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Femme dans la Finance : Isabelle de Kerviler dessine la compta

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Femme dans la Finance : Isabelle de Kerviler dessine la compta

Le parcours d'Isabelle de Kerviler est incroyablement riche : associée du cabinet d'audit Cailliau Dedouit depuis 1986, elle a mené en parallèle une vie politique et associative active. Portrait d'une femme aussi brillante qu'empathique qui a consacré sa carrière à la transmission de son savoir.

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On ne saurait dire ce qui impressionne le plus quand on interroge Isabelle de Kerviler sur son parcours : sa carrière politique au Conseil de Paris et au Conseil régional d'Ile-de-France, son rôle d'associée au sein du cabinet Cailliau Dedouit, qui lui a permis de travailler avec la plupart des grandes entreprises ou institutions françaises (Air Liquide, Axa, la Caisse des Dépôts et Consignations , Orange, Vinci, Veolia,...), son implication dans les organisations de sa profession, son goût pour l'enseignement ou encore son soutien sans faille aux femmes de sa profession.

Dessine-moi la compta

La parution de son roman graphique " Dessine-moi la compta ", publié aux éditions Dunod ce 14 avril, vient couronner pour elle de longues années de pédagogie pour faire comprendre voire aimer - sacré challenge ! - la comptabilité, aux femmes notamment. " C'est simple : obtenir leur indépendance financière est clé pour les femmes, et la connaissance de la comptabilité indispensable pour l'obtenir ! déclare Isabelle de Kerviler en préambule de notre entretien. Les femmes doivent absolument s'en emparer pour accéder aux plus hautes instances des entreprises, mais aussi de la vie politique. La plupart d'entre-elles se sentent intimidées par la gestion de l'argent et ne s'imposent pas dans les grandes décisions financières : cela doit absolument cesser ! " Son ouvrage, dont la lecture est à conseiller à tous, entrepreneurs ou étudiants notamment, explique de façon ludique, concrète et extrêmement intelligible d'où vient l'argent et ce à quoi il sert.

Pour comprendre où Isabelle de Kerviler a puisé sa passion, il faut revenir à ses années d'études : " j'ai fait Sciences Po (section Eco-Fi) parce que, à mon époque, les écoles de commerce n'étaient pas ouvertes aux filles. J'ai passé un bac scientifique et je voulais exercer un métier de garçon, un métier choisi et qui me permettrait d'être libre de mes décisions, explique-t-elle. J'étais choquée car les filles avaient en général de meilleurs résultats que les garçons mais elles restaient en retrait et n'osaient pas s'exprimer en public sur des sujets politiques ou économiques." Elle n'a eu de cesse de réparer cette injustice depuis, à la fois dans sa vie politique et dans sa vie professionnelle, l'une venant soutenir et renforcer l'autre.

Experte avant tout

En même temps que Sciences Po, Isabelle de Kerviler s'inscrit en sciences économiques, à Assas, puis devient assistante du Professeur Jean Fourastié au CNAM, une expérience qui la marque énormément tant l'homme avec qui elle travaille est brillant : père de la comptabilité moderne, c'est lui qui a inventé le concept des "Trente Glorieuses" ! Elle poursuit ensuite ses études : elle s'inscrit à l'Ecole du Louvre, en sort diplômée en 1976, obtient un doctorat d'économie à l'Université Panthéon Sorbonne en 1978 puis décroche, en 1986, le titre d'expert-comptable." Ces nombreux diplômes étaient pour moi une façon de prouver mon expertise et de m'imposer. J'ai également publié beaucoup d'articles pour me faire connaître, pas en tant que femme experte en chiffres mais en tant qu'experte tout court, " explique-t-elle.

Sa carrière en entreprise a débuté chez Creusot-Loire, mais elle n'y reste pas longtemps... " J'étais un élément décoratif assis en bout de table, personne ne me demandait mon opinion ". A la CCI de Paris, qu'elle rejoint ensuite au poste de chargée d'études, elle découvre un métier passionnant qui lui permet de jongler entre action concrète sur le terrain, pour aider les commerçants notamment, et rédaction de rapports. Aujourd'hui, expert-comptable, commissaire aux comptes et expert agréée par la Cour de Cassation. Ses domaines de prédilection ? L'évaluation d'entreprises et l'évaluation de préjudices.

Une femme de convictions

Toute sa vie, elle a combattu le manque d'indépendance. Son entrée en politique l'atteste : " il m'a fallu l'autorisation de mon père pour me marier à 20 ans, car la majorité, à l'époque, était à 21 ans. J'ai rejoint Valéry Giscard d'Estaing car il proposait de baisser l'âge de la majorité de 21 à 18 ans. " Militante de coeur, elle n'a eu de cesse de mettre ses convictions à l'oeuvre depuis. Sa carrière politique est jalonnée de rencontres marquantes : elle travaille tout d'abord aux côtés de Jean-Pierre Fourcade, son mentor à l'UDF. De 1983 à 1992, elle est élue au Conseil de Paris et devient déléguée auprès d'Alain Juppé, alors Adjoint chargé des Finances. Elle devient ensuite Adjointe de Jacques Chirac, dans une délégation qu'elle a contribué à créer : le développement économique. Tout au long de son parcours politique, Isabelle de Kerviler n'a eu de cesse de prendre en main son destin : " en politique, personne ne vous fait de cadeau ! Le pouvoir ne se donne pas : il se prend ! ", estime-t-elle.

Sa raison d'être : la transmission de son savoir

Isabelle de Kerviler est l'une des rares femmes à avoir obtenu à la fois le statut de Commandeur de la Légion d'Honneur et de Commandeur dans l'Ordre National du Mérite ! Ce qui l'a motivée tout au long de son riche parcours, en politique comme en entreprise, n'était ni une soif de pouvoir ni une course aux honneurs, mais une volonté farouche de combattre les injustices et de transmettre son savoir. En l'écoutant évoquer l'ouvrage qu'elle publie aujourd'hui et sa carrière, on se prend à souhaiter qu'elle écrive un autre roman graphique, qui prodiguerait cette fois des conseils pour naviguer dans les hautes instances professionnelles et politiques, comme elle-même a su si bien le faire grâce à sa maîtrise des chiffres.

Un modèle pour la profession

" Isabelle est un modèle pour toutes les femmes de la profession du chiffre ! ", relève son amie Françoise Savés, Présidente de l'Association des Femmes experts-comptables. " Elle est active, convaincante, touche à tout, rigoureuse et, surtout, très empathique. Lorsque j'ai pris la tête de l'Institut Français des Experts-comptables et des Commissaires aux comptes (IFEC), je venais de Toulouse et ne connaissais personne à Paris : Isabelle est l'une des premières personnes vers qui je me suis tournée. Elle s'est immédiatement rendue disponible, m'a fait rencontrer des professionnels influents, et donné de nombreux conseils qui me servent encore aujourd'hui... Les deux traits les plus frappants de son caractère sont son incroyable faculté de travail et son goût immodéré pour l'intérêt général. Et sa grande force : savoir s'imposer sans agressivité. "



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