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[Interview] Kevin Chassangre : " Le syndrome de l'imposteur peut être problématique dans une équipe "

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[Interview] Kevin Chassangre : ' Le syndrome de l'imposteur peut être problématique dans une équipe '

Titulaire d'un doctorat en psychologie, Kevin Chassangre est spécialiste du syndrome de l'imposteur. Syndrome difficile à vivre pour ceux qui en sont atteints et difficile à manager dans les équipes. Il nous livre quelques conseils pour accompagner au mieux les collaborateurs qui en souffriraient.

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> Vous vous êtes spécialisé sur le sujet du syndrome de l'imposteur. De quoi s'agit-il exactement ?

Ce syndrome, identifié par des chercheuses américaines en 1978, se caractérise par trois facettes principales : l'impression de ne pas être légitime/de ne pas mériter sa place, la tendance à attribuer ses succès à des facteurs extérieurs comme la chance ou l'intervention de collègues et la peur d'être démasqué. En clair, ces personnes ont l'impression tout simplement d'être des imposteurs alors qu'en réalité, elles sont parfaitement à leur place. On estime que 20% de la population souffrent du syndrome de l'imposteur. Selon les cas, il peut aller et venir tout au long de la vie, en fonction des moments clés, ou être très profondément ancré.

> Peut-on expliquer l'origine de ce syndrome ?

Deux facteurs majeurs peuvent déclencher le syndrome de l'imposteur. Le premier est lié à l'enfance. Un enfant qui a manqué de valorisation aura tendance à se sous-estimer. Etrangement, dans le cas contraire d'un enfant survalorisé, le résultat peut être le même car au premier échec professionnel, il pourra penser qu'il a été jusqu'ici surestimé. Les enfants avec des compétences atypiques peuvent aussi développer ce syndrome. Il est ainsi très répandu chez les personnes à haut potentiel. Le deuxième facteur déclenchant le syndrome de l'imposteur est plutôt lié à l'âge adulte : toutes les phases de transition (premier emploi par exemple) ou les phases d'évaluation comme les entretiens annuels notamment sont propices à ce syndrome.

> Comment un manageur peut-il repérer ce syndrome chez ces collaborateurs ?

Pour être tout à fait transparent, c'est assez difficile. D'autant que certains symptômes sont communs avec ceux du burn-out. Si le manager est bien à l'écoute, il peut néanmoins percevoir des indices. Par exemple, la difficulté d'un collaborateur à recevoir des compliments ou sa peur de se lancer dans un nouveau projet par peur de l'échec (et donc par peur que son imposture soit démasquée). Autre signe : le besoin de reconnaissance, d'être toujours le meilleur pour créer un rempart contre le doute éventuel des collègues ou supérieurs. Ces personnes ont souvent tendance à se comparer au reste de l'équipe de façon dévalorisante. Et puis, le DAF peut observer un cycle du syndrome de l'imposteur assez flagrant. Le collaborateur adopte en effet souvent deux stratégies face à un dossier à enjeu : soit il procrastine, soit il se met au travail frénétiquement. Dans le premier cas, il dira que s'il a réussi c'est parce qu'il a eu de la chance. Dans le deuxième cas, parce qu'il a mené un travail acharné.

> Quelles conséquences pour une équipe comptant une ou plusieurs personnes souffrant de ce syndrome ?

Elles peuvent être relativement néfastes. Le perfectionnisme auquel ces personnes se conforment est parfois difficile à vivre par les autres car elles exigent souvent le même niveau de perfection de leurs collègues et supérieurs hiérarchiques. De plus, elles ont des difficultés à recevoir les compliments mais aussi les retours négatifs : ils génèrent chez elles une honte disproportionnée provoquant une contre-attaque ou un isolement. Dans ces conditions, difficile pour un manager de faire correctement son travail. Et puis, évidemment, la tendance à la procrastination peut poser des problèmes d'organisation dans une équipe.

> Que peut faire le manageur soupçonnant un de ses collaborateurs de souffrir de ce syndrome ?

Il doit essayer de le rassurer, en s'appuyant sur des réussites concrètes ne permettant pas le doute. Il peut l'amener aussi à réfléchir sur son parcours, sur les raisons de sa nomination à tel ou tel poste en démontrant qu'une carrière professionnelle ne peut s'appuyer uniquement sur la chance. Si vraiment, la personne refuse de reconsidérer le bien-fondé de ses compétences, il peut alors être intéressant de conseiller un rendez-vous avec un professionnel.

Il faut néanmoins insister sur le fait que le syndrome de l'imposteur n'est pas une maladie. Il influe seulement sur le bien-être de la personne. Malheureusement, il est encore trop rarement pris au sérieux. Il faut aussi savoir que plus on est intelligent et compétent, plus on est amené à souffrir du syndrome de l'imposteur. Car plus on est intelligent, plus on est apte à prendre conscience de ses propres failles.


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Stéphanie Gallo-Triouleyre

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