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Comment décoder l'assurance de demain pour anticiper l'après-covid ?

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Comment décoder l'assurance de demain pour anticiper l'après-covid ?
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Réagir au présent, anticiper l'avenir ; l'assurance IARD (incendies, accidents, risques divers) est au défi d'une crise sanitaire sans précédent. Le COVID-19 a mis en évidence la réelle exposition des assureurs en période de pandémie, et les sujets sont nombreux.

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Outre nos certitudes et nos modes de vie, la crise sanitaire actuelle met à mal des pans entiers de l'économie, et des mécaniques que l'on pensait bien rodées, à l'instar des métiers de l'assurance... La garantie " pertes d'exploitation " montre des failles, la garantie " faute inexcusable ", liée à la responsabilité des employeurs à maintenir des conditions de travail sécurisées pour les salariés, est mise en jeu au quotidien pour le respect des gestes barrières. Un autre exemple ?

Le télétravail, qui expose massivement au risque cyber car il complexifie le contrôle des bonnes pratiques en matière de sécurité. Conséquence, les piratages se multiplient, avec demande de rançon, vol de données, ou encore attaque virale générale ...

On prend chaque jour un peu plus la mesure de ce monde qui change, et des expositions multicausales qui impactent les assureurs.

Rappelons quelques chiffres :

  • 60Mld€ de pertes d'exploitation pour l'ensemble du commerce et 8Mld€ pour le secteur HCR, Hôtels Cafés Restaurants, sur la période liée au 1er confinement.
  • 50% des entreprises assurées " Dommages aux biens " ne sont pas assurés sur le volet " Pertes d'exploitation ".
  • Moins de 20% des entreprises assurées en " Pertes d'exploitation " bénéficient d'une extension de cette garantie pour couvrir les Pertes d'exploitation sans dommages, et ce par exemple dans le cadre d'une fermeture administrative suite à épidémie avérée ou menace d'épidémie.

Rien ne sera comme avant : redoublez de vigilance à la lecture des contrats d'assurance !

L'épidémie de coronavirus a suscité un vif débat sur la prise en charge ou non des pertes d'exploitation. Est-ce que la garantie des pertes d'exploitation peut être mise en oeuvre sans un dommage matériel préalable ? Le sinistre entrainant la perte d'exploitation doit-il inévitablement découler d'un dommage matériel ?

Le sujet est vaste, il est important d'analyser, au cas par cas, les dispositions du contrat d'assurance afin de vérifier s'il ne contient pas de failles, des imprécisions ou des extensions de garanties, pouvant permettre une mobilisation de la garantie des pertes d'exploitation.

La garantie des pertes d'exploitation est un élément contractuel. Rappelons que sous peine de nullité, une exclusion de garantie ne doit pas seulement être rédigée en " caractères très apparents ", elle doit aussi être " limitée " sur le fond. Dans le doute, un juge pourrait être amené à interpréter les clauses litigieuses et il recherche toujours l'interprétation favorable à l'assuré...

Il est donc primordial de s'entourer d'experts, permettant une analyse fine des conditions générales et particulières, des extensions des garanties, des différentes définitions et des clauses d'exclusion. Il sera par exemple important de vérifier quelle est la définition d'un " dommage matériel ", des termes " sinistre " et " évènement ".

Et pour demain ? Comment imaginer le monde de l'assurance ?

Les assureurs s'organisent et prennent les devants. Cette crise a mis en évidence des failles rédactionnelles, évoqué précédemment. Les assureurs ne peuvent pas assumer ce transfert de risque et le financer pour l'avenir, sous peine d'un déséquilibre technique et financier de la branche dommage aux biens. Ils cherchent donc à se protéger en formalisant différentes exclusions.

C'est ainsi que les assureurs restreignent leurs engagements et imposent par voie d'avenants des exclusions formelles sur le risque " pandémie " mais également sur d'autres risques tels que celui du " cyber ". La situation est très délicate, les avenants diffèrent d'un assureur à l'autre, certains proposant de réduire le préavis de résiliation afin d'engager des négociations. Le délai de réponse est en tout cas très court, les entreprises se trouvent ainsi forcées, sans solution alternative, sous peine de résiliation.

Ces dernières doivent être très vigilantes. Anticiper est primordial à l'heure des renégociations et des renouvellements de 2021.

La complexification des activités et des réglementations demandent une attention très particulière, l'émergence des risques devenant de plus en plus nombreux et diversifiés, ils doivent faire l'objet d'un traitement spécifique allant au-delà de la réflexion assurancielle !

L'exposition aux risques est de plus en plus importante. D'une part, au vu des évolutions sociales - prenons pour exemple le phénomène des Gilets Jaunes encore récent et présent dans nos esprits. Pour rappel, ce dernier a causé plus de 150M€ de sinistres en dommages et pertes d'exploitation.

Mais aussi au vu des conséquences du changement climatique. A titre d'illustration, les assureurs estiment les conséquences de la tempête Alex à 315 M€ en dommages. Ou encore, au vu des évolutions technologiques et de la transformation digitale, la multiplication des attaques cyber, dont le coût moyen s'élève à 35 000€ et culmine à 458 000€ !

Le marché de l'assurance IARD connaît une période de transition dans un contexte économique global incertain. La gestion de transfert de risque s'en trouve fragilisée, et la baisse des flux financiers au niveau mondial reste pénalisante.

La conséquence se fait sentir depuis deux ans et se traduit par un durcissement de la politique de souscription des assureurs, une réduction de leur appétence à certains risques, une augmentation de leur tarification, tout en réduisant leur exposition et en diminuant le montant des capitaux...

Prévenir plutôt que guérir.

La gestion des risques est au coeur des enjeux des entreprises, et l'audit des risques est un moyen de comprendre l'adéquation entre leur programme d'assurance et la maîtrise des risques.

La gestion des risques doit être une priorité pour les entreprises et cela passe par une protection et une prévention de qualité des différents risques assurables afin de tendre vers une gestion des risques innovante et résiliente.

Une des solutions est de se faire accompagner par un Risk Manager sur l'ensemble de ces sujets, afin de construire la stratégie la plus adaptée à l'entreprise. Un sujet dont les DAF n'ont pas fini d'entendre parler...

Pour en savoir plus

Anne Le Menach' , Directrice Pôle Assurances Leyton.

Anne Le Menach' est en charge du développement technique et commercial du pôle d'activités Assurances IARD et de celui d'Assurances de personnes. L'équipe est composée d'une dizaine de collaborateurs, consultants experts et risks Managers. Ils accompagnent les entreprises dans leur stratégie assurantielle et dans la gestion des risques face à un environnement économique et réglementaire en pleine évolution.


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Anne Le Menach', Directrice Pôle Assurances Leyton

Camille George,<br/>rédactrice en chef Camille George,
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