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Economie circulaire : les achats nerf de la guerre

Publié par le - mis à jour à
Economie circulaire : les achats nerf de la guerre

Pour coller aux attentes des consommateurs et des législateurs, l'économie circulaire devient de plus en plus incontournable. Pour la rendre concrète au sein des entreprises, les achats doivent faire évoluer leurs pratiques ainsi que celles de leurs fournisseurs.

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C'est un partenariat marquant de l'année 2022 : Castorama s'est associé à Back Market pour donner une seconde vie aux produits rapportés par les clients ; une fois réparés et contrôlés, ils sont proposés à la vente sur la marketplace. "La crise sanitaire a fait émerger une nouvelle catégorie de bricoleurs plus sensibles à la durabilité des produits", observe Frédéric Boulle, directeur relation clients de Castorama. L'évolution des consommateurs et de la réglementation met les entreprises face à un mur : elles doivent se convertir à l'économie circulaire. Une transition au coeur de laquelle se trouvent les achats. "Pour passer de l'intention à la réalisation, le nerf de la guerre c'est ce que les entreprises achètent et produisent", pointe Géraldine Poivert, présidente et co-fondatrice de (RE)SET, société de conseil spécialisée dans la transition écologique.

Faire grandir ses fournisseurs avec soi

Pour ce faire, les acheteurs doivent changer d'état d'esprit. "Il est urgent d'arrêter de penser que les ressources sont infinies", souligne Géraldine Poivert. Au-delà du traditionnel triptyque coût-qualité-délai, doit se positionner la rareté des ressources mais aussi les externalités négatives des produits. En bref, être conscient du réel TCO des produits, incluant le coût environnemental.

Ce changement d'état d'esprit peut passer par de la formation ou en tout cas un accompagnement au changement. "Nous devons accompagner les acheteurs car c'est un tout autre métier, plus proche de la gestion de projet", note Marine Varret, manager supply chain et offre responsable de Manutan. Le groupe est en effet en train d'effectuer sa conversion à l'économie circulaire : s'il a commencé par collecter des produits électroniques usagés auprès de ses clients pour les confier à un reconditionneur, le distributeur espère bien éditer ses propres produits faits à partir de matériaux recyclés. Un segment sur lequel les acheteurs seront essentiels.

Pour l'instant, les acheteurs de Manutan font surtout de l'évangélisation auprès des fournisseurs sur ces questions de circularité. Car s'il est un élément sur lequel les achats peuvent agir c'est effectivement celui des fournisseurs. "Ces transitions exigent de jouer à plusieurs, avec notamment ses fournisseurs, qu'on fait grandir avec soi", pointe Géraldine Poivert. Charly Limou, managing partner Square, groupe de conseil, recommande ainsi de faire monter en compétences ses fournisseurs sur les 4R de l'économie circulaire : réduire, réutiliser, réparer, recycler. Pour cela, il conseille d'éviter les chaînes de fournisseurs trop longues et de ne pas dépasser le rang deux. Et pour les convaincre, de leur proposer une meilleure visibilité et plus de volume.

Priorisation des démarches

Le travail auprès des fournisseurs, c'est aussi faire évoluer ses stratégies d'achat en s'ouvrant à de nouvelles sources d'approvisionnement. Rémy Le Moigne, dirigeant de Gate C, société de conseil en économie circulaire, liste cinq stratégies : acheter des équipements reconditionnés, acheter l'usage plutôt que l'équipement lui-même, acheter des matériaux recyclés plutôt que vierges, mettre en place des symbioses industrielles en utilisant des déchets comme matière première et enfin partager des équipements avec des entreprises autour de soi. "Il faut regarder catégorie d'achat par catégorie d'achat quelles stratégies d'achat circulaires peuvent faire du sens", conseille-t-il. Géraldine Poivert insiste en effet sur la nécessité d'être méthodique, afin de ne pas butiner. Ce qui passe par une priorisation des démarches. "On peut commencer par les opportunités les plus simples à mettre en oeuvre et celles qui peuvent être faites rapidement", propose Rémy Le Moigne. Cela s'entend vis-à-vis de l'interne (en fonction du volume d'achat par exemple) mais aussi de l'externe (les solutions disponibles sur le marché).

En effet, le sourcing peut parfois être problématique : comment trouver des produits reconditionnés ou des déchets industriels qui peuvent servir de matière première ? Si les produits reconditionnés, notamment les bureaux, sont désormais très répandus, des plateformes spécialisées peuvent aider à trouver des matières premières issues de déchets.

Attention cependant à la rentabilité du projet. "Recourir à l'économie circulaire permet de réduire la dépendance à certaines matière première, de réduire le coût d'achat des matières premières et de réduire le coût de traitement des déchets. Mais tous les projets ne sont pas rentables", avertit Charly Limou. La faute au coût des déchets, pas assez élevés, selon Rémy Le Moigne, qui souhaite des évolutions réglementaires mais aussi un changement de culture des industriels et des acheteurs. Peut-être que l'inflation et la pénurie des matières premières incitera à se tourner vers la circularité.

Le jean infini de 1083

L'enseigne 1083 spécialisée dans les vêtements éco-responsables est à l'origine de deux innovations circulaires : des jeans fabriqués à partir de vieux jeans et le "jean infini", entièrement en polyester, refondu en fin de vie pour en créer un nouveau. Niveau sourcing, les vieux jeans sont récupérés auprès d'organismes comme Emmaüs ou Le Relais et le "jean infini" est consigné 20 euros pour inciter les consommateurs à le rapporter.

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