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DossierFaut-il encore investir dans les Bric ?

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1 - Les Bric, entre croissance et corruption

Avec une croissance moyenne de 7 % depuis 2004, les Bric (Brésil, Russie, Inde, Chine) ont permis aux entreprises qui s'y sont installées de faire des bénéfices appréciables. Représentent-ils encore aujourd'hui une belle opportunité ?

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Brésil, Russie, Inde et Chine : en 2001, ces quatre pays ont été regroupés sous l'acronyme Bric par un économiste de Goldman Sachs, Jim O'Neill, qui prévoyait que leur PIB total égalerait celui du G6 en 2040 (en 2011,l'Afrique du Sud a rejoint le groupe des Bric, formant ainsi les Brics). Au cours des années deux mille, de nombreuses entreprises, surtout des multinationales, se sont installées dans ces pays pour profiter de leur croissance. Avec 400 filiales au Brésil, 400 en Russie, 1200 en Chine et 500 en Inde (derniers chiffres en date des ambassades françaises), les entreprises françaises sont à la traîne, surtout comparées aux entreprises allemandes, les fameuses Mittelstands. Mais les groupes français sont de plus en plus nombreux à franchir le pas.

Selon l'enquête Outward FATS (Foreign Affiliates Statistics) de l'Insee réalisée en 2011, les effectifs dans les Bric représentent un cinquième des emplois des filiales françaises à l'étranger, contre 18 % en 2009. Plus de dix ans après la création de l'acronyme, s'installer ou investir dans les Bric représente-t-il encore une réelle opportunité ?

Des marchés de taille

Force est de constater que l'économiste de Goldman Sachs ne s'était pas trompé : entre 2004 et 2011, la croissance moyenne de la Chine a été de 10,8 %, celle de l'Inde de 8,3 %, celle de la Russie de 4,4 % et celle du Brésil de 4,2 %. Si, en 2012, un ralentissement s'est fait ressentir (Chine : 7,7 % ; Inde : 5,5 % ; Russie : 3,5 % ; Brésil : 1,1 %), les chiffres restent supérieurs à ceux qu'enregistrent les pays occidentaux.

Les Bric présentent également l'avantage d'être des marchés d'une taille exceptionnelle : 1,3 milliard de consommateurs en Chine, 1,2 milliard en Inde, 191 millions au Brésil et 140 millions en Russie. Avec des classes moyennes qui montent en puissance : elles représenteraient 55 % de la population au Brésil (source : Banque mondiale), 20 % des habitants en Russie (source : ministère de l'Économie et du Développement russe), 160 millions des consommateurs indiens (source : National Council for Applied Economic Research) et 280 millions de ménages chinois (d'ici 2015 selon une étude de McKinsey).

Ce sont ces formidables marchés qui séduisent les entreprises qui s'y installent, et non plus tellement les coûts intéressants en termes de main-d'oeuvre. Ce que confirme Simon Mowbray, Daf de l'agence de conseil en e-commerce Imatone : " Nous nous sommes installés en Chine pour le salaire des développeurs, mais nous cherchons aujourd'hui à nous tourner vers le marché chinois. " Ou encore Nanno Wams, le Daf d'ESI Group, entreprise de prototypage industriel, installée en Chine, en Russie et au Brésil " pour une plus grande proximité avec les clients ".

Olmix, spécialiste de la chimie verte, notamment en termes d'alternative aux additifs utilisés dans l'agriculture, va même plus loin : ses filiales en Russie, en Chine et au Brésil vendent des produits fabriqués en Bretagne. " Ce sont des marchés à fort développement à côté desquels nous ne pouvions pas passer ", explique Jean-Marie Bocher, le Daf de la société.

Un environnement des affaires complexe

À la mesure de leurs opportunités, les Bric présentent des faiblesses. Notamment en termes d'environnement des affaires. Le rapport Doing Business 2013 de la Banque mondiale, qui analyse la réglementation des affaires dans 185 pays (en étudiant notamment les formalités de création d'entreprise, le paiement des taxes et impôts, l'exécution des contrats...), place l'Inde à la 132e place, le Brésil à la 130e place, la Russie à la 112e place et la Chine à la 91e place.

L'environnement des affaires est également plombé par des problèmes de gouvernance. Selon le 2012 World Governance Indicators de la Banque mondiale, les Bric, à l'exception du Brésil, présentent des problèmes inquiétants en termes de qualité de la réglementation, d'autorité de la loi et de contrôle de la corruption. Des pays où les bakchichs sont monnaies courantes.

Coface a ainsi décidé de déclasser l'Inde, notamment pour l'incapacité du gouvernement à mener des réformes. La transparence des sociétés pose aussi problème : il est souvent difficile d'avoir accès à des bilans fiables. Ce qui exige d'être vigilant au moment du choix des partenaires commerciaux. Et si le Brésil n'a pas de réels problèmes politiques, c'est du côté de son industrie que le pays a du souci à se faire, avec des entreprises qui investissent de moins en moins.

De belles perspectives de croissance

Malgré ces problèmes, les prévisions de croissance sont toujours excellentes. Ernst & Young prédit ainsi une croissance en Chine de 8,1 % en 2013 et de 9,1 % en 2014. Et le cabinet table sur une croissance d'au moins 5 % par an dans les 25 prochaines années pour le Brésil, la Russie et l'Inde.

Selon le FMI, les Bric devraient assurer 61 % de la croissance mondiale en 2015. Certains secteurs seront particulièrement porteurs, comme l'automobile, l'industrie agroalimentaire, l'industrie mécanique... Et certains défauts de ces pays devraient être corrigés. Au Brésil, les investissements devraient repartir à la hausse avec la Coupe du monde de football en 2014 et les Jeux Olympiques en 2016. Des événements qui pousseront à améliorer les infrastructures, tout comme pour la Russie, qui accueillera la Coupe du monde de football en 2018, après avoir organisé les Jeux olympiques 2014.

" De nombreux projets sont déjà en cours de réalisation et les opportunités sont multiples pour les entreprises françaises ", annonce Pavel Chinsky, dg de la Chambre de commerce et d'industrie francorusse (CCIFR). Il espère également que l'adhésion récente de la Russie à l'OMC amènera le pays à faire des efforts supplémentaires de standardisation des normes et de réductions des barrières commerciales.

Seule ombre au tableau : une inflation due à l'augmentation des prix des matières premières. Si ces pays parviennent à faire en sorte que la consommation intérieure remplace les exportations, les Bric ont encore de beaux jours devant eux.

Eve Menesson

Camille George,<br/>rédactrice en chef Camille George,
rédactrice en chef

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