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Publié par Mathieu Viviani le | Mis à jour le

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Winner takes all

Comme évoqué plus haut, l'hypercroissance n'est pas le seul dogme à suivre lorsqu'une start-up souhaite développer son business. Pourtant, dans les faits aujourd'hui, de plus en plus de pépites françaises empruntent ce chemin dès le départ. Selon une statistique de l'observatoire de La French Tech, les start-up françaises ont levé 2,8 milliards d'euros au premier semestre 2019. C'est 32 % de plus que l'année dernière. Selon une autre étude du cabinet KPMG parue en 2018, 63,7 % des start-up de l'Hexagone se considéraient en hypercroissance.

D'où vient cet engouement ? Encore une fois, pas de réponse exhaustive sur le sujet. Selon Isabelle Saladin, qui au début de sa carrière a travaillé dans des start-up de la Silicon Valley, " beaucoup de start-upper français sont bercés par la culture entrepreneuriale nord-américaine du 'Winner Takes All'. Le principe est simple : le premier à remporter un marché a les meilleures chances de devenir leader. " Cette manière de raisonner se traduit bien souvent par l'internationalisation rapide de nombreuses jeunes pousses. Il suffit de regarder du côté des membres du nouvel indice Next40, censé regrouper " les start-up et scale-up tricolores les plus prometteuses " pour capter cette tendance.

On y trouve ManoMano, une scale-up de vente d'outils de bricolage en ligne créée en 2013 et qui s'est déjà implantée dans cinq autres pays européens en dehors de la France. Également membre du Next40, la jeune pousse Meero, qui possède des bureaux en Asie, en Australie et aux États-Unis. Ynsect, le spécialiste de la production de nourriture pour élevage à base d'insectes, né en 2011, va ouvrir une unité de production aux États-Unis après avoir levé 110 millions d'euros en février dernier. Un autre record dans la French Tech.

Cette capacité à aller très vite tient aussi d'un facteur qu'il ne faut pas éluder : les fonds d'investissement, principales sources de financement lorsqu'il s'agit de rentrer en hypercroissance. Chacun sa logique. Les fonds prennent des risques et investissent, les start-up prennent une autre dimension économique, mais sont désormais assujetties à une obligation de résultats vis à vis d'un tiers. Tenir ses objectifs économiques devient d'autant plus impératif, au risque de voir son investisseur se retirer. Entre le moment de la levée de fonds et les fruits de celle-ci, tout peut se passer.

Pas forcément pour le mieux parfois. En témoigne le cas d'Allo Resto (devenu Just Eat) qui en 2004, faute d'avoir tenu ses objectifs, a perdu le soutien de ses investisseurs et a dû licencier l'essentiel de ses équipes. Certains fonds d'investissement outre-Atlantique ont une autre logique. Pour eux, l'objectif premier de leur investissement est que la start-up gagne le plus de parts de marché possible dans un temps record. Les pertes d'argent ou la rentabilité sont secondaires. C'est le cas de l'ancienne start-up devenue géant des VTC, Uber, qui malgré un chiffre d'affaires record de 11,3 milliards de dollars en 2018, a accumulé sur la même année 1,8 milliard d'euros de pertes. Après dix ans d'existence, l'entreprise n'est toujours pas considérée comme rentable. Pourtant, cela ne l'a pas empêché de convaincre les investisseurs de l'introduire en bourse.

" Dans ce genre de cas, on est plus dans l'entrepreneuriat pour moi. On est dans le monde de la finance. Cette conception de l'hypercroissance à l'américaine est propre à la culture du pays. Attention à ne pas copier-coller systématiquement ce modèle en Europe ", tranche Isabelle Saladin. En attendant, une chose est sûre : l'hypercroissance n'est pas la seule voie du succès, mais seulement l'une d'entre-elles. La solution miracle n'existe pas.

Témoignage

" L'hypercroissance est une période enthousiasmante "

Michel Paulin, dg d'OVH

"Je tiens à préciser qu'il est agréable de gérer une période d'hypercroissance. C'est une période de challenges, certes, mais enthousiasmante ! " C'est la première réponse que donne Michel Paulin, 59 ans et directeur général d'OVH, leader en Europe sur l'hébergement des sites web et du cloud public et privé.

Pour se développer en dehors de l'Europe et devenir une alternative aux géants chinois et américains, en 2017, OVH lève 250 millions d'euros et passe d'un effectif de 1 200 à 2 200 personnes. Michel Paulin, ancien polytechnicien, partage son vécu : " Il y a plusieurs aspects à gérer dans l'hypercroissance. Vu que nous avons plus de clients, il faut se doter d'outils informatiques permettant de gérer plus d'informations tout en conservant un contact de qualité. Il y a ensuite le défi humain. Dénicher des talents est un vrai défi. Embaucher beaucoup, très vite, former et transmettre l'ADN de l'entreprise l'est tout autant. Il y a des manqués. " Un exemple concret : en quelques mois en 2017, OVH a embauché 1 000 personnes.

Pour Octave Klaba, le fondateur, cette phase est allée trop vite, créant des tensions entre les anciennes équipes et les nouvelles. Insistant sur " l'importance de se remettre en question en tant que dirigeant ", Michel Paulin précise que le recrutement se fait différemment aujourd'hui. OVH, avec 200 postes ouverts, n'embauche pas plus de 10 collaborateurs par mois. Ils effectuent un séminaire d'intégration d'une semaine pour familiariser avec la culture d'entreprise. Le Dg d'OVH conclut : " Mettre de l'humain et comprendre que le nombre ne fait pas la qualité : ce sont des clefs de gestion de l'hypercroissance. "

OVH
Hébergeur web et service de cloud,
Roubaix (Haut-de-France)
Michel Paulin, directeur général, 59 ans
SAS > Création en 1999 > 2 200 salariés
CA 2018 : NC

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