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[ITW] Julien Marcilly (Coface) : "Le vaccin est là, mais les incertitudes persistent"

Publié par Marwa Nakib le | Mis à jour le
[ITW] Julien Marcilly (Coface) : 'Le vaccin est là, mais les incertitudes persistent'

Le moral des entreprises n'était décidément pas au beau fixe pour cette fin 2020. Pourtant avec l'arrivée du vaccin anti-covid, la sortie du tunnel semble proche. Quelles sont les perspectives pour les entreprises européennes en 2021 ? Julien Marcilly, chef économiste Coface, nous explique.

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> Quel sera le moral des entreprises européennes en 2021 ?

Julien Marcilly : C'est une période très singulière! Pendant cette crise sanitaire, les sociétés de services ont vu leur moral se dégrader davantage que les activités manufacturières qui normalement réagissent toujours en premier, étant l'élément déclencheur de la contagion (via le commerce international) pendant toutes les crises passées. Lors de cette crise, au contraire, ce sont les services, le transport, le tourisme, l'hôtellerie, et la restauration qui ont été les activités les plus touchées. Nous avons pu l'observer au début du second confinement : les indicateurs de confiance qui avaient rebondi pendant l'été sont tout de suite repartis à la baisse. Donc l'évolution du moral des entreprises en Europe après la sortie de crise sera à l'image de l'ensemble de l'économie : très différente d'un secteur d'activité à l'autre.

> L'arrivée du vaccin ne va pas t-elle rebooster leurs perspectives d'investissement ?

JM : Généralement, il y a deux grandes sources d'incertitudes par rapport à cette crise : celle liée à l'évolution de la pandémie, et celle liée au risque de pertes d'emplois. Ce sont ces deux indicateurs qu'il faut regarder de près pour évaluer les perspectives en termes de confiance.

Pour l'Europe, la bonne nouvelle est l'arrivée du vaccin. Mais bien que le vaccin ait été avancé, il faudra s'attendre à une période de transition assez longue, sans doute jusqu'à la fin du 1er semestre 2021.

Donc pour le premier semestre on s'attend toujours à une période difficile avec des "stop and go". Après, sous réserve que les vaccins avancés soient accessibles à une partie importante de la population à partir du milieu de l'année, on pourrait rentrer dans une situation plus "confortable" pour la majorité des entreprises. Mais la fin progressive de la pandémie ne veut pas dire pour autant la fin des difficultés : il y a eu des secteurs d'activité touchés durablement par cette crise qui devront initier un changement de modèle durable, comme pour certaines filières des transports et les transports aériens.

Quant à la question des risques de pertes d'emploi, cela va jouer à la fois sur la reprise de confiance des consommateurs et des entreprises : mais il est difficile de prédire si les choses vont revenir comme avant. Ce sont les indicateurs de confiance les plus avancés qui pourront répondre à cette question et en évaluer l'impact sur la confiance des entreprises.

Donc 2021 devrait être scindée en deux avec une première partie de l'année marquée par beaucoup d'incertitudes au niveau sanitaire, suivie par beaucoup moins d'incertitudes, ce qui favorisera un grand nombre d'entreprises. Mais la situation sera toujours difficile pour celles qui ne verront pas un rebond de leur activité suffisant pour réaliser des profits malgré la fin de la crise, et qui devront effectuer un changement de modèle structurel.

> À votre avis, est-ce que l'on retrouvera les mêmes niveaux de croissance qu'avant la crise ?

JM : Une reprise économique à la fin du confinement est tout à fait normale vu qu'on est à des niveaux très bas. Mais le fait que ça rebondisse ne veut pas dire pour autant que les entreprises vont retrouver leurs niveaux d'activité d'avant crise. Les comportements des consommateurs vont changer durablement dans certains cas, et les entreprises devraient s'adapter durablement à ces nouveaux modes de consommation.

Avec la montée en puissance du télétravail, il est peu probable que l'on retrouve nos comportements du passé en matière de déplacements professionnels, tant pour les transports quotidiens que pour les voyages. C'est un exemple parmi d'autres, qui aura des conséquences certainement sur l'activité des transports et des compagnies aériennes, qui ne retrouveront probablement pas leurs niveaux d'activité d'avant crise au cours des prochaines années. De même, les habitudes de consommation ont elles aussi changé (cinéma, restauration). Donc le rebond sera partiel suivant les secteurs d'activité, qui seront assujettis aux changements de comportement des consommateurs et des entreprises.

> Quelles sont les bonnes stratégies pour aborder 2021 ?

JM : Tout dépend du secteur d'activité. Actuellement, il y a encore beaucoup de facteurs inconnus, il est difficile d'avancer des conclusions. Ce qui est sûr, c'est que pour certaines, le rebond de la croissance sera assez mécanique, et que pour d'autres il faut s'attendre sans doute à des faillites et à des fusions d'entreprises. Il est probable que pour certains secteurs, cette crise, n'étant pas conventionnelle, ne soit pas temporaire, et qu'il y ait un besoin d'ajustement. Les secteurs d'activité les plus touchés auront besoin de plus de temps pour s'en remettre et s'adapter aux nouvelles normes. Dans tous les cas, pour bien sortir de la crise, il faut essayer de réduire les coûts un maximum dans les entreprises des secteurs les plus touchés. Il faut s'attendre à ce que les chiffres d'affaires et niveaux d'activité ne seront pas à leurs niveaux d'avant-crise.

> Le moral des entreprises est-il meilleur en Europe que sur les autres continents ?

JM : Certains pays d'Asie ont beaucoup plus d'avance que les pays européens dans cette sortie de crise : le rebond de l'économie en Chine a été à la fois plus rapide et plus marqué qu'en Europe, et la situation à court terme est nettement meilleure en région asiatique qu'en Europe. En même temps, en Chine, il y a d'autres risques qui s'annoncent pour 2021 vu que les entreprises se sont beaucoup endettées pour relancer la machine.

Quant aux États-Unis, il y a un décalage temporel avec l'Europe qui est assez faible, d'un mois environ en ce qui concerne la pandémie, mais sinon la sortie de crise est assez comparable en Europe et en Amérique du Nord.

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