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L'audit financier, un exercice complexe en année " Covid "

Publié par le - mis à jour à
L'audit financier, un exercice complexe en année ' Covid '

L'évaluation d'entreprise est un exercice complexe par nature. Comment simuler la valeur économique d'une entreprise dans un contexte de pandémie ? Face à des contraintes inédites, les entreprises ont dû faire preuve d'agilité et de résilience dans un environnement incertain.

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La crise pandémique et ses dommages collatéraux pose la question de la manière de retenir l'année 2020 dans la démarche d'évaluation. Force est de constater que les effets sont difficiles à appréhender car elles sont fonction du secteur d'activité (aéronautique - évènementiel...), du bassin géographique et de la taille de l'entreprise. Face à une dégradation des indicateurs de performance, ou a contrario à leur amélioration, il ne nous semble pas possible d'avoir une position tranchée, soit par une exclusion pure et simple des comptes 2020, soit par une prise en compte sans nuance. Les données financières de l'exercice " Covid " sont à étudier avec attention pour identifier les éventuels effets contradictoires, souvent dus aux aides de l'Etat, et inclure dans l'évaluation des éléments essentiels, révélateurs de la résilience de l'entreprise.

Apprécier l'importance des comptes 2020 dans la démarche d'évaluation

Apprécier un intervalle de valorisation économique, c'est appliquer des méthodologies qui permettent de traduire la capacité de l'entreprise à créer de la valeur. Pour cette raison, à notre avis, les comptes de l'année 2020 ne peuvent être ignorés, et ce pour plusieurs raisons.

Les baisses d'activité, le bouleversement des habitudes commerciales et les aides de l'Etat peuvent se matérialiser par des effets contradictoires ou contre-intuitifs dans les comptes annuels : il est donc essentiel d'isoler l'" effet Covid " dans les comptes 2020.

Les incidences mécaniques, qui ont une traduction comptable directe, peuvent être identifiés de manière assez simple. Mesure clé du dispositif gouvernement, le chômage partiel a eu un impact conséquent sur les comptes 2020. Avec 8,4 millions de salariés en activité partielle en avril 2020, un bon nombre d'entreprises ont bénéficié d'une " subvention " qui a réduit leur masse salariale. Cette indemnisation s'est traduite comptablement par une réduction des charges de personnel. Pour autant, certaines entreprises ont réalisé de bons volumes de chiffre d'affaires post-confinement, une partie de l'activité ayant pu être reportée. L'analyse de la perte de chiffre d'affaires potentielle par référence aux années précédentes est de plus en plus ardue avec des saisonnalités mensuelles qui varient de plus en plus.

A l'extrême, les entreprises qui ont conservé un volume d'affaires d'avant crise peuvent voir leur taux de marge d'EBITDA augmenter sans que cela ne constitue fondamentalement une tendance structurelle. Autre illustration, les entreprises ont globalement vu leur budget de frais de déplacement et de réception diminué de manière drastique. Au-delà de ce constat, il convient pour un évaluateur de " normaliser " ce poste de charges alors que le mode de fonctionnement post-covid ne sera pas forcément le même qu'avant les épisodes de confinement. Il faut intégrer tous les effets indirects de cette baisse mécanique.

Une équipe de commerciaux qui avait pour habitude de se déplacer n'a pas pu déployer son activité de manière normale et les incidences en termes de chiffres d'affaires sont également inscrites dans les comptes. S'agit-il d'un report ou de ventes perdues ? La difficulté est d'apprécier la capacité de la force commerciale à " vendre " avec un mode de fonctionnement futur qui intégrera vraisemblablement du distanciel.

Sur les niveaux de trésorerie, les reports de loyers ou les reports de charges constituent des éléments de dettes financières qui comptablement sont inscrites sur des postes de dettes fiscales et sociales. L'évaluateur doit intégrer ces reports pour l'appréciation de la dette nette. L'analyse des prêts garantis par l'état est également indispensable. Le sujet est double : dans un premier temps, il faut identifier la nature et les montants de consommation de cette enveloppe de financement tout en intégrant, dans un second temps la capacité de remboursement à moyen terme.

Ces exemples témoignent de l'importance d'étudier les " comptes Covid " méticuleusement, en analysant de manière approfondie les aides dont l'entreprise a pu bénéficier, et leur impact direct sur la santé financière de l'entreprise à l'instant T, mais aussi sur les mois, voire les années, à venir. La pandémie et ses incidences sur les comptes constituent un élément clé d'analyse pour également apprécier la résilience et la robustesse du modèle économique de l'entreprise dans un environnement économique et financier post-covid.

Les comptes 2020 : révélateur de performance

La pandémie a renforcé la nécessité d'évaluer les informations extra-financières des entreprises. D'ailleurs, le plan de relance du gouvernement français, qui met l'accent sur l'écologie, la numérisation des entreprises et la réindustrialisation et la production locale, soutient la nécessité d'intégrer cette performance non financière dans la création de valeur. Ces trois grands prismes sont également regardés par les consommateurs, les salariés et les investisseurs. La valeur d'une entreprise ayant déjà entamé une politique RSE solide, qui est consciente de ses risques en termes de cybersécurité et qui réagit pour les prévenir, devrait dans cette logique intégrer ces éléments.

En parallèle de ces éléments, la crise permet d'évaluer de manière concrète les perspectives d'évolution d'une entreprise. Les confinements et protocoles sanitaires, le télétravail... Ces contraintes inédites permettent d'évaluer la robustesse d'une entreprise, son agilité face à une situation inattendue, la cohésion de ses équipes dans un contexte de crise. De nombreux exemples peuvent être cités, tels la mise en place du " click & collect " ou le recours massif aux logiciels de télécommunication.

Evaluer une entreprise par le prisme des comptes 2020 est certainement un exercice plus difficile qu'auparavant, il n'en demeure pas moins que c'est une année riche d'enseignements et qui ne doit pas souffrir de généralités. La crise sanitaire et ses contraintes sont des éléments révélateurs sur les perspectives de l'entreprise. Les incidences de la crise sanitaires auront également des effets sur comptes 2021 et l'enjeu pour l'évaluateur reste de pouvoir différencier celles qui deviendront structurelles.

Pour en savoir plus

Benjamin Poulard est expert-comptable et commissaire aux comptes au sein du réseau Exco à Nantes. Docteur en Sciences de Gestion, il intervient surtout auprès des PME et ETI dans des missions d'audit et de conseil, sur des opérations de transactions, et donc d'évaluation d'entreprise.

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