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Quelle place pour la finance dans la transition écologique ?

Publié par Florian Langlois le - mis à jour à
Quelle place pour la finance dans la transition écologique ?

Les entreprises sont en première ligne pour amorcer ou poursuivre une transition écologique plus que nécessaire. Quatre experts du développement durable donnent leurs solutions pour effectuer ce changement de manière efficace. Entre accompagnement, objectifs clairs et moyens de financement plus verts, des solutions existent.

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A en croire les experts du GIEC, il ne reste plus que trois ans pour agir pour le climat, avant que les conséquences du réchauffement climatique ne soient trop importantes. Aujourd'hui et plus que jamais, les entreprises ont un rôle majeur à jouer dans la transition écologique. Si des premières réalisations ont déjà été mises en place, une vraie méfiance est toujours de mise. Ainsi, dans le dernier Baromètre de l'engagement des entreprises, datant de septembre 2021, 68% des consommateurs considéraient que les entreprises effectuaient du greenwashing.

Pour Thierry Langreney, président des "Ateliers du Futur", une ONG qui agit sur le climat à l'international, il existe trois facteurs clés de succès pour que les entreprises fassent vraiment bouger les lignes : "le vouloir-faire qui est la volonté, le savoir-faire qui se traduit par la technicité et le pouvoir-faire représenté notamment par le financier. En Europe, on a le pouvoir-faire et le savoir-faire puisque les capacités technologiques sont extraordinaires et on a un vouloir-faire assez variable, étant donné que les entreprises sont soumises à des influences complètement contrastées," explique-t-il à l'occasion d'une table ronde organisée par TNP Consultants.

Un gros enjeu d'accompagnement

La transition des grands groupes tarde à s'effectuer ce qui a un impact certain sur les PME et les ETI. "Les groupes du CAC 40 prennent des engagements qui impliquent forcément leur supply chain. Les financiers institutionnels sont égalements soumis à des contraintes de plus en plus fortes, par la BCE par exemple. Tout ceci descend par ruissellement sur un tissu de PME et d'ETI qui n'est absolument pas préparé," rapporte Anne Guérin, directrice exécutive à la direction financement et réseau de Bpifrance. Si elles ne sont pas préparées, ces entreprises sont néanmoins prêtes à faire cette transformation. "Une de nos dernières études montrait que 80% des dirigeants de PME et ETI étaient conscients des enjeux et souhaitaient faire changer les choses. Mais ils répondent également qu'ils ne savent pas quoi faire, ni comment le faire. Il y a un enjeu important d'accompagnement. Au de la-même des moyens financiers qui sont nécessaires, il y a un enjeu de capital humain de mettre à disposition des compétences sur ces sujets là," pousuit-elle.

Cécile Cabanis, directrice générale adjointe du fonds Tikehau Capital, et ex-CFO de Danone, préconise de son côté un accompagnement à long terme. "Aujourd'hui, on regarde notre performance au mois, on publie notre performance au trimestre et au mieux on a un plan stratégique à 3 ans sur une transition qui doit faire 10 ans. Il faut faire évoluer le système, notamment la façon dont sont regardées la temporalité et la performance, et il faut aider tout le monde à avancer vers le même objectif."

Des objectifs définis

Pour que les entreprises traitent ce sujet avec sérieux, les experts recommandent de fixer des objectifs. Par la suite, Thierry Langreney conseille "d'avoir un plan d'action adapté et cohérent avec ces objectifs. Il faut ensuite des moyens financiers et une gouvernance qui va prendre les devants en définissant qui va faire quoi, quand et comment. Il faut de préférence une gouvernance holistique, puisqu'on est sur des sujets qui touchent tous les compartiments de l'entreprise."

Cécile Cabanis met également l'accent sur l'importance de la mesure et des données. "On sait aujourd'hui que cela reste extrêmement compliqué, d'abord pour récupérer les données mais aussi pour s'assurer qu'on mesure ce qui fait du sens et ce qui a de l'impact. Il y a ensuite toute la partie reporting, qui assure à nos parties prenantes et à nos investisseurs que, au-delà de la performance financière, on a bien réalisé un certain nombre d'objectifs qui sont les nôtres au niveau de l'impact," complète-t-elle.

De nouvelles solutions de financement

Pour faire face à d'éventuelles problématiques de trésorerie, les Daf peuvent aujourd'hui faire le choix de solutions de financement plus vertes. Ils peuvent par exemple se tourner vers des banques à impact, qui mettent l'extra-financier en première ligne. "Pour tous nos projets, on s'interroge sur l'impact. Et pour nos nouveaux investissements, depuis 2020, nous avons mis en place un outil de cotation grâce auquel nous allons essayer de mesurer les externalités négatives et positives sur les différentes branches de développement durable (ESG). Cela alimente nos prises de décision. Et lorsque l'on passe en comité d'engagement, nous regardons la rentabilité financière, le risque, mais aussi l'impact extra-financier, et c'est un véritable élément de discussion," décrit Sarah Lacoche, directrice des finances à la Banque des Territories.

Une autre solution peut être de se tourner vers des fonds à impact. "Un fonds à impact est un fonds qui répond aux exigeances des articles 8 ou 9 de la taxonomie européenne* et qui vise à avoir un objectif de sustainability," reprend Cécile Cabanis. A ce propos, Tikehau Capital a créé le plus grand fonds européen dédié à la transition énergétique. "Nous regardons tous les investissements qui vont rentrer dans le fonds selon plusieurs critères : le nombre d'émissions évitées, la part du renouvelable et la mobilité bas-carbone. C'est bien d'amener du capital, mais beaucoup d'entreprises sont perdues car noyées par des demandes d'indice, de reporting et elles ne sont pas concentrées sur leurs impacts principaux. C'est là-dessus qu'il faut les concentrer et les aider. Il faut travailler avec elles sur les roadmaps, les outils de mesure et les objectifs à suivre," complète-t-elle.

Enfin, Bpifrance accorde également des prêts verts pour les entreprises souhaitant s'inscrire dans une dynamique de transition écologique (seules les PME ou une ETI indépendantes de plus de 3 ans sont éligibles à ce prêt). Les entreprises peuvent ainsi emprunter de 50.000 à 5 millions d'euros, sur une période longue, de 2 à 10 ans, avec jusqu'à 2 ans de différé. Un milliard d'euros de prêts sous cette forme a déjà été délivré par la banque.


*L'article 8 du Règlement européen impose que les produits financiers qui "promeuvent des caractéristiques environnementales ou sociales" doivent expliquer la manière dont ces critères sont respectés. Plus exigeant, l'article 9 impose que si le fonds a pour tout ou partie de ses objectifs "l'investissement durable", la communication doit inclure "un indice de référence" aligné avec ce but ou, à défaut, "une explication de la manière dont cet objectif doit être atteint."

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