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DossierRisques, crise, menace, rupture... Quand l'incertitude domine !

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3 - Le monde d'après

Qu'est-ce que cette crise va apporter aux entreprises ? Entre digitalisation et gestion des risques, la pandémie de Covid-19 offre aux entreprises l'occasion de se réinventer.

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Cette crise va forcément marquer notre société de son empreinte. Les médias parlent du "monde d'après", un monde qui serait, aux dires de certains, plus solidaire, plus écologique... Et du côté des entreprises, quel sera ce "monde d'après" ? Que leur a appris la crise ?

La crise a-t-elle permis aux entreprises de prendre conscience de l'importance du risk management ? Selon Frédéric Chaplain, directeur IARD chez Verlingue, elles sont plus à l'écoute quand on leur parle de plan de continuité d'activité (PCA) ou de cellule de crise. « L'approche risques est aujourd'hui dans le radar des entreprises et pas simplement sur le contenu de la police d'assurances. Nous préconisons une démarche qui consiste à analyser le risque, à mettre en place des actions de prévention pour le réduire et ensuite déterminer ce que l'on transfère à l'assurance. Cette bonne pratique semble entrer dans les esprits.»

Les entreprises qui avaient déjà mis en place des mesures de gestion des risques, se sont rendu compte de leurs imperfections. « Dans la cartographie des risques, les critères de probabilité de survenance sont à revoir », conjecture Dominique Pageaud, associé gestion des risques middle market chez EY. En effet, le risque de pandémie était sous-évalué. « Bien souvent, on a constaté que sur le risque pandémique, il manquait des éléments de prise en compte des conséquences sur l'IT de l'entreprise sans parler bien sûr des questions de sécurité de la supply chain. Chez ceux qui disposaient d'un PCA, l'ensemble des dimensions et des impacts constatés n'ont pas toujours été pris en compte », poursuit Thierry Delville, associé cyber intelligence chez PwC.

Cap sur la résilience

Une meilleure gestion des risques sera à l'avenir essentielle. « Les investisseurs vont examiner le business plan mais aussi la robustesse de la gestion des risques », pense Dominique Pageaud, rejoint sur ce point par Gisèle Ducrot, associé EY spécialistes des questions de risques : « La résilience va devenir un asset immatériel de l'entreprise, qui lui donnera plus de valeur. » Les entreprises ne doivent plus se construire uniquement sur une logique d'efficience ; les facteurs de résilience comme la maîtrise de la supply chain, doivent être pris en compte. Une étude du cabinet AgileBuyer révèle que 25 % des sociétés envisagent de relocaliser une partie de leurs achats (vs 16 % en janvier). Paredes, groupe de distribution de produits d'hygiène et de protection, est en train de mener des réflexions en ce sens. « Avec l'explosion des prix en Chine, les fournisseurs locaux redeviennent plus intéressants », observe Eric Palanque, son Daf. Par ailleurs, Paredes va certainement augmenter son stock de sécurité.

Pour Gisèle Ducrot, une réflexion plus approfondie sur la question environnementale doit être menée. « Les exigences environnementales apportent de la résilience aux entreprises en les obligeant à réorienter leurs chaînes de production. Les indicateurs et objectifs de développement durable seront bientôt vus comme une opportunité. » Pour Emilie Bobin, associée des activités Développement Durable/ESG de PwC France, c'est à travers l'acceptation de leur responsabilité sociale que les entreprises accèderont à la résilience : « De nombreux investisseurs et entreprises vont repenser les stratégies conçues pré-crise en questionnant leur durabilité. Les sujets de responsabilité sociale seront au coeur de ces réflexions. »

L'humain remis au centre

Par son caractère sanitaire, cette crise a par ailleurs contraint les entreprises à revoir leurs organisations pour remettre l'humain au centre. Pour Sifra Schaeffer, psychologue sociale du travail et consultante pour Ayming, la crise est l'occasion de recapitaliser sur l'humain, d'intégrer les risques psycho-sociaux au document unique. « Les dirigeants doivent prendre conscience que la bonne santé psychologique est un puissant facteur de performance. »

