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Une crise ... mais aussi une opportunité pour inventer de nouveaux modes d'achats

L'économiste Christian Saint Etienne est formel : "Les entreprises doivent inclure des exigences de diversification des sources d'approvisionnement parce que ces ruptures vont se multiplier. C'est un nouvel avertissement, mais il faut espérer que cette fois il sera entendu et compris."

Plusieurs idées peuvent être mises en place :

- Pour chaque source asiatique d'approvisionnement, trouver une alternative équivalente en Europe:

"C'est aux donneurs d'ordre de faire cet exercice, car les sous-traitants ne font qu'acheter les composants qu'ils ont choisis", commente Jérôme Dumas. "Les secteurs de l'aérospatiale et militaire l'ont déjà fait. Aux industriels des autres secteurs de le faire aussi : la balle est dans le camp des donneurs d'ordre." Cette solution peut prendre plus ou moins de temps selon les secteurs d'activité et entraîner des coûts supplémentaires. Mais de nouvelles tendances apparaissent déjà vers une chaîne d'approvisionnement locale et maîtrisée. C'est le cas du tee-shirt à 24€ de DemocraTee, ou de Jean Fil qui produit des polos fait à 100% en France (du coton récolé dans le Gers, au tissage dans les Vosges).

- Intégrer le prix de la tonne de carbone dans une production

La Commission européenne a déjà un projet de mécanisme d'inclusion carbone. Cela figure dans le "green deal" d'Ursula Van der Leyen qui s'est engagée à faire des propositions dans l'année. Il serait ainsi plus rationnel de produire près de chez soi.

- Relocaliser certaines productions et créer des usines multi-clients

Dans le domaine de la santé, l'initiative de Sanofi de créer un leader européen des principes actifs doit aller à son terme, cela lui permettrait de créer un fournisseur local en mesure de satisfaire sa demande. D'autres industriels pourraient rejoindre ce projet et contribueraient à relocaliser sur le territoire européen la production de ces principes.

En parallèle, il faut s'inspirer d'une des forces des entreprises Chinoises : les usines multiclient. Prenons l'exemple des meubles : une usine va produire pour But, Ikea, ... Les usines de smartphones, automobile ou d'ordinateurs font de même. En Europe, procéder ainsi pourrait permettre d'améliorer notre productivité coût tout en améliorant les lead time (délais de mise à disposition à réception de commande).

- Faire évoluer la réglementation

La réglementation est un levier qui peut permettre de changer la donne. Exemple : la nouvelle obligation faite aux groupes pharmaceutiques de créer des stocks en France.

Un article de Bank of America de 2019 décrivait une tendance/réflexion de fond amorcée aux Etats-Unis quant au repositionnement de certains maillons de la supply chain dans les marchés de consommation pour plusieurs raisons : la hausse des tarifs douaniers, l'augmentation du coût du travail en Chine, la réduction de l'empreinte carbone, le besoin de gagner en agilité. Afin d'absorber une partie des surcoûts de la relocalisation, les entreprises US mettent en avant l'automatisation et la mécanisation.

Mais en Europe, 83% des entreprises européennes interrogées n'ont encore aucun plan en ce sens.

Pour Richard Crétier (délégué général du SNESE), "les donneurs d'ordre doivent cesser de réclamer une baisse des coûts à leurs sous-traitants. C'est cette course aux prix les plus bas qui nous a conduits dans la situation actuelle de dépendance vis-à-vis de la Chine. Nous devons profiter de cette crise pour réfléchir ensemble sur la façon de redonner à la France son indépendance."

Si le coût est encore un élément structurant du choix de la Chine comme pays de production, ce n'est pas le seul. Les Chinois ont aussi acquis un savoir-faire qui les rends incontournables sur certaines technologies (exemple : les batteries).

Mais rien n'est perdu ! Il suffit simplement de faire preuve de pragmatisme et de s'ouvrir à de nouveaux modes d'achats.


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