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Prévention VS assurance : où placer le curseur ?

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Prévention VS assurance : où placer le curseur ?
© Alexander Limbach - stock.adobe.com

A l'heure de la crise sanitaire liée à la Covid-19, l'évaluation risque/coûts est plus difficile que jamais. Entre maxi prévention ou assurance extra-large, deux choix existent. Tout l'enjeu est de trouver le bon équilibre.

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" Ces sujets d'assurance sont souvent des cailloux dans la chaussure des Daf ", confie sans détour Aude Rigaudière, nouvelle CFO du groupe Audensiel, ESN de 600 salariés réalisant un chiffre d'affaires de l'ordre de 60 millions d'euros. " Il s'agit de sujets très techniques à la confluence entre la finance, l'actuariat et le juridique et sur lesquels nous devons nous pencher de façon sporadique. Entre deux renouvellements, les risques ont changé et le marché aussi. Nous, Daf de PME et ETI, ne sommes pas très friands de ces sujets en général ", sourit-elle. A en croire le nombre de refus de témoignages des CFO contactés pour réaliser ce dossier, il semblerait bien que l'analyse d'Aude Rigaudière soit parfaitement exacte. " Je n'ai pas d'expertise particulière sur ce sujet ", " tout est géré par mes courtiers ", " je ne suis pas du tout spécialiste des assurances, je vais vous dire des banalités "... Autant d'arguments avancés (et parfaitement compréhensibles) auxquels nous nous sommes trouvés confrontés dans la préparation de ce sujet.

Et pourtant ! C'est bien aux Daf, notamment dans les PME et les ETI souvent non pourvues de risk managers, que revient la décision du niveau de couverture et du choix de l'assureur. Des décisions qui peuvent être lourdes de conséquences en cas de survenue d'un sinistre mal anticipé. " Quels que soient nos appétences en la matière, il est certain qu'il est absolument indispensable de s'imposer la discipline d'évaluer et réévaluer régulièrement les niveaux de risques et d'assurance ".

Alors même que les évaluations risques/coûts sont plus difficiles que jamais en raison du contexte de crise liée à la Covid-19, il est essentiel de faire les bons arbitrages. Maxiprévention ou assurance extralarge, tout est une question d'équilibre.


Hausse des primes d'assurance et désengagement

" Le marché de l'assurance est sous pression, dans la quasi-totalité des compartiments ", analyse Oliver Wild, président de l'AMRAE (Association pour le Management des Risques et des Assurances de l'Entreprise). " Les taux d'intérêt sont en baisse depuis une dizaine d'années. Les assureurs n'ont donc plus beaucoup d'autres alternatives pour assurer leur équilibre économique que de compter sur les primes collectées. Les dernières années ont été mauvaises. Résultat : les assureurs appliquent cette année, comme l'année dernière, des hausses de tarif sur presque toutes les catégories de risque ".

Le président de l'AMRAE pointe encore : " Le marché est d'ailleurs si tendu que nous constatons depuis quelque temps un désengagement de certains acteurs du secteur. Des assureurs refusent désormais de s'engager sur certains risques. Cela contribue à réduire le nombre de guichets potentiellement accessibles aux entreprises et donc les possibilités de négociations tarifaires mais aussi, et c'est peut-être encore plus dommageable, les possibilités de négociations sur les niveaux de couverture souhaitées ". Cette dernière problématique du désengagement des assureurs semble impacter plus particulièrement les lignes catastrophes naturelles et les lignes financières notamment sur le sujet de la recherche en responsabilité.

" Les assureurs demandent aujourd'hui aux Daf de prendre de plus en plus en charge de risques. En particulier les plus volatiles. C'est un problème épineux pour les directeurs financiers qui ont déjà dû établir des budgets 2021 sans réelle visibilité ", poursuit Oliver Wild.

Savoir évaluer ses risques au plus juste

Dans ces conditions de hausse tarifaire et de désengagement partiel des assureurs, quelles solutions s'offrent donc aux directeurs financiers ? " En premier lieu, le Daf doit se mettre en capacité de bien comprendre les risques auxquels est exposée son entreprise ", insiste le président de l'AMRAE. " ll doit absolument être impliqué dans le comité des risques, il doit discuter très régulièrement de ces sujets avec le risk manager s'il y en a un et/ou avec les opérationnels, le directeur des opérations et les différents services. Le Daf doit s'assurer que l'ensemble des risques sont bien évalués et leur impact financier correctement quantifié ". Ensuite, une fois cette maitrise acquise, plus importante que jamais dans ce contexte incertain, le CFO peut analyser correctement le niveau de risque que l'entreprise est capable d'assurer en interne, en provisionnant ou en créant une captive d'assurance (peu accessible aux PME mais de plus en plus envisagée par les ETI), et ce qu'il faut absolument transférer en externe.