Beaucoup d'entreprises ont pris cette problématique à bras le corps, offrant des lignes de soutien psychologique à leurs employés. Au sein du groupe Terre Comtoise, une enquête a été lancée auprès des salariés afin de comprendre comment ils ont vécu le confinement. Des réflexions ont été menées autour du management à distance. « La généralisation du télétravail nécessite un ajustement du management : pilotage différent des objectifs, davantage de confiance envers les équipes, redonner de l'autonomie, du sens... », considère Benoît Ranini, président de TNP Consultants. Frédéric Petitbon associé PwC spécialiste de l'innovation managériale, propose de se focaliser sur trois points : "un management explicite, aux résultats, avec une délégation claire ; des temps d'écoute via le management mais aussi des temps collectifs ; une importance à donner à la proximité relationnelle".

Le principal changement induit par la crise est le recours au télétravail : l'ensemble des entreprises interrogées pour ce dossier nous ont dit vouloir prolonger le travail à distance une fois la crise passée. Au sein du groupe Parot, cela va permettre de conserver l'une des collaboratrices qui menaçait de quitter l'entreprise, habitant trop loin. « Le télétravail permet un meilleur équilibre vie privée/vie professionnelle mais aussi de limiter l'impact carbone », acquiesce Benoît Ranini.

Témoignage

Jan-Luc Ambre, Daf de Kiloutou : "Notre priorité est d'offrir un réel protocole de sécurité"

Présent en Italie et en Espagne, le groupe Kiloutou avait anticipé le confinement... Mais pas la fermeture brutale des chantiers et des agences ! L'entreprise profite de cette fermeture pour revoir l'ensemble de ses process, afin d'assurer la sécurité des salariés et des clients : des agences 100% drive permettent aux clients de commander par téléphone et de récupérer le matériel au pied de leur camion, la dématérialisation est généralisée dans les agences traditionnelles pour éviter les échanges de documents. Si l'activité reprend, elle n'est pas au niveau d'avant. "Notre priorité est d'offrir un réel protocole de sécurité pour accompagner nos clients dans de bonnes conditions", rapporte Jan-Luc Ambre, le Daf du groupe. L'autre objectif est de pérenniser les process nés dans l'urgence, comme le drive, la dématérialisation ou le télétravail.

Les entreprises vont également accélérer leur digitalisation. Laurent Bertrand, CFO de Loxam, rapporte le succès rencontré par leur réseau social d'entreprise pendant le confinement. « Une autre façon de travailler a été expérimentée et ces outils seront conservés. » François Rey, le Daf de Diam Bouchage, se félicite d'avoir réalisé la première clôture fiscale annuelle avec 80 % des équipes en télétravail. « Grâce à une forte digitalisation, nous n'avons pas connu de difficultés majeurs et avons mis au jour des leviers de productivité qui resteront bénéfiques pour l'après crise. Nous avons même conduit notre premier inventaire physique en téléconférence avec nos auditeurs ! »

Les entreprises ont fait preuve d'une belle capacité d'adaptation. « La crise a révélé une relative impréparation des entreprises mais a aussi montré à quel point elles étaient capables de rebondir », constate Frédéric Chaplain. Beaucoup n'ont pas hésité à revoir leur business model, s'adressant aux particuliers et non plus uniquement aux professionnels, mettant en place des services online pour respecter la distanciation physique, etc. « La situation a valorisé les entreprises capables de s'adapter rapidement. Une des clés de cette adaptation est l'innovation désormais perçue comme vitale », constate David Cohen-Boulakia, directeur Innovation PwC France et Maghreb. « C'est une période qui pousse à être créatif, plus imaginatif. Mais cela veut dire qu'il ne faut pas stopper les investissements : sans investissement, pas de croissance », conclut Stéphane Gouyer, Daf en transition.



A retenir

Les leçons à tirer pour la suite

- La crise a remis au centre le risk management.

- Les problématiques de trésorerie poussent à revenir à l'essentiel.

- Digitaliser et modéliser les projections devient vital.

- Travailler différemment pour plus de réactivité et de créativité favorisera la reprise.


Eve Mennesson

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