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Artelia mise sur l'actionnariat salarié

Publié par Eve Mennesson le - mis à jour à
Artelia mise sur l'actionnariat salarié

Le groupe Artelia mise depuis sa création sur l'actionnariat salarié. Un modèle qui permet de valoriser l'image de l'entreprise auprès des clients, des entreprises-cibles pour des acquisitions et des candidats mais aussi de motiver les salariés.

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Artelia, groupe d'ingénierie, est détenu à 100 % par ses salariés. Et ce depuis ses origines : le capital des deux sociétés (Coteba et Sogreah) qui ont fusionné en 2010 pour donner naissance à Artelia était déjà constitué à 100 % par de l'actionnariat salarié. L'actionnariat salarié fait partie de l'ADN du groupe, malgré une petite parenthèse de 5 ans (de 2014 au 25 septembre 2019, le fonds CM CIC Investissement était au capital de l'entreprise). " Le fonds ne possédait que quelques pourcents du capital, cela n'avait donc pas de sens ni pour nous ni pour l'investisseur. D'autant plus que nos salariés ont de l'appétence pour nos actions ", explique Frédéric Abbadie, Daf d'Artelia. Conseillé par Equalis Capital, le groupe a adopté une nouvelle structure actionnariale, de nouveau 100% salariée, le 25 septembre 2019.

Concrètement, une bourse aux actions est organisée une fois par an : les vendeurs sont recensés afin de déterminer le nombre d'actions à vendre, le prix des actions est calculé selon une formule statutaire, et ces dernières sont proposées aux acheteurs, à la fois aux salariés déjà investisseurs et aux nouveaux salariés présentant au moins un an d'ancienneté et cooptés par leurs managers. " Jusqu'à présent, nous avons toujours eu plus d'acheteurs que de vendeurs ; nos collaborateurs sont peu vendeurs parce que le cours de l'action augmente ", indique Frédéric Abbadie. Les salariés peuvent aussi investir leur épargne salariale dans un FCPE qui détient des actions dans l'entreprise.

Preuve d'indépendance

Pourquoi faire le choix d'un capital détenu à 100 % par les salariés ? C'est tout d'abord une question de posture. " Un actionnariat salarié à 100 % est une preuve de notre indépendance. Or, sur notre secteur, cette qualité est primordiale pour nos clients ", indique Frédéric Abbadie. Par ailleurs, le moindre turnover lié à l'engagement actionnarial assure une meilleure continuité du service client pour suivre les grands projets du groupe durant plusieurs années. " Ce modèle stabilise l'encadrement dirigeant et les managers clés du groupe ", estime Frédéric Abbadie.

Le Daf pense également que l'actionnariat salarié peut avoir une incidence positive sur les recrutements. " Ça ne joue pas de manière directe mais l'actionnariat salarié permet une cohésion d'entreprise, des relations humaines de qualité, un projet d'entreprise qui a du sens... Autant d'éléments que recherchent les candidats aujourd'hui ", observe Frédéric Abbadie. A noter également que les salariés s'investissent davantage dans la stratégie d'entreprise et offrent des moments d'échanges riches, plus riches qu'avec des actionnaires qui ne connaissent pas l'entreprise aussi intimement. " Les questions posées par les actionnaires sont réellement pertinentes et challengent la direction ", considère Frédéric Abbadie.

Autre avantage du recours à l'actionnariat salarié : les coûts de la gestion du capital, moindre par rapport à d'autres modèles capitalistiques. " Les actionnaires financiers exigent souvent de nombreux conseils, pour être rassurés, alors que chez nous, une assistante suffit à gérer les aspects administratifs des actionnaires ", rapporte Frédéric Abbadie. Par ailleurs, les séminaires d'actionnaires sont avant tout des séminaires d'entreprise : l'actionnariat salarié permet de faire d'une pierre deux coups.

" On ne recherche pas la plus-value immédiate mais une rentabilité qui assure le développement, la pérennité et l'indépendance du groupe "

Le dernier atout que relève le Daf concerne la croissance externe : le modèle d'entreprise d'Artelia renforce son attractivité auprès des cibles dont les managers sont actionnaires. " Ils sont rassurés car ils savent qu'ils pourront réinvestir dans le capital. Or, dans les entreprises où les managers sont impliqués dans le capital, ce sont bien souvent eux qui choisissent eux-mêmes leurs acquéreurs ", explique Frédéric Abbadie. Si bien que des entreprises intéressées viennent spontanément se présenter à Artelia pour un éventuel projet de rachat et d'intégration au sein du groupe. Souvent, les acquisitions sont ainsi réalisées de gré à gré.


Donner des perspectives

Pour bénéficier de tous ces avantages de l'actionnariat salarié, il existe cependant des clés de réussite. " Le premier enjeu est la confiance des salariés dans le projet de l'équipe dirigeante : il faut transmettre sa vision, répondre aux besoins des salariés sur le sens et les perspectives du groupe ", avance Frédéric Abbadie. Des perspectives qui doivent bien sûr être également financières : les salariés investissent avec leurs deniers personnels et ne veulent évidemment pas être perdants. " Quand on a un actionnariat salarié, il faut être d'autant plus rentable. L'actionnaire n'a pas la profondeur financière d'un investisseur qui pourrait réinvestir en cas de besoin, précise Frédéric Abbadie. On ne recherche donc pas la plus-value immédiate mais une rentabilité qui assure le développement, la pérennité et l'indépendance du groupe. "

Autre clé de réussite, selon le Daf : s'assurer que les actions de l'entreprise restent bien aux mains de salariés actifs. Nous l'avons dit : tout salarié qui quitte le groupe doit revendre ses actions. Mais les statuts d'Artelia prévoient également que, à partir d'un certain âge, les salariés commencent à revendre une partie de leurs actions afin qu'ils ne possèdent plus qu'une part réduite de leurs titres au moment de leur départ à la retraite (cela permet d'anticiper les cessions, ainsi que le renouvellement actionnarial). " Il est important de s'assurer que l'actionnariat soit le reflet d'un salariat actif. Sinon, le modèle dérive, s'étiole... et cela peut se terminer par une cession de l'entreprise ", constate Frédéric Abbadie.

Futur enjeu auquel sera confronté le groupe : réussir à faire évoluer l'actionnariat avec la croissance du groupe pour qu'il soit européen et non plus uniquement français. " Aujourd'hui, les dirigeants des filiales européennes sont engagés au sein du capital, mais il y a proportionnellement plus d'actionnaires français ", précise Frédéric Abbadie.

Repères :

Raison sociale : ARTELIA

Secteur d'activité de l'entreprise : Ingénierie

Forme juridique : SAS

Siège social : Choisy Le Roi (94)

Dirigeant : Benoit Clocheret

Effectif total du Groupe: 4 900

CA consolidé 2018 (prévisionnel 2019) : 550 M€ ( 580 M€)

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Camille George,<br/>rédactrice en chef Camille George,
rédactrice en chef

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