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Pourquoi un dirigeant doit pouvoir accéder en temps réel aux données comptables de son entreprise ?

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Pourquoi un dirigeant doit pouvoir accéder en temps réel aux données comptables de son entreprise ?
© ra2studio

Alors que la transition digitale des entreprises est sur toutes les lèvres et que le concept de startup nation s'érige en modèle, les Comex et les dirigeants ont souvent besoin de plusieurs semaines pour accéder à leurs données financières. Une problématique qui altère la compétitivité.

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Nombre d'entreprises, à commencer par les start-up et les ETI, considèrent les aspects comptables et financiers comme secondaires, par rapport au produit et à la R & D. Par exemple, en prévision d'une levée de fonds, l'accès aux informations financières nécessaires au montage du dossier relève souvent du casse-tête et occasionne parfois quelques surprises désagréables quant à la situation de l'entreprise à l'instant T. La remarque vaut aussi dans le cas d'un audit, qui doit permettre d'identifier des axes d'amélioration des process ou de réorientation de la stratégie.

L'impact du numérique, encore sous-évalué

Pourquoi les données sont-elles si difficiles à collecter et à agréger ? La principale raison est liée au déficit d'automatisation et de digitalisation des pièces et méthodes comptables, observée dans les entreprises. L'échange de documents papier et d'exports de tableaux Excel, d'un service à un autre, reste une réalité, y compris au sein des grands groupes ou des fleurons de la nouvelle économie. D'après une étude de la BPI réalisée en 2017, intitulée " Histoire d'incompréhension ", ce retard n'est pas seulement imputable à un problème de mise en oeuvre. Encore 20 % des dirigeants estiment en effet que le temps de la transformation digitale n'est pas venu pour leur entreprise, tandis que 47 % soutiennent que l'impact du numérique sur leur activité ne se fera pas sentir avant 5 ans. Les résultats de ce sondage sont inquiétants, puisque plus aucun secteur, ni plus aucune entreprise, quelle que soit sa taille, n'échappe à la dématérialisation.

Depuis une vingtaine d'années, on assiste à un déferlement d'innovations technologiques et d'outils qui ont l'inconvénient de ne pas être interopérables les uns avec les autres. L'autre frein concerne la formation, puisqu'une grande majorité de comptables et Daf (directeurs administratifs et financiers) n'ont pas intégré l'IA dans leur pratique professionnelle. Ils gagneraient pourtant un temps précieux, puisque le principal bénéfice de l'intelligence artificielle est d'automatiser la saisie des pièces comptables. Cette formation a évidemment un coût, mais le retour sur investissement est réel, puisque le temps consacré à la saisie représente 50 % de l'activité. Depuis 4 ans et l'émergence des premiers acteurs de l'automatisation de la saisie comptable, la situation commence à évoluer, sous l'impulsion de PME qui ont compris le gain qu'elles pouvaient tirer de ces nouvelles technologies.

Le ticket de caisse oublié, froissé, déchiré...

L'analyse précise des données comptables requiert que celles-ci soient mises en jour en temps réel. Prenons le cas d'un chef d'entreprise en déplacement. Il accumule ses notes de frais, dans une poche, et les transmet à son retour... Le risque, bien réel, est de perdre des justificatifs ou que ces derniers, froissés ou déchirés, ne soient plus lisibles. Jusqu'à récemment, aucune appli ne permettait de scanner tickets de caisse ou facturettes en temps réel. Plus les informations seront envoyées rapidement, mieux elles seront traitées pour figurer rapidement dans le compte d'exploitation et être analysées le moment venu. En outre, cette évolution des pratiques aura un effet valorisant sur les comptables et les DAF, qui verront leurs missions évoluer vers un rôle de conseil auprès du dirigeant.

Les DAF et comptables, champions de la création de valeur

La principale révolution de l'IA comptable est de transformer le temps consacré à la saisie en temps de conseil stratégique auprès des Comex et des dirigeants. A la lumière des recommandations émises par les directions financières, ils seront ainsi en mesure de prendre rapidement de bonnes décisions. Dans une étude intitulée " Le directeur financier : un champion de la création de valeur ", Accenture Strategy estime qu'en 2020 les DAF consacreront 90 % de leur temps aux données. Pourtant, à peine 3 % des entreprises auraient atteint ce stade à l'heure actuelle et seulement 2 % des services comptables et financiers sont prêts à recourir à l'automatisation pour améliorer leur productivité et leur compétitivité. D'après PwC, 48 % des Daf auront franchi le cap en 2020.

Il est souhaitable que le rôle du Chief Financial Officer se rapproche de celui du Chief Data Officer. La mutation reste encore délicate à opérer, et le chemin encore long pour que les dirigeants puissent accéder en temps réel aux données financières consolidées de leurs entreprises.

Pour en savoir plus

Romain Passilly, co-fondateur et CEO d'Inqom (ex-Fred de la compta). Passionné par l'entreprenariat et très curieux de comprendre comment les entreprises fonctionnent. Très tôt, il a essayé d'identifier des points communs entre les entreprises et de résoudre leurs problèmes.



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Romain Passilly, CEO d'Inqom

Camille George,<br/>rédactrice en chef Camille George,
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