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6 - [Interview d'Olivier Chaduteau, Day One] " Le Daf et le directeur juridique ne doivent pas être en concurrence "

Si Daf et directeur juridique peuvent se trouver en opposition d'intérêts sur certains sujets, Olivier Chaduteau, associé fondateur du cabinet de conseil en stratégie Day One (Paris), estime que ces deux fonctions, complémentaires, peuvent collaborer de façon constructive.

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Olivier Chaduteau, associé fondateur du cabinet de conseil en stratégie Day One.

Dans votre dernier ouvrage "La Direction juridique de demain", vous constatez un changement de paradigme du droit en entreprise. Quelle conséquence pour la fonction juridique?

La direction juridique est en train de changer radicalement de positionnement et de forme. Depuis une quinzaine d'années, de plus en plus d'entreprises sont dotées d'une fonction juridique. Cette évolution est à la fois quantitative et qualitative. Bien sûr, cela concerne les grands groupes, mais aussi les ETI et les PME.

Il y a une raison à cela: le juridique est tellement imbriqué dans l'économique que l'on ne peut plus faire des affaires sans faire de droit. Dès lors, soit on perçoit le droit comme étant un coût, un frein qui empêche d'avancer, soit on estime - et c'est là l'hypothèse de mon livre - que le droit doit être un outil de compétitivité. Pour s'en convaincre, il suffit par exemple de voir comment Apple monétise sa propriété industrielle grâce à la vente de licences et de brevets.


Cette nouvelle donne influe-t-elle sur les places respectives du Daf et du directeur juridique?

Dans une PME où le Daf s'occupe également des questions juridiques, celui-ci risque de se retrouver dans des situations où les deux casquettes seront en opposition d'intérêts. Car certains projets peuvent être bons pour les résultats de l'entreprise, mais risqués sur le plan juridique. Or, s'il détecte un risque majeur, le responsable juridique doit s'opposer fermement. Le rôle du droit en entreprise est de protéger la personne morale.

À partir d'une certaine taille d'entreprise et d'un certain niveau de risque, il faut que la fonction juridique soit bien distincte et qu'elle fasse son reporting directement à la direction générale. J'ai l'habitude de dire que la direction juridique doit devenir le bras gauche du dg.


Comment le Daf et le directeur juridique doivent-ils collaborer?

La direction financière et la direction juridique ne doivent pas être en concurrence. Les deux travaillent en vue du développement de l'entreprise, mais elles n'ont simplement pas les mêmes lunettes. La direction générale a besoin d'avoir le point de vue objectif des deux pour prendre une décision adaptée.

Aujourd'hui, le responsable juridique devient un business partner dont le rôle est de participer à la croissance de l'entreprise. Mais il reste en même temps le gardien du temple sur le plan du droit. Il n'est plus seulement là pour rédiger un contrat ou gérer un contentieux. Il doit pouvoir identifier les opportunités de business liées à l'évolution de la réglementation. Cela signifie qu'il doit être capable de comprendre l'économie, le secteur et la stratégie de l'entreprise, mais aussi de lire un bilan, un compte de résultat et comprendre les problématiques de la direction financière.

Sur le plan opérationnel, il faut que ces deux fonctions soient moins cloisonnées, ce qui nécessite de casser les silos. Elles vont devoir échanger de plus en plus, car le pouvoir n'est pas dans les mains de celui qui jargonne dans son coin. Cela implique que chacun se forme pour mieux comprendre l'autre.


À lire

"La Direction juridique de demain - vers un nouveau paradigme du droit dans l'entreprise" est édité par Lextenso. Cet ouvrage de 248 pages est disponible en librairie au prix de 25 euros.







Yann Petiteaux

Camille George,<br/>rédactrice en chef Camille George,
rédactrice en chef

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