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Brexit : la City s'évapore-t-elle vers l'Europe ?

Publié par le | Mis à jour le
Brexit : la City s'évapore-t-elle vers l'Europe ?

Décision politique par excellence, le Brexit ne reposait pas sur un raisonnement mais bien sur une impression, le sentiment national. Les autres membres de l'UE, habitués à des décisions britanniques dictées par réalisme, ont été surpris par un choix politique primant sur l'économie et sur l'emploi.

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La fin de la libre circulation des capitaux, marchandises, services et personnes, et de la liberté d'établissement, ainsi que la suspension de certains dispositifs au marché intérieur, impactent de plein fouet et probablement durablement la vie de cette communauté malgré des mesures transitoires. Dans ce contexte, les cadres financiers et juridiques se sont trouvés, bon gré mal gré, au coeur de ce gigantesque changement.

Un mouvement de bascule asymétrique

Il faut s'attendre à un mouvement de professionnels avant tout en direction de l'UE et pas l'inverse. Moins parce que les professionnels anticipent un Royaume-Uni moins accueillant ou dont l'avenir serait hypothéqué, que parce que ce mouvement est la conséquence de décisions mécaniques de relocalisation.

Le choix de localisation d'une entreprise et de ses gestionnaires relève normalement d'une optimisation et d'un arbitrage 'coûts VS avantages'. Dans le cas du Brexit, la question de la localisation n'obéit plus à cet arbitrage mais répond à une logique plus brutale : nécessité fait loi. Pour continuer à bénéficier du grand marché européen, les sociétés britanniques vont devoir envisager d'installer une société sur le continent, respectant un cadre règlementaire européen.

L'impact du poids de la règlementation sur le mouvement des professionnels de la finance

S'agissant des seuls services financiers, la BBC estimait en 2017 qu'une sortie sans accord pour la City ferait perdre 75 000 postes à la place de Londres, selon une étude faite par le cabinet Oliver Wyman. D'après un sondage fait à l'époque, les entreprises du secteur pensaient que cela concernerait 10 000 professionnels rien que la première année.

Fin janvier, le constat est sans appel : 7 500 postes auraient déjà été transférés vers le continent, selon la firme d'audit EY. Même si on peut tempérer en comparant aux 450 000 existants dans la City, on ne parle que de janvier. Les mouvements de professionnels de la finance en direction de l'Europe vont aussi s'accélérer du fait de la baisse d'activité des banques étrangères sur la place de Londres, dont l'activité en volume de prêts est très sensible au Royaume-Uni, et qui vont se trouver fragilisées.

Enfin, face aux difficultés de certaines banques anglaises, et sans que l'on puisse à proprement parler de préférence nationale, les ressortissants britanniques vont avoir moins de mal à conserver leurs postes : les continentaux trouvant moins de perspectives au Royaume-Uni vont réfléchir à changer de localisation, sans même évoquer les questions de permis de travail et de résidence.

Des opportunités se dessinent en Europe

Ce mouvement va en revanche générer des opportunités sur le continent pour les professionnels de la finance et du droit. Faute d'accorder aux courtiers britanniques un régime d'équivalence, les sociétés de trading basées au Royaume-Uni ont dû se résoudre à basculer leurs opérations sur le continent. Le LSE (London Stock Exchange) a vu la quasi-totalité des transactions sur les actions de sociétés européennes (6 milliards d'euros environ) migrer sur les places européennes (Amsterdam en particulier, mais également Paris) dès le 4 janvier, alors qu'elles représentaient jusqu'à présent près du tiers des transactions sur les titres de sociétés européennes.

Depuis que le vote a eu lieu, et sans anticiper sur la possibilité et la teneur d'un accord, les banques américaines ont déjà pris les devants, comme Bank of America, installée dans d'impressionnants locaux rue de la Boétie, qui est clairement montée en puissance à Paris. Certaines banques américaines qui n'avaient plus de desk de trading ont relancé une activité de marché depuis deux ans. Paris bénéficie d'un regain d'intérêt en tant que capitale financière. Arnaud de Bresson, DG de Paris Europlace, a récemment dévoilé que JP Morgan allait localiser à Paris 100 personnes au cours des premiers mois de l'année, en plus de 100 personnes déjà annoncées.

Toujours d'après EY, les entreprises financières ont déjà transféré plus de 1200 milliards de livres sterling d'actifs vers l'UE depuis le vote du Brexit. On voit aussi depuis le début de l'année arriver sur la place parisienne des acteurs majeurs de la gestion alternative comme Citadel, ce qui représente une vraie nouveauté. Des hedge funds qui avaient jusqu'à présent peut-être caressé l'idée d'avoir un hub à Paris vont accélérer le mouvement. Jusqu'en décembre dernier, cette démarche ne s'imposait pas à eux : l'accès au vivier de talents des professionnels 'continentaux' de la gestion financière -en particulier les 'quants' (Les quants ou analystes quantitatifs sont des matheux qui font des "maths dures" afin de développer de nouveaux modèles de pricing, de mesure des risques et de systèmes de couverture- français issus notamment des grandes écoles d'ingénieur) était aisé, la liberté de mouvement permettait de les recruter dans leur pays d'origine pour les installer à Londres. Cette mécanique huilée s'est grippée.

Ces relocalisations ou installations créent beaucoup de débouchés sur le continent, à la fois pour les professions de conseils qui assistent ces entreprises (audit, consultants, avocats...), mais aussi parce qu'elles s'accompagnent de la création de postes dans lesquels les régulateurs nationaux de l'UE préfèrent avoir des ressortissants locaux comme interlocuteurs : Chief Operating Officers, CFO, Chief Risk Officers, Chief Compliance Officer... À ce titre, les mois d'octobre, novembre, décembre et janvier ont été actifs en recrutement de professionnels de haut vol, en complément des mouvements internes. To be continued ?

Pour en savoir plus

Matthieu Galian est Principal au sein du cabinet d'executive search Heidrick & Struggles et spécialiste des recrutements de dirigeants sur les fonctions juridiques et réglementaires


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