Recherche
Magazine Daf magazine
S'abonner à la newsletter S'abonner au magazine
En ce moment En ce moment

La dette sans taux d'intérêt

Publié par Eve Mennesson le - mis à jour à
La dette sans taux d'intérêt

Et si le taux d'intérêt n'était pas la panacée en matière d'endettement ? C'est ce que pensent Bertrand du Marais et Stanislas Ordody, de l'association Fides (Forum sur les Interactions entre le Droit, l'Economie et la Société), qui ont mis au point un nouveau type de financement déconnecté du taux d'intérêt : le Financement 4P (4P pour Principe du Partage des Profits et Pertes ou Principe du Partage des Profits et de la Performance)

Je m'abonne
  • Imprimer

C'est l'histoire d'une rencontre entre un juriste (Bertrand du Marais, par ailleurs président de l'association Fides, Forum sur les Interactions entre le Droit, l'Economie et le Société) et un docteur en économie (Stanislas Ordody), qui travaillaient tous deux sur la question du taux d'intérêt. Ensemble, ils décident de mettre au point un instrument déconnecté de celui-ci: le Financement 4P.

« Quand une entreprise va mal, les établissements bancaires augmentent le taux d'intérêt car le risque de la financer est plus important mais ils aggravent ses difficultés. Avec le Financement 4P, la logique est inverse : le prêteur accepte d'avoir une rémunération moindre si l'emprunteur vit un trou d'air conjoncturel, inversement il gagne plus si l'entreprise va bien. La rémunération du prêt est en cohérence avec la situation de l'entreprise », explique Stanislas Ordody.

Remboursements basés sur l'EBITDAR

Concrètement, le Financement 4P est une dette senior assortie de garanties classiques. La différence réside dans la rémunération du prêteur : elle est fondée sur le partage de la performance puisqu'elle est calculée selon un pourcentage de l'EBITDAR (earnings before interest, taxes, depreciation, amortisation and restructuring or rent costs, c'est-à-dire les revenus avant soustraction des intérêts, impôts (IS), dépréciation, amortissement, location). «Le rendement du prêt 4P est calculé sur la base d'un plan de trésorerie d'une durée déterminée, qui va générer un EBITDAR périodique ; ces EBITDAR vont être actualisés à un taux comparable à un taux d'intérêt », précise Stanislas Ordody. Ce rendement (TRI) permet de calculer un taux de partage, qui va faire l'objet d'une négociation entre le prêteur et l'emprunteur en fonction du risque, du prix du marché, etc et qui est contractualisé. La rémunération du prêteur, le coût de l'emprunt, sont donc variables : ils sont tous deux liés aux revenus de l'entreprise.

« Le Financement 4P est un prêt remboursable ; l'entreprise doit donc avoir la capacité de le rembourser. Il ne s'agit pas de capital risk, il n'y a pas de logique d'actionnariat, de dilution du capital », souligne Bertrand du Marais. Autre avantage : la charge financière est reportée en fin de contrat, contrairement aux financements classiques pour lesquels la charge d'intérêt décroît dans la durée. Ce qui est d'autant plus attractif pour l'emprunteur lorsque l'investissement génère du cash seulement au bout de quelques temps. Pour le prêteur, le rendement financier sur le capital restant dû augmente beaucoup en fin de contrat. Notons aussi qu'il est possible de faire coexister un Financement 4P avec un financement classique.

Mise en oeuvre du modèle

Seul problème : le Financement 4P n'est pour l'instant pas encore commercialisé. « Contractuellement et juridiquement, tout est disponible dans la mesure où le Financement 4P s'apparente aux financements Euro PP ; rien ne s'oppose à la mise en oeuvre du modèle », précise Stanislas Ordody.

Les entreprises intéressées peuvent donc d'ores et déjà en parler avec des investisseurs potentiels, mais les deux inventeurs cherchent des organismes prêts à packager ce nouveau produit, qui pourrait s'avérer intéressant en cette période d'inflation. « Nous souhaitons en faire un financement de premier rang alors que les financements dits participatifs sont généralement de second rang », rapporte Bertrand du Marais. De quoi faire souffler un vent de révolution sur les emprunts.


Je m'abonne

NEWSLETTER | Abonnez-vous pour recevoir nos meilleurs articles

La rédaction vous recommande

Retour haut de page