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DossierBrexit: I want to break free!

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5 - Le risque de change, c'est maintenant!

Les fluctuations du cours de la livre sterling nécessitent la mise en place d'une politique de gestion du risque adaptée. De nombreuses possibilités s'offrent aux entreprises pour préserver leur chiffre d'affaires réalisé outre-Manche. Tour d'horizon du champ des possibles.

Aujourd'hui, la volatilité de la livre sterling est la principale conséquence du Brexit. Pour préserver leur chiffre d'affaires et leur bilan, les entreprises doivent définir une politique de gestion du risque de change claire et l'appliquer. Des techniques souvent négligées par les PME et ETI. Or, "ne pas couvrir le risque de change revient à spéculer de façon passive", prévient Philippe Gelis, CEO de Kantox, fournisseur de solutions de gestion et d'échange de devises.

Traduction, transaction et forward contracts

La volatilité de la livre entraîne deux types de risques de change: le risque de change de consolidation ou de traduction (qui intervient lorsqu'une maison mère doit consolider son bilan en y intégrant les bilans de ses filiales à l'étranger libellés dans la monnaie locale) et le risque de change de transaction.

Pour le premier type, il existe différentes techniques pour atténuer le risque comme réduire les actifs en monnaies faibles et en détenir davantage en devises fortes ou réduire les engagements en monnaie fortes pour en détenir en devises faibles.

"Ne pas couvr

ir le?risque de change revient?à spéculer de?façon passive." Philippe Gelis, CEO de Kantox


Pour le second type de risque, plusieurs instruments sont à la disposition des entreprises: de la couverture naturelle à la couverture financière. Patrick Lecapitaine, Daf du groupe Maisonneuve, pour qui le Royaume-Uni est un marché important, puisque Maisonneuve SAS, qui fabrique des citernes, y réalise 35% de son chiffre d'affaires et Maisonneuve KEG produit des fûts à bière vendus à 40% outre-Manche, utilise ces deux méthodes. "Il est possible de contourner le risque de change en achetant et en vendant dans la même devise, c'est le principe de la couverture naturelle, précise-t-il. Or, nous n'achetions pas au Royaume-Uni. C'est pourquoi nous sommes en train d'entamer de nouvelles relations commerciales avec des fournisseurs britanniques, c'est le côté positif du Brexit!"

Côté couverture financière, Patrick Lecapitaine fait le choix des contrats à terme, ou forward contracts, proposés par les banques et autres prestataires de services de change, qui permettent de vendre ou d'acheter aujourd'hui des devises disponibles ultérieurement à un taux de change fixé au départ, moyennant une commission. "La difficulté est de bien évaluer ses besoins en devises sur une période, estime Patrick Lecapitaine. Ensuite, nous utilisons cette enveloppe au fur et à mesure de nos besoins."

Citons également l'assurance change de type "négociation" (dès la remise de l'offre commerciale) ou de type "contrat" (permettant de figer un cours de change avant la signature du contrat commercial ou au plus tard dans les 15 jours de sa signature) de Coface.

Clauses des contrats et prix de vente

"Au niveau opérationnel aussi, une réflexion doit être menée, estime Philippe Gelis (Kantox). Les dispositions à prendre dépendront notamment de la capacité de négociation de l'entreprise, comme réduire les délais de paiement ou imposer des clauses d'indexation au contrat." Par exemple, la clause de risque partagé permet de faire supporter aux deux parties une part du risque de change, généralement à 50/50.

Enfin, face à la dépréciation durable de la livre sterling, augmenter son prix de vente est également une ­solution, une décision qui dépend de l'élasticité prix du produit. Ainsi, le groupe Maisonneuve a-t-il décidé d'augmenter ses tarifs de 13 à 15%. "Mais pour rester compétitifs face à nos concurrents, notamment britanniques, nous cherchons aussi des leviers pour diminuer nos coûts de revient, témoigne Patrick Lecapitaine. Plus que jamais sur ce marché, il va nous falloir nous démarquer par la qualité de nos produits et non par le prix."

Certes, la volatilité de la livre sterling n'est pas le seul élément pénalisant. La conjoncture économique l'est également à moyen terme. Mais ni Caroline Barbery, group CFO chez Teads, l'un des leaders mondiaux de la vidéo publicitaire en ligne qui dispose d'une filiale à Londres depuis novembre 2013, ni Patrick Lecapitaine (groupe Maisonneuve) ne semblent vraiment inquiets du fait de la typologie de leur clientèle, des entreprises solides financièrement. Business as usual, en somme, selon les différentes personnes interviewées dans ce dossier...

D'ailleurs, cette période troublée n'a pas empêché Teads de finaliser, en septembre dernier, l'achat de la société britannique Brainient, renommée Teads Studio, spécialisée dans les technologies d'optimisation dynamique des créations publicitaires. "Si la négociation a débuté avant le Brexit et été finalisée après, le résultat du vote britannique n'a en rien changé la donne car cette acquisition s'inscrit dans notre stratégie de développement, signale Caroline Barbery. Elle va nous permettre de proposer à nos clients des formats de publicités vidéo toujours plus innovants." Néanmoins, avec un taux de chang favorable, l'opération est d'autant plus intéressante pour Teads.

"Si le pire est derrière nous, j'ai néanmoins opté pour une couverture de change au?niveau du bilan." Caroline Barbery, groupe CFO chez Teads

Reste que le rétablissement des droits de douane et des coûts administratifs liés à l'import, tout comme l'éventuel protectionnisme du gouvernement britannique dans certains secteurs, sont difficiles à anticiper. "Le Brexit a agi un peu comme un catalyseur, commente Patrick Lecapitaine (groupe Maisonneuve). Si, aujourd'hui, le marché britannique reste capital pour nous, il est important de diversifier les pays où nous exportons." Ainsi, la société va-t-elle se concentrer sur l'Amérique du Sud pour commercialiser ses fûts à bière et sur l'Allemagne et les pays de l'Est pour ses citernes.

Déjà en son temps, le Romain Plaute n'écrivait-il pas "Jamais la souris ne confie à un seul trou sa destinée"?

La rédaction

Camille George,<br/>rédactrice en chef Camille George,
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