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L'avenir des métiers du chiffre passe par l'IA ?

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L'avenir des métiers du chiffre passe par l'IA ?
© Sergey Nivens - Fotolia

Pour optimiser des processus comptables, détecter des fraudes, identifier des échéances contractuelles, l'intelligence artificielle trouve aujourd'hui sa place partout. Alors oui, l'IA est l'avenir, parfois même le présent, des métiers du chiffre. Mais quelle place l'IA va-t-elle nous laisser ?

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Si l'intelligence artificielle va bouleverser un grand nombre de secteurs, son arrivée dans les métiers de l'analyse financière et comptable laissent déjà entrevoir des avancées qui promettent de transformer les anciennes pratiques.

L'IA et les robots, un concept pas si nouveau

Du chiffre, du chiffre, du chiffre, sous toutes ses formes, telle est la nourriture de l'Intelligence Artificielle ! Que ce soit pour de la reconnaissance d'images, de l'étude comportementale, de l'aide à la prise de décision, ... L'IA doit tout d'abord passer par une " chiffrisation " de l'information. Dans un second temps, l'homme va y mettre des mathématiques et de l'algorithmique pour " simuler " certains raisonnements " humains ", jusqu'à tenter de simuler l'acte même d'apprentissage. La robotisation, plus ou moins " intelligente " prend donc progressivement, parfois rapidement, sa place. Et justement quelle est sa place, la nôtre ?

Le mot "robot" est apparu pour la première fois en 1920 dans la pièce de théâtre de science-fiction R.U.R. de l'écrivain tchèque Karel Capek. " Robot " est inspiré du mot tchèque " robota " qui veut dire corvée. Le rôle premier de l'Intelligence Artificielle est donc de supplanter l'humain dans les tâches dites " simples ". En tout cas, des tâches suffisamment simples pour que l'intelligence humaine ait la capacité de les apprendre aux robots.

Ce n'est donc pas l'avenir des métiers du chiffre qui passe par l'Intelligence Artificielle, c'est bien le présent, voire même le passé. Lorsque Blaise Pascal créa sa Pascaline, c'était déjà pour aider son père à remettre en ordre les recettes fiscales de la Province de Haute-Normandie. Le jeune Pascal voulait l'aider à se libérer d'une tâche fastidieuse, tout en en profitant pour la fiabiliser. Nous sommes toujours aujourd'hui dans la même logique, confier le plus possible de corvées et servitudes à un esclave, non plus mécanique, mais numérique.

L'exemple de l'audit et du contrôle des données comptables

Dans ce domaine, les experts sont successivement passés par la revue manuelle, puis par les techniques d'échantillonnage, la programmation de requêtes pour vérifier des sujets pré-choisis, et aujourd'hui les conseils voient apparaître les premiers systèmes intelligents qui ne font pas que vérifier le respect d'une règle fixée, mais qui identifient des atypismes par rapport aux pratiques observées dans l'entreprise analysée.

Dans ce contexte, les professionnels du chiffre doivent s'adapter et innover. Une des solutions semble être de combiner le savoir d'experts du chiffre avec celui d'experts du traitement de la donnée, afin de développer des " robots intelligents ". Ces robots, encore rares sur le marché, sélectionnent les analyses rendues possibles en fonction de la complétude et de la qualité des données comptables qui lui sont soumises, les réalisent, et mettent à disposition les tableaux de bord correspondants aux besoins d'investigation.

Face aux premiers résultats de ces " intelligences artificielles du contrôle comptable ", les réactions des entreprises et principaux concernés ont été multiples et très intéressantes :

  • Parfois, mais de moins en moins souvent, des professionnels se disent être inquiets devant ce foisonnement d'analyses mises à leur disposition par des systèmes intelligents d'analyse de données : " Trop de choses à regarder ", " Passer d'une obligation de moyens, à une obligation de résultats que je ne me sens pas capable de garantir. ". Et c'est pourtant là que l'intelligence humaine et le jugement professionnel trouvent toute leur place. Un pilote d'avion ne regarde pas tous les cadrans en même temps, il s'adapte au contexte du vol...
  • Et d'un autre côté de plus en plus souvent, d'autres réactions suivent : " c'est de l'audit à l'ancienne, comme lorsque je consultais directement le grand livre. Mais c'est fait avec des moyens très modernes et sur des volumes que nous n'aurions pas pu traiter ". Et finalement quelle magnifique validation de la mise en oeuvre d'une intelligence artificielle ! " Vous faites comme je l'aurais fait moi-même avec toute mon expérience et mes compétences ". Ces experts du chiffre ne se sentent pas remplacés par ces systèmes d'investigations, bien au contraire. La réaction qui suit est souvent : " Cela va m'aider pour passer plus de temps à analyser et à décider, avec une marge d'erreur réduite, donc un confort augmenté ".

L'IA ne remplacera pas les professionnels du chiffre, mais ceux-ci doivent évoluer dans leurs pratiques

Avant, les professionnels du chiffre passaient beaucoup de temps à collecter, transformer, traiter la donnée pour en tirer des résultats. Maintenant, le robot dispose de l'intelligence limitée que les experts de l'audit et du conseil consacraient à ces tâches, leur permettant de mobiliser leur énergie dans l'interprétation des résultats. Avant, on disait " voilà tous les calculs que j'ai réalisés ", maintenant il va falloir dire " voilà toutes les déductions et conclusions que j'ai construites " !

L'empathie, la capacité de jugement, la prise en compte de paramètres extérieurs qui n'auraient pas été soumis à l'IA, ... restent encore et pour longtemps l'apanage de l'humain. Il ne faut donc pas seulement inventer de nouveaux dispositifs " augmentés par l'IA ", mais surtout réinventer nos métiers pour profiter de, et non pas subir, cette évolution.

Pour accompagner cette évolution, nous pourrons tous compter sur notre bonne vieille intelligence, pas artificielle du tout celle-là.

Pour en savoir plus

Jean-Marc Allouët, Associé en charge du pôle Digital de BM&A, travaille depuis plus de 20 ans au mariage des expertises mathématiques, informatiques et financières pour apporter une intelligence augmentée aux différents métiers du chiffre et du contrôle. Concepteur du système d'investigation comptable GEO



David Manset, Associé et Directeur Recherche et Innovation du groupe Be-ys, travaille depuis plus de 15 ans dans la data science et l'innovation à base de deeptechs (big data, IA et blockchain). Concepteur de plateformes informatiques distribuées pour la gestion et le traitement de données sensibles.


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Jean-Marc Allouët, en charge du pôle Digital de BM&A et David Manset, Directeur Recherche et Innovation du groupe Be-ys

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