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DossierLa direction financière face au boom de croissance

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3 - Face à la forte croissance, les missions que le Daf doit garder en propre

Pour accompagner la croissance forte de son entreprise, le Daf doit mettre sur pied une nouvelle organisation. Que faut-il maîtriser, déléguer, externaliser? Premier focus: les missions à conserver en interne.

Selon David Brault, ce que le Daf confronté à une croissance turbulente ne doit pas déléguer c'est, sans surprise, la connaissance clients, "pour proposer des alternatives et défendre au besoin le dossier vis-à-vis des banques", et les relations avec l'ensemble des investisseurs car il est le garant de l'équilibre et de la cohérence des états financiers. Il doit être en mesure, notamment, de défendre les arbitrages entre recrutement/intérim/sous-traitance.

À ces deux fondamentaux s'ajoute la contribution au plan stratégique, le reporting groupe. Puis vont s'adjoindre d'autres majeures, au gré de la situation de l'entreprise. Exemple avec une biotech en levée de fonds conséquente. L'IPO, d'un montant final de 30 millions d'euros, "avait pour objectif de permettre à la structure de passer le cap des tests cliniques humains, cap qui imposait de multiplier les dépenses par quatre", précise David Brault. Le Daf en poste s'est, à juste titre, "concentré sur le road show, d'autant que celui-ci était international, et a délégué à un manager de transition le quotidien de la production des chiffres, le dossier CIR et le financement de ce crédit d'impôt".

Le cas des start-up

"Lorsque le Daf rejoint une start-up en prédéveloppement, il trouvera au mieux un Raf, qui en collaboration avec l'expert-comptable, aura instauré les premiers process et reportings, éclaire Julien Sorba, associé BDO, responsable national offre start-up et innovation. Pour celles que nous accompagnons, le Daf disposera d'un reporting lié aux flux de trésorerie, avec prévisionnel, quelques KPI, pas plus de trois, un budget et un poste dédié à la fonction finance, soit un Raf, soit un comptable unique."

Le Daf d'une start-up en pleine accélération est
un entrepreneur de la fonction finance

Il lui faut donc récupérer tout cela mais surtout "modifier, adapter ou changer les outils avec, en objectif premier, la trésorerie, puis la structuration de la fonction finance et des flux d'informations de la société, suivie de la dimension SI et du A de sa fonction, dont la paie". Agile, flexible, proactif, le Daf d'une start-up en pleine accélération est "un entrepreneur de la fonction finance", résume Julien Sorba, alors qu'une entreprise plus installée, même en forte croissance, réclamera un chef d'orchestre. Entrepreneur ou chef d'orchestre d'une société en forte croissance, le Daf devra en tout état de cause, selon Gérard Broddes, convaincre que l'un des outils les plus structurants en matière de pilotage est le TFT (tableau des flux de trésorerie) - "car bien souvent, les dirigeants analysent la performance de leur entreprise sur le seul EBE, et non pas sur la trésorerie"- et, surtout, renoncer à son rôle d'expert.

Le prédéveloppement, la zone de turbulence des start-up

Sortir du cadre, c'est l'ambition de toute start-up et son modèle même de construction (la fameuse agilité!). Où se situe donc sa zone dangereuse? Pour Julien Sorba, associé BDO, responsable national offre start-up et innovation, c'est "entre l'amorçage -phase où le chiffre d'affaires peut être inexistant ou en baisse mais où les coûts engagés croissent- et le développement -phase où la dernière levée de fonds est d'un montant sans comparaison avec la précédente- que se situe la zone de turbulence d'une start-up".

Bref, quand le Daf devient nécessaire mais que la société souvent ne le sait pas: "La croissance dangereuse est souvent liée à une dépendance, celle à un client majeur, constate Olivier Perron, mais du côté des start-up, elle est le plus souvent liée à une difficulté du ou des dirigeants à se remettre en question face aux enjeux de croissance, et notamment celui lié à la fonction finance." Internaliser ou externaliser cette fonction, là n'est pas l'enjeu. C'est avant tout de la penser car ce qu'elle incarne - créer des process - semble pour les self-made-men que sont les start-uppeurs en contradiction totale avec l'impératif d'agilité propre à ces entreprises.


Florence Leandri

Camille George,<br/>rédactrice en chef Camille George,
rédactrice en chef

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