilleur jour au marché. « Les multiples opérations de marché, auxquelles on assiste depuis janvier 2021, créent une nouvelle problématique : comment sortir du lot vis-à-vis des investisseurs qui sont beaucoup sollicités », remarque Stéphanie Latombe. Pour Laurent Bouby, associé Grant Thornton, il est nécessaire d'être positionné sur un secteur qui fait rêver, comme l'environnement ou le digital, et d'avoir un beau projet avec un patron qui donne envie. Il y a donc une « equity story » à écrire. L'associé Grant Thornton insiste aussi sur la valorisation. « Il doit y avoir une adéquation entre ce que les investisseurs sont prêts a mettre et ce que veut le chef d'entreprise. La valorisation qu'en veut le président doit être acceptable par le marché, sinon l'IPO sera un échec. »

Stéphanie Latombe conseille surtout d'être en mesure d'apporter des garanties sérieuses. « Il ne faut pas penser boucler une entrée en Bourse en six mois. Il faut être capable de montrer que l'entreprise est structurée, que tout ne repose pas sur une ou deux personnes et surtout que les chiffres avancés sont fiables. Cela demande un gros travail d'organisation en amont », prévient-elle. Les annonces chiffrées ne doivent pas être farfelues, que ce soit avant l'entrée en bourse mais aussi une fois l'IPO réalisée. « Il faut à tout prix que les process internes tiennent la route et procéder aux investissements nécessaires pour s'équiper des bons outils. Cela permet de s'acheter de la sérénité », insiste Stéphanie Latombe. En effet, de forts décalages entre les annonces et la réalité ne sont pas rassurants, car cela témoigne d'un manque de maîtrise. Cette nouvelle rigueur doit aussi toucher la culture de l'entreprise : il s'agit notamment d'observer une certaine confidentialité et les équipes doivent en être conscientes.

L'entreprise doit aussi se préparer à une autre forme de dialogue avec ses investisseurs que lorsqu'il échange avec ses fonds. Le chef d'entreprise et le directeur financier vont devoir dialoguer avec de nouveaux interlocuteurs, les analystes financiers, mais aussi prendre part à des « road shows » ... Surtout, le message délivré ne sera plus tout à fait le même. « La bourse accélère grandement la visibilité de l'entreprise, notamment au niveau international, et permet un financement à long terme. En contrepartie, il faut s'habituer à une communication plus synthétique, autour de messages clés », indique Jean-Pierre Valensi. Et d'ajouter : « Cela oblige la direction financière à se positionner comme partenaire des métiers pour un meilleur partage de l'information. Les vertus ne sont pas qu'externes, mais également internes ». Pour Stéphanie Latombe, une IPO réussie est souvent le fait d'une dynamique positive de l'ensemble des acteurs de l'entreprise. « Tout le monde doit aller dans le même sens et faire preuve d'optimisme. L'effort de conviction est très important, il ne faut pas y aller à marche forcée. »

« Le chemin vers la bourse n'est pas complexe mais il est exigeant : il y a un effort de transparence à fournir parce qu'on s'adresse au public et que le dialogue n'est plus de gré à gré », reconnaît Delphine d'Amarzit. Si la préparation est incontournable, la patronne d'Euronext rappelle qu'il existe en revanche les marchés Euronext Acess et Euronext Growth qui sont moins exigeants que le marché réglementé. « Les entreprises sont moins visibles des investisseurs, mais il y a moins de contraintes. Il n'y a par exemple pas d'audit des comptes semestriels. C'est donc moins cher de se lancer sur ces marchés et plus rapide », précise Laurent Bouby, qui rappelle que pour une levée de fond inférieure à huit millions d'euros, l'entreprise est exonérée du long et fastidieux document d'enregistrement. La bourse n'est donc aujourd'hui plus réservée aux seuls grands groupes et ouvrir son capital, si on est bien préparé, peut être plus que bénéfique pour profiter pleinement de la période de croissance actuelle.

Le SPAC, pour aller vite

Avez-vous entendu parler des SPAC ? Nouvelle tendance qui nous vient des États-Unis, les SPAC gagnent de plus en plus les marchés européens. « Il s'agit d'une société créée et introduite en bourse par un sponsor. Ce dernier achète ensuite une cible non cotée qu'il introduit en bourse très vite en la fusionnant avec la société cotée », décrit Laurent Bouby, associé Grant Thornton. De quoi aller rapidement en bourse, sans passer par le document d'enregistrement. Delphine d'Amarzit, pdg d'Euronext Paris, a également souligné, lors de l'événement « (Ré)inventer la croissance de demain ! » organisé par France Invest, l'intérêt pour l'entreprise qui entre ainsi en bourse, le circuit étant sécurisé et à prix fixe. « Ce système est intéressant s'il est bien utilisé. Attention cependant à ce que le sponsor ne cherche pas son seul intérêt et à ce que l'entreprise soit bien prête à être introduite en Bourse », a-t-elle mis en garde.

Dans la même idée, Laurent Bouby voit également de plus en plus de « reverse IPO » . « Il s'agit d'acheter une coquille vide sur le marché et de fusionner avec afin de connecter son activité directement en Bourse » , précise-t-il. à étudier également.

Maxime Cordonnier, Daf d'Afyren : « Lors d'une expansion internationale, la cotation apporte de la crédibilité »

La greentech Afyren s'est lancée avec succès sur le marché Euronext Growth en septembre dernier. « Nous avons réussi à lever les 70 millions d'euros que nous nous étions fixés. Surtout, le groupe d'investisseurs que nous avons réuni est sensible à la dimension ESG et a compris où nous souhaitions aller », se félicite Maxime Cordonnier le Daf de la société. Il a de quoi être fier de cette réussite : il s'agissait de la première IPO de sa carrière. Pour se former, il a beaucoup échangé avec des CFO de sociétés cotées ou qui avaient vécu une introduction en bourse. « Cela m'a permis d'identifier certains points clés », explique-t-il. Avec le CEO d'Afyren, ils ont notamment fait attention à ce que le projet ne leur échappe pas. « Lors d'une IPO, on est extrêmement entourés mais il faut veiller à garder la main sur le process, à ne pas se laisser porter au risque de se faire déposséder », met-il en garde. Autre facteur clé de succès selon lui : la définition d'un plan stratégique solide afin d'avoir un cadre clair et une argumentation forte pour répondre aux questions des investisseurs. « Nous avons passé 6 mois à mettre à plat les piliers de notre business et de notre déploiement avant de lancer le processus de cotation », rapporte-t-il. La dernière année a donc été intense pour le CFO et le CEO d'Afyren, d'autant plus que ces derniers ont veillé à ce que le reste des équipes soit peu mobilisé afin que l'entreprise continue à tourner normalement. Aujourd'hui,la société souhaite construire de nouvelles usines et surtout se déployer à l'international. Et le Daf compte bien sur l'introduction en bourse pour simplifier cette démarche. « Lors d'une expansion internationale, la cotation apporte de la crédibilité, notamment en Amérique du Nord », juge Maxime Cordonnier. La bourse a donc de nombreuses vertus.

A retenir

- La période est à la diversification des financements pour ne pas être prisonnier du bon-vouloir des banques.

- Ne pas hésiter à regarder du côté des fintechs pour trouver des financements innovants et rapidement mobilisables.

- Oser ouvrir son capital pour renflouer ses fonds propres : certains fonds et même la bourse sont tout à faitadaptés aux PME et ETI.

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