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Les Daf à l'affût des voies bis

Parce que les métiers se transforment en direction financière, parce qu'ils font l'expérience d'un « plafond de verre » dans leur parcours professionnel ou tout simplement parce qu'ils aspirent à autre chose, ailleurs, certains Daf se repositionnent. Plus que des cas isolés.

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Les Daf à l'affût des voies bis
© Jérôme Rommé - stock.adobe.co

Daf un jour, Daf toujours, ou presque. « Les Daf sont des managers qui, durant une grande partie de leur carrière, ont été décideurs sur leur périmètre et à qui l'on impose de plus en plus de choses, relève Sébastien Denis, practice manager spécialisé dans la fonction finance chez Michael Page. La transformation en cours des métiers expose ces fonctions à une pression supplémentaire, qu'elle soit réglementaire ou liée à des changements de pra­tiques. Lorsqu'on échange avec des Daf, il est assez courant que l'envie d'émancipation s'invite dans la conversation. » Émancipation qui peut rimer avec reconversion. Fin 2020, pas moins de 53 % des cadres issus de la finance répondaient envisager une reconversion dans les deux prochaines années, selon une étude Michael Page/Ifop.

Recentrage post-Covid

Depuis, la donne a changé et l'effet de loupe de la crise sanitaire s'est dissipé. En décembre 2022, 31 % des cadres interrogés par l'Apec indiquaient avoir un projet de reconversion, seuls 8 % ayant véritablement entamé des démarches en ce sens. Un reflux observé aussi en finance d'entreprise : « Contrairement à certains métiers, comme en hôtellerie-restauration, il n'y a pas eu sur ces fonctions de reconversion massive. Néanmoins, même si l'on observe actuellement un tassement du nombre d'offres, le marché reste en tension sur ces profils, alimentant d'autant les réflexions de Daf autour d'un repositionnement, plus d'ailleurs que d'une reconversion. »

Car si durant la pandémie, les envies d'ailleurs et d'autre chose s'exprimaient sur des projets assez éloignés des coeurs d'expertise, il y a eu depuis recentrage, et retour à la réalité. Dans plus de 6 cas sur 10, selon l'étude Apec, le choix du cadre est de s'orienter vers un métier proche de son activité actuelle. « Par fonction, les Daf, proches de la direction générale, suivent de près la prise de décision, pèsent sur elle et développent souvent une vision pointue de leur marché, souligne Fabrice Coudray, managing director au sein d'Executive Search France, branche du cabinet Robert Half. Leur expertise analytique et leur expérience managériale peuvent les emmener sur des créations ou des reprises de sociétés. Il ne faut pas non plus perdre de vue les effets générationnels dans ces mouvements. Il y a une fenêtre de tir sur des débuts de carrière, et plus nettement encore auprès de la génération actuelle, des inflexions aussi dans les parcours de Daf seniors, aspirant à une autre dynamique pour leur fin de carrière. »

Cette « horloge interne », Julien Roquette, 50 ans, la connaît bien. Après 15 ans en finance d'entreprise, d'abord dans la filiale américaine du groupe textile DMC, puis jusqu'en 2010 en tant que Daf Europe du groupe de télécommunications américain T-Mobile (ex-Sprint), il a ensuite changé de cap, prenant les rênes de la start-up Blue Industry & Science, spécialisée dans la mesure de la qualité de l'air. « J'avais cette envie d'entreprendre depuis des années, et le sentiment que c'était le bon moment pour passer à l'action. J'y suis allé à l'envie, et avec la confiance d'un parcours dans des sociétés à forts enjeux de croissance, chez DMC dans un contexte hyperconcurrentiel dans lequel la direction financière avait un rôle très opérationnel sur la défense des marges, comme chez Sprint, où tout était à mettre en place sur le continent européen. »

De Daf à DG d'une start-up

De solides cartes en main, ce qui ne veut pas dire que la suite fut une formalité. Créée en identifiant dans le Grenelle 2 de l'Environnement l'obligation pour les ERP (établissements recevant du public) de mettre en place une mesure de la qualité de l'air intérieur à partir de janvier 2016, Blue Industry & Science voit son marché se volatiliser en 2015, quand l'obligation disparaît du décret d'application. La start-up pivote et réoriente sa proposition vers l'industrie chimique et l'analyse de gaz pour le contrôle des procédés industriels. Employant une trentaine de collaborateurs, elle réussit sa troisième levée de fonds en 2020, recrute un nouveau DG issu de l'industrie chimique, Julien Roquette prenant alors les fonctions de DGA.

Des aléas à surmonter pour le dirigeant, comme de nouvelles responsabilités à endosser : « En devenant chef d'entreprise, tout devient plus dense, y compris sur sa propre expertise financière, souligne-t-il. Un DG doit aussi monter en compétences dans d'autres domaines, notamment les RH, le juridique, la compliance, la gestion de l'arrivée de nouveaux investisseurs, le recrutement d'une gouvernance solide... C'est une difficulté souvent sous-estimée. Pour autant, je ne regrette rien. Je voulais connaître cette aventure entrepreneuriale, et m'y suis réalisé. » Même son de cloche du côté de Jérôme Layrolles. À 46 ans, il vient de prendre la direction des opérations de la fédération nationale 100 % Handinamique, accompagnant les jeunes en situation de handicap, durant leur parcours scolaire comme leur insertion professionnelle.

Une fonction de terrain, lui qui, venu du contrôle de gestion, a été Daf des Éditions du Chêne, détenues par le groupe Hachette, de 2009 à 2016. Après s'être formé une année durant à la Haute école de coaching d'HEC, il a commencé, en septembre 2023, par détecter les opportunités en direction financière, sur du management de transition. « C'était la promesse d'un salaire confortable, reconnaît-il. Mais j'avais du mal à me remettre dans cette perspective, en fonction financière, d'être partie prenante des opérations, sans y être vraiment. » Il faut le dire, le goût des opérations, il l'avait déjà apprécié avant. Hachette lui confie en 2016 la direction de la maison d'édition EPA, spécialiste des beaux livres, et il passe des clôtures au terrain, des suivis aux rendez-vous avec les auteurs. Avec succès : partie de « rien, ou presque », EPA réalise 11,5 millions d'euros de chiffre d'affaires lors­qu'il quitte le groupe, en 2021.

Alors, au moment d'identifier de nouvelles opportunités, c'est aussi vers le terrain qu'il a regardé, et plus particulièrement dans le milieu associatif. Un pas supplémentaire pour lui en dehors de la finance d'entreprise, sans rien regretter de son parcours : « Même si j'ai un tempérament plus porté vers l'opérationnel, ma "période financière" m'a énormément apporté. L'approche analytique propre aux métiers de la finance me sert en permanence. » Daf un jour...

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