Dans un contexte d'économies liées à la crise économique, le moment peut être bien choisi pour déplacer le curseur toujours un peu plus haut du côté de la prévention. " Pourquoi ne pas réfléchir effectivement à réorienter une partie du budget couverture vers la prévention. Dans le métier, nous avons l'habitude de dire qu'un dollar investi dans la prévention, c'est en moyenne 5 dollars de sinistre économisés ", signale encore Oliver Wild. C'est l'option retenue par exemple par Marc Guezou, Daf de Freelance.com (147 salariés, 237 millions de CA). Notamment sur l'assurance-crédit. " Nous faisons le minimum syndical sur ce sujet car je considère que l'assurance-crédit ne fait que le passe-plat en quelque sorte, le gros du dossier pour récupérer un impayé nous incombe toujours au bout du compte. Nous établissons 25000 factures par an mais seulement 200 finissent en contentieux juridique. Le coût de l'assurance est beaucoup trop élevé par rapport au volume d'affaires que cela concerne ". Pour le CFO de Freelance.com, la gestion du risque client doit s'appréhender bien en amont en intervenant sur tout le cycle : choix des clients, établissement des documents adéquats au bon moment, relances etc. " Finalement, l'assurance-crédit doit juste venir parachever une politique générale de prévention des risques ".

Le même raisonnement peut s'appliquer à toutes les catégories de risque, ou presque, en mettant en balance le coût des assurances et celui de la prévention. " Dans tous les cas, la prévention est bénéfique, même en gardant une assurance. Et il est indispensable de faire reconnaitre ces actions de prévention à son assureur afin que celui-ci puisse prendre en compte ce partage des risques dans sa politique tarifaire. Pour moi, il n'est pas acceptable qu'un assureur affiche une hausse généralisée de ses tarifs à l'ensemble de ses clients, quels que soient les efforts supportés en interne ", tacle Oliver Wild pour l'AMRAE. Et de prévenir cependant : " Malgré toutes les mesures de prévention, il existe néanmoins des lignes d'assurances sur lesquelles il est difficile d'agir : les catastrophes naturelles ou la cybersécurité par exemple ".

Mise en concurrence ou relation à long terme

Une fois le niveau de couverture souhaité ajusté en fonction de la prévention interne, reste tout de même la question du tarif. Quelle est la meilleure stratégie ? Mise en concurrence ou relation à long terme ? " Chez Freelance.com, nous faisons appel à des courtiers pour chacun des domaines. Car il s'agit de sujets très techniques, plus ils sont spécialisés, plus ils sont aptes à dénicher les meilleurs partenaires et à bien comprendre nos besoins. Nous relançons un appel d'offres lors de chaque renouvellement ", précise Marc Guezou.

Olivier Lamy, Directeur général délégué (Daf, RH, Services généraux) de l'entreprise lyonnaise AST (CA 2019 : 200 M€ ; 650 salariés ; construction de maisons individuelles) adopte, lui, une autre position. " Sur nos assurances peu stratégiques, nous confions le dossier à des courtiers. En revanche, en ce qui concerne les garanties de fin d'achèvement et les assurances techniques, nous gérons souvent en direct avec la direction générale car les enjeux sont fondamentaux ", explique-t-il. Sur ces assurances-là, Olivier Lamy veille à souscrire auprès de plusieurs assureurs simultanément afin de ne pas se heurter à une limitation d'encours de chantier qui viendrait freiner son développement. " Sur ces thématiques, nous changeons très rarement d'assureurs car elles nécessitent une confiance sur le long terme et de lourdes procédures informatiques. Cette relation sur le long terme est intéressante car elle permet d'approfondir les échanges pour finalement que l'entreprise, l'assureur et notre client soient gagnants ".

Pas de vérité établie donc, chacun doit juger de l'intérêt économique mais aussi stratégique de changer régulièrement de partenaire.


A retenir

- Hausse des tarifs généralisée des assurances sur la quasi-totalité des lignes de risques : c'est le bon moment pour se pencher attentivement sur le projet

- Dans ce contexte, pourquoi ne pas réallouer une partie du budget assurances à la prévention ?

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