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Les PME, mauvaises élèves des délais de paiement

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Les PME, mauvaises élèves des délais de paiement

Avec la crise, les retards de paiement explosent. Selon la 10e édition du baromètre des délais de paiement réalisé par le cabinet ARC et l'IFOP, le retard moyen de paiement est de 13 jours en 2020, soit trois de plus que l'année dernière. Et les PME ne donnent pas leur part aux chiens...

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Les PME deviendraient-elles les très mauvaises élèves françaises des délais de paiement ? C'est en tout cas le constat chiffré que dresse le Cabinet ARC, spécialiste du sujet, dans la dixième édition de son baromètre élaboré en partenariat avec l'IFOP.

Déjà en 2019, les PME pratiquaient entre elles des retards de paiement de 12,3 jours en moyenne, lorsque les grands groupes affichaient des retards de paiement de "seulement" 9,2 jours. La tendance se renforce de façon notable cette année avec un bond à 20,4 jours ! Le délai est ramené à 12,3 jours lorsqu'elles doivent régler un grand groupe (5,7 en 2019). Dans le sens inverse, - peut-être moins vulnérables aux tensions de trésorerie générées par la crise du Covid-19 et surtout très fortement incitées en ce sens par le Comité de crise mis en place par le gouvernement en mars dernier, - les grandes entreprises ont, elles, réduit en 2020 leurs retards de paiement aux PME en passant de 9,2 jours en moyenne en 2019 à 7,1 jours. En revanche, entre grandes entreprises, le délai est passé de 7,9 jours de retard en moyenne à 11,3 jours.

Les grandes entreprises plus respectueuses des délais en 2020

"Nous entendons souvent que ce sont les grands groupes qui paient toujours en retard. C'est faux", insiste Kérine Tran, directrice juridique du Cabinet Arc. "D'ailleurs, sur les 45 amendes infligées par la DGCCRF ces derniers mois pour des retards de paiement interentreprises, et publiées sur leur site, 89% concernent des TPE, PME et ETI". Elle poursuit : "Les retards de paiement sont un fléau pour l'économie, ils mettent en danger la pérennité de certaines structures. La situation est d'autant plus anormale que certaines entreprises, PME notamment, retiennent les paiements pour préserver leur trésorerie alors même que celle-ci est suffisamment solide."

En moyenne, en 2020, les PME ont ainsi payé avec 18,6 jours de retard et les grands comptes avec 8,1 jours. Contre respectivement 10,9 jours et 8,9 jours l'année dernière. Globalement, le retard moyen de paiement est de 13 jours en 2020, soit trois de plus que l'année dernière.

Parmi les raisons invoquées par les entreprises pour expliquer les retards de paiement dont elles sont victimes : la détérioration de la trésorerie de leurs clients (32%), le blocage délibéré des factures (24%) et un process de validation trop long (22%). "Les chiffres traduisent ce qu'ont vécu les entreprises ces derniers mois : activité totalement à l'arrêt pour certains secteurs, blocage volontaire des factures malgré l'accès aux PGE, services administratifs à réorganiser en télétravail", commente Denis le Bossé, président du Cabinet ARC. "La somme des créances en attente est de l'ordre de 700 milliards d'euros..."

Une notation pour faire avancer les choses ?

Interrogées sur les remèdes envisageables à cette problématique des retards de paiement, 71% des entreprises sollicitées estiment que la dématérialisation des factures entre entreprises privées aurait un impact positif. 42% avancent que l'utilisation de l'intelligence artificielle optimiserait leur crédit management. 40% en appellent à une réduction du délai maximal de paiement de 60 à 30 jours, 70% jugent que les délais de paiements clients/fournisseurs devraient devenir une donnée obligatoire du rapport RSE. Et enfin, 84% se déclarent favorables à la création d'une notation "délais de paiement". Un point de vue partagé aussi bien par les PME que par les grands groupes.

Questionné sur le sujet par Jean-Marc Sylvestre (mandaté par le cabinet ARC dans le cadre de la publication de ce baromètre), Bruno Le Maire s'est dit favorable "sur le principe" à cette dernière mesure, mais lorsque "le calme sera revenu".

Concernant les administrations publiques, le ministre s'est réjoui de l'amélioration de leurs délais de paiement (-2 jours) mais entend poursuivre les efforts. "Le baromètre fait état de 55% d'entreprises refusant de répondre à des appels d'offres publics par crainte de ne pas être payés dans des délais corrects. C'est inacceptable. D'autant que l'argent qui sera engagé dans le cadre du plan de relance passera notamment par les appels d'offre. Il faut absolument que les PME et les TPE puissent soumissionner."

Plus globalement, Bruno Le Maire s'est engagé à poursuivre les interventions sur le sujet des retards de paiement, secteur par secteur, avec la mise en place de médiations. Par exemple, dans le secteur de l'aéronautique, en tension actuellement.



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Stéphanie Gallo-Triouleyre

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