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Manager comme un maître berger

Publié par Marie-Amélie Fenoll le - mis à jour à
Manager comme un maître berger
© ©fotografaw - stock.adobe.com

Quelles sont les qualités d'un bon manageur? Avec son ouvrage "Pour un leadership socialement intelligent - les 5 rôles d'un maître berger", l'auteure américaine Linda Kohanov dresse les 5 rôles que doit endosser tout bon manageur au sein de son entreprise.

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"Dans les tribus pastorales, où le maître berger doit conduire les troupeaux de grands herbivores (chevaux, rennes, ...), il n'y a pas de barrières ni de contraintes. Et malgré tout, les troupeaux suivent le maître berger car il crée une façon de vivre ensemble ", explique l'auteure américaine Linda Kohanov dans son ouvrage "Pour un leadership socialement intelligent - les 5 rôles d'un maître berger". Après des années de recherche sur la façon dont fonctionnent les tribus pastorales, elle détaille les 5 rôles que doit endosser un bon manageur, à la manière d'un maître berger.

Pour Linda Kohanov il existe donc 5 rôles différents qui incarnent le pouvoir et l'influence sociale dans nos sociétés : le dominant, le leader, le prédateur, le compagnon-nourrissant et la sentinelle. "Malheureusement, nous avons tendance à surinvestir un des 5 rôles quand il faudrait tous les maîtriser. Prenons l'exemple de Steve Jobs, célèbre fondateur d'Apple. Reconnu comme un génie et un visionnaire par ses pairs, il endossait bien les rôles de dominant, leader et prédateur. Cependant, il était connu pour avoir trahi sa famille, ses amis et certains de ses collègues et être un patron très dur. Il lui manquait ses composantes de compagnon-nourrissant et de sentinelle".

Ainsi, un leadership complet et durable, serait un leadership qui ferait appel aux compétences de chacun de ces rôles - en évitant l'écueil trop courant de surinvestir l'un au détriment des autres.

Le dominant: diriger et protéger sans perversité

A la manière du maître-berger gèrant les jeux de pouvoir entre les animaux et notamment ceux qui tentent de soumettre les autres, le dominant doit être capable d'apaiser les relations entre les individus et de gérer les conflits. Il a aussi un devoir de protection en établissant des limites avec les autres qui menaceraient ses équipes. Il doit également apprendre à canaliser son énergie et l'utiliser pour motiver les individus et les diriger vers des objectifs communs.

Il sait casser les résistances. Pour cela, il doit faire preuve d'assertivité, autrement dit être capable de s'exprimer et défendre ses droits sans empiéter sur ceux des autres. Un dominant immature aura tendance à utiliser l'intimidation comme outil de management, à affirmer son pouvoir en jouant la division ("diviser pour mieux régner"), à "micro-manager" en contrôlant le comportement des collaborateurs et à exiger que tout soit conforme à ses exigences ou encore à exprimer verbalement ou non verbalement une attitude "à prendre ou à laisser".

Lire la suite en page 2 : Un leader inspirant et un compagnon-nourrissant


Le leader: découvrir et inspirer

Un leader a des qualités visionnaires, sait calmer ses collaborateurs même en situation de crise, motive ses équipes sur la durée en étant inspirant et trouve des réponses innovantes aux problèmes posés. Ainsi, dans les situations difficiles, les leaders cherchent des solutions innovantes tandis que leurs homologues dominants dits immatures feront respecter un statu quo qui entraînera des luttes de pouvoir internes.

Attention cependant de ne pas surinvestir ce rôle de leader. Selon l'auteure, les leaders immatures s'attachent presque aveuglément à servir leur vision et ils s'attendent à ce que tout le monde fasse de même. Ils peuvent parfois apparaître comme déconnectés de la réalité du terrain. Il doit avoir les compétences relationnelles et d'affirmation de soi liées aux rôles de compagnon-nourrissant et de dominant sans quoi il s'aliénera certains membres de son équipe et laissera des comportements improductifs se développer.

Les défis à relever pour un leader sont nombreux car il peut perdre le contact avec les autres et sembler distant ou égocentrique. Il peut aussi sembler indifférent aux drames interpersonnels, et ne pas réussir à déléguer.

Le compagnon-nourrissant: soutenir et connecter ou le pouvoir de la camaraderie

Le compagnon-nourrissant surveille et favorise le bien-être des individus et du groupe. Il est le liant qui permet de maintenir les individus ensemble. Il apprécie la diversité et crée un espace où la croissance peut se faire à son rythme; plutôt que d'essayer de forcer ou de contrôler l'évolution ou le progrès. Ces "metteurs en relation" ou "connecteurs" au sein d'une entreprise sont peu voire pas reconnus à leur juste valeur. Aujourd'hui avoir un comportement empathique et bienveillant dans une société axée sur la performance est souvent considéré comme une faiblesse dans le monde professionnel.

Mais attention aux travers: un manager trop compagnon-nourrissant aura tendance à utiliser le pouvoir en souterrain par des actions du type passif-agressif et en entretenant de la rancune, ou aura tendance à se servir de ragots pour maintenir ses relations. Il sera forcément moins à l'aise pour diriger (parce qu'il veut que tout le monde s'entende bien, qu'il n'y ait pas de conflits, ...).

Lire la suite en page 3 : une sentinelle et un prédateur


Sentinelle: observer et alerter

En investissant le rôle de sentinelle, les maîtres bergers ne se contentent pas de scruter le paysage à la recherche de lions ou de loups. Ils observent également la dynamique du troupeau dans son environnement et son milieu naturel. La sentinelle analyse l'environnement pour que les autres puissent interagir en toute sécurité et faire leur travail. Il s'éloigne du troupeau pour voir les menaces et les opportunités avec du recul et du perspective plus large. Il observe la dynamique sociale au sein du groupe ainsi que la façon dont le groupe interagit avec l'environnement, la culture, l'économie ou la société en général. Il favorise le calme et la confiance afin que les autres puissent travailler en toute sérénité.

Surinvestir ce rôle peut causer des torts à un manager qui sera vite perçu comme trop logique, distant et détaché. Il pourrait aussi avoir trop tendance à se concentrer sur des feuilles de calcul, de budget au détriment des émotions et de la dynamique interpersonnelle du groupe.

Prédateur: éliminer et équilibrer

Le rôle de prédateur est le plus dangereux du maître berger. Il consiste entre autres à prendre des décisions difficiles en période de crise mais aussi à savoir se séparer de certains collaborateurs jugés peu compétents. Dans ses effets pervers, un prédateur aura tendance à utiliser les erreurs et les faiblesses de ses collaborateurs contre eux, a éliminer trop rapidement des collaborateurs moins performants ou des gens qui ont simplement besoin de plus de soutien.

"Pour un leadership socialement intelligent - les 5 rôles d'un maître berger" vient de paraître en août 2019 aux éditions Le courrier du livre. Son auteure Linda Kohanov est également conférencière, enseignante et femme de chevaux de renommée internationale. En 1997, elle a crée l'approche Eponaquest pour diffuser l'apprentissage par le cheval auprès des professionnels et du grand public. "Si on prend des grands leaders comme Buddha, Alexandre le Grand, Catherine la grande de Russie, Georges Washington (peu connu comme éleveur de chevaux), Winston Churchill ou Ronald Reagan, tous étaient de grands hommes ou femme qui avaient un rapport particulier avec les chevaux", explique l'auteure. Elle a écrit 5 livres sur le sujet et travaille à l'international (USA/Europe/Australie/Canada) avec des grandes entreprises.

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