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DossierRetournement : comment mener la barque !

Publié par Eve Mennesson le

3 - Redessiner la carte selon les objectifs

La dette est parfois mal calibrée, créant des difficultés actuelles ou à venir. Ne pas hésiter, donc, à se lancer dans une opération de restructuration de sa dette pour obtenir de meilleures conditions des financeurs, ou même s'ouvrir à de nouveaux créanciers, en vendant à nouveau son entreprise

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Dans les situations de retournement, il est souvent nécessaire de restructurer sa dette pour redonner du souffle à l'entreprise. Et, là encore, le plus tôt est le mieux afin de ne pas totalement se laisser dicter les conditions par les financeurs : anticiper les problèmes de financement permet de les résoudre avant même de se lancer dans un plan de restructuration.

C'est ce qu'a fait Baptiste Janiaud, Daf de Séché Environnement : dès son arrivée en octobre 2017, il s'aperçoit que la dette est trop courte pour répondre aux ambitions du groupe (en plein développement à l'étranger), et rencontre des investisseurs pour allonger sa maturité. Cette anticipation lui a permis d'obtenir auprès d'une dizaine d'investisseurs une dette obligataire de 150M€ avec une maturité moyenne de 7 ans, et deux nouvelles lignes de liquidités d'un montant total de 200 millions d'euros. Surtout, ce double refinancement est assorti d'un covenant unique de levier financier de 3,95 pouvant aller jusqu'à 4,25 en cas d'acquisition. Des conditions qui n'auraient pas été obtenues si l'entreprise avait attendu et avait été dans l'obligation de restructurer sa dette.

De l'avantage de la conciliation

Mais même quand ça va mal, que les difficultés de remboursement ont commencé à poindre, pas question d'accepter tout et n'importe quoi ! " Il faut à tout prix éviter les mesures trop court-termistes qui viendront pénaliser le plan de redressement à long terme ", souligne Guillaume Cornu, associé EY responsable du marché entrepreneurs.

Premier réflexe à avoir : se mettre sous la protection de l'administration judiciaire. Et ce le plus tôt possible pour éviter le redressement ou la sauvegarde, mais mener une conciliation avec ses créanciers. " Le droit français est novateur en matière de pré-redressement judiciaire : des sessions de conciliation sont organisées avec les principaux créanciers avant même de lancer une procédure de redressement judiciaire. Cela permet de prendre le sujet en amont, avant que la situation ne soit trop dégradée, mais aussi d'éviter que les créanciers se précipitent pour se faire payer et dégradent encore plus la situation de l'entreprise ", explique Didier Bruère-Dawson, associé au sein du cabinet Brown Rudnick, responsable de la practice Restructuring. Bien sûr, il est possible d'aller voir ses créanciers sans passer par la case judiciaire, mais le risque est de se faire rouler dans la farine sans retour possible (ou difficilement). En revanche, cette procédure de conciliation aboutit à un accord qui devient une conciliation définitive et opposable aux tiers.

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Attention, cependant : la conciliation doit aboutir à un accord en cinq mois, les entreprises ne doivent donc pas hésiter à se faire aider par un conseil. Un conseil pourra en effet aider à réfléchir en amont aux besoins de l'entreprise et aux solutions à proposer aux créanciers. Ces réflexions devront aboutir à l'élaboration d'un plan stratégique afin de vendre de nouveau l'histoire de la société aux financeurs, pour que ceux-ci aient envie de parier de nouveau sur son avenir. Le premier argument étant bien entendu la survie de l'entreprise : une société en faillite ne paye plus ses créanciers. Mais il ne doit pas être le seul : il s'agit de faire rêver de nouveau avec un plan ambitieux, mais faisant cependant face aux difficultés avec lucidité et transparence. " Il faut expliquer les détériorations et les perspectives pour faire comprendre la situation, mais présenter un avenir séduisant ", résume Julien Trélhu, associé BDO spécialisé en restructuring.

Le gros avantage des sessions de conciliation réside dans leur caractère confidentiel : elles se déroulent sous le sceau de la confidentialité et les discussions et les accords ne sont pas tenus d'être publiés, à l'inverse d'un redressement ou d'une sauvegarde. Cela permet de ne pas affoler ses clients et fournisseurs, et surtout que l'information ne remonte pas aux oreilles des assureurs crédit qui pourraient dégrader la note de la société.

S'ouvrir à de nouveaux financements

Restructurer sa dette peut aussi être l'occasion de s'ouvrir à de nouvelles formes de financement. "Les ETI ont tendance à contracter de la dette classique auprès de partenaires bancaires alors qu'il existe d'autres solutions parfois plus efficaces, ou en tout cas plus flexibles", pointe Olivier Vermeulen, associé gérant de Paul Hastings et responsable de la practice finance, donnant l'exemple des fonds de dette. "Cela permet, par exemple, de passer d'une dette bancaire amortissable à une dette qui ne l'est pas, ce qui peut être intéressant lorsque l'on a besoin de conserver ses cash flow", décrit-il.

Baptiste Janiaud (Séché Environnement) a lui profité du refinancement de la dette de son entreprise pour l'ouvrir à un financement " green " : en fonction des performances RSE du groupe (politique d'efficience énergétique, biodiversité et notation de l'agence EthiFinance), le financement est assorti d'un bonus ou d'un malus. De quoi positionner l'entreprise comme un acteur du développement durable.

Si s'ouvrir à de nouveaux financeurs est intéressant à plusieurs titres, attention à bien les choisir, à s'assurer de leur solidité et surtout de leurs bonnes intentions. Julien Trélhu (BDO) met en garde contre les faux amis : "Un financeur trop gentil, qui accepte toutes les conditions sans négocier, a de grandes chances de vouloir uniquement prendre connaissance de l'entreprise dans l'objectif de la reprendre ensuite à la barre du tribunal." Au lieu d'être une solution, le refinancement deviendrait alors un problème supplémentaire

Refinancer sa dette quand tout va bien

" Dans le contexte actuel de fortes liquidités, il peut être intéressant de renégocier les termes de sa dette aux fins d'en améliorer les conditions, notamment financière, et/ou pour pouvoir se " releverager " ", estime Olivier Vermeulen, associé gérant de Paul Hastings et responsable de la practice finance. Les entreprises en sont bien conscientes et elles sont nombreuses à avoir profité des taux bas pour diminuer leurs intérêts ou pour augmenter la durée de leur endettement. Bien sûr, ces renégociations se font rarement sans contrepartie : " Outre les commissions, les banquiers peuvent demander du business supplémentaire ", observe Mohamed Benlaribi, associé Deloitte au sein du département Risk Advisory. Mais des leviers de négociations existent : "Quand tout va bien, l'entreprise n'a aucune nécessité à restructurer sa dette. Elle a donc le temps et le pouvoir de jouer sur les commissions des banquiers", avance Mohamed Benlaribi. Ces renégociations touchaient essentiellement les dettes obligataires. Mais avec la norme IFRS9, l'impact des renégociations doit immédiatement apparaître sur le compte de résultat, alors qu'il était possible de l'étaler sur toute la durée de la nouvelle dette auparavant. " On assiste à un ralentissement des renégociations avec ce changement des normes comptables", rapporte Mohamed Benlaribi.

Camille George,<br/>rédactrice en chef Camille George,
rédactrice en chef

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