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DossierBrexit: I want to break free!

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3 - Zoom sur les entreprises françaises implantées au Royaume-Uni

Quelles seront les conséquences du Brexit pour les sociétés françaises implantées au Royaume-Uni? D'après les experts interrogés, le tableau n'est pas si noir, bien qu'il reste encore de nombreuses inconnues.

Quid des entreprises françaises implantées au Royaume-Uni?

Pour les entreprises tricolores déjà implantées au Royaume-Uni, soit quelque 650 PME et ETI, l'arbitrage est différent de celles qui envisageait de s'implanter. La situation n'est pas dégradée au point qu'elle nécessite la fermeture d'une filiale.

"La question peut se poser pour celle qui n'a pas encore atteint son point mort, rétorque Jean-Noël Mermet (Frenger International). Les entreprises avec lesquelles je travaille apprécient l'environnement business friendly britannique et vont continuer à y investir, Brexit ou non."

Les entreprises françaises implantées au Royaume-Uni bénéficient-elles pour autant d'un avantage concurrentiel? "Oui en cas de rétablissement des droits de douanes et des procédures administratives afférentes, estime Charlie Joyez (Pramex International). Ce sera d'autant plus vrai dans les secteurs d'activité que le Royaume-Uni souhaitera protéger via des barrières à l'entrée plus imposantes (quotas, droits de douane...). Néanmoins, les filiales françaises vont devoir sécuriser en amont leur approvisionnement et rationaliser les transferts de biens et de capitaux avec l'UE. En revanche, à moyen terme, les conséquences négatives risquent de l'emporter, du fait notamment du déficit de croissance du marché britannique."

Autre problématique sous-jacente: quid des Français qui travaillent dans les filiales outre-Manche? Devront-ils demander un permis de travail? Perdront-ils leur protection sociale ? Autant de questions qui demeurent elles aussi en suspens.

Et demain concrètement?

La difficulté pour les entreprises françaises consiste donc à étudier toutes les hypothèses et à modéliser différentes solutions afin d'être prêtes le moment voulu. Avant le 17 janvier, on ne savait pas quel scénario sortirait vainqueur : le hard Brexit (divorce brutal avec l'UE) ou le soft Brexit (séparation à l'amiable basée sur des concessions mutuelles) ?

Dans son récent discours, Theresa May, Première ministre britannique, penche nettement pour le hard Brexit. Selon l'option retenue, les conséquences seront bien évidemment différentes. À titre d'exemple, Euler Hermes prévoit jusqu'à 3,2 milliards d'euros de pertes additionnelles à l'export pour les entreprises françaises d'ici à 2019 dans le pire des scénarios (soit 0,5% du total des exportations de biens et services), contre 2,4 milliards d'euros en cas de soft Brexit. "Au niveau sectoriel, un Brexit sans accords de libre-échange serait particulièrement préjudiciable aux exportations en chimie (- 0,52 milliard d'euros), en machines et équipements (- 0,48 milliard) et en agroalimentaire (- 0,39 milliard)", précise Ana Boata (Euler Hermes).

Au final, seule certitude: la période d'incertitude risque de perdurer quelque temps. Theresa May a annoncé vouloir déclencher le processus de retrait d'ici fin mars 2017, une échéance qui pourrait ne pas être tenue en cas d'obligation de ratification par le Parlement britannique. À la suite du déclenchement de l'article 50 du Traité de Lisbonne s'ensuivront deux probables années de négociation avec l'UE, avec une éventuelle prolongation décidée à l'unanimité par les États membres.

"Pendant ce temps, la croissance britannique va être mollassonne, freinée par l'attentisme des ménages et des entreprises, prévoit Axelle Lacan (Coe-Rexecode). Plus la période de négociation sera courte, mieux ce sera pour l'économie britannique. Mais cela risque d'être compliqué. D'un côté, Theresa May souhaite le beurre et l'argent du beurre, c'est-à-dire l'accès au marché commun européen tout en s'affranchissant des règles entourant la libre circulation des personnes. De l'autre, l'UE ne peut se permettre d'être trop conciliante, au risque de briser l'unité européenne et d'inciter d'autres États membres à suivre l'exemple de la Grande-Bretagne." Reste à savoir ce que la récente élection de Donald Trump à la tête des États-Unis changera à cette équation.

La rédaction

Camille George,<br/>rédactrice en chef Camille George,
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