Pour gérer vos consentements :

Comment mettre en place un programme de mentorat efficace ?

Publié par Florian Langlois le - mis à jour à

Dans un monde entrepreneurial qui demande des capacités d'adaptation et d'apprentissage de plus en plus rapides, le mentorat peut s'avérer être une solution miracle. L'enseignant-chercheur en management Julien Granata donne les clés pour instaurer un programme de mentorat performant.

L'enquête 2017 de l'Observatoire du Management Intergénérationnel (Omig) montre que bien organisée, une coopération intergénérationnelle permet de moderniser les méthodes de travail et de mener plus rapidement des projets. A partir de ce constat, un programme de mentorat semble tout indiqué. Pour l'enseignant-chercheur en management à la Montpellier Business School Julien Granata, le mentorat est à "privilégier dans les entreprises à environnement rapide, à fort impact sur l'évolution des métiers."

On imagine souvent le mentorat comme des juniors qui seront mentorés par des collaborateurs plus expérimentés. Pourtant, plusieurs types de mentorat existent, ce qui en fait un outil adaptable à plusieurs types de situations. Il existe le mentorat classique, soit un mentor expérimenté interne à l'entreprise avec un mentoré interne. Du mentorat inversé peut également se révéler être la clé dans certains cas. Ici c'est un mentor junior qui mentore un senior, par exemple sur des sujets de digitalisation ou de réseaux sociaux. Existe aussi du mentorat croisé (ou cross-mentoring), entre un mentor externe à l'entreprise et un mentoré interne (ou inversement). "Le cross-mentoring est un type de mentorat plus complexe à mettre en oeuvre car il faut trouver l'entreprise avec qui instaurer ce système. Mais une fois mis en place, il se révèlera plus efficace, car il sera plus simple de parler de ses problèmes à quelqu'un d'externe que d'en parler à quelqu'un d'interne à son entreprise" reprend Julien Granata. Reste enfin le mentorat pair à pair entre deux personnes de même niveau d'expertise empruntant à la fois le rôle de mentor et de mentoré au grès de leurs échanges. Il peut s'envisager en interne ou en croisé.

Instaurer une relation de confiance

Plutôt que d'avoir un certain nombre d'années d'expériences, deux prérequis sont nécessaires au fait de devenir un bon mentor : être expert dans un domaine spécifique et avoir reçu une formation de mentor, car "au-delà de l'assimilation des techniques et postures propres à l'écoute ou la déontologie, un mentor doit avoir une bonne connaissance de sa personnalité qui peut s'avérer bien différente de celle du mentoré" reprend le chercheur. Sans quoi il sera difficile d'instaurer une relation de confiance entre le mentor et le mentoré, pourtant essentielle à la réalisation de ce programme. Car le mentoré se doit d'être en confiance pour pouvoir libérer sa parole et donc réussir à notifier quel est le bon problème à solutionner.

Pour l'enseignant de la Montpellier Business School, il existe trois moyens de détecter le besoin de mettre en place un système de mentorat. "Le premier, c'est quand on observe que l'on a un retard ou un écart de compétence sur un point en particulier, il s'agit ici d'identifier des managers au top sur cette compétence qui apprendront à d'autres managers plus en retard, sans question d'âge ou de niveau hiérarchique. Le second point se détecte au niveau RH : il suffit de demander aux collaborateurs quelles compétences nouvelles ont-il eu à développer lors de ces dernières semaines ou ces deniers mois. Enfin le dernier point est simplement de questionner sur les difficultés rencontrées au quotidien."

Il est aussi très important de structurer cette relation mentor-mentoré. Il est de coutume de programmer un certain nombre de rendez-vous "8 à 10 par an" selon Julien Granata. "Mais dans un besoin d'immédiateté, il est possible de faire ce nombre de rendez-vous en seulement un mois" reprend-il. Il est aussi nécessaire de nommer un superviseur, un mentor de mentor en quelque sorte, qui va faire le point avec les mentors, voir avec eux comment se déroulent les entretiens ou quelles sont les difficultés rencontrées pour faire avancer au mieux ce système de mentorat.

Mettre son égo de côté

Mettre en place un programme de mentorat qui sera une réussite est quelque chose de compliqué, le mentor peut se voir confronter à quelques problèmes. Tout d'abord se retrouver face à un mentoré qui ne communique pas suffisamment "Si un junior mentoré acquiesce à tout ce que dit son mentor, le programme n'a que très peu de chance de réussir" reprend Julien Granata. Dans le cadre d'un programme de mentorat inversé, cela peut être vu comme un aveu de faiblesse si une personne haut placée se porte volontaire pour être mentoré. Alors que c'est la bonne solution ! "Il faut être dans un bon état d'esprit, où l'on veut simplement apprendre, en mettant de côté son égo" poursuit le chercheur.

Et si la frontière entre mentorat et formation peut paraitre étroite, il existe cependant des différences notables entre un mentor et un formateur. Le mentor est celui avec qui, par la discussion, réussira à détecter les problèmes et proposera des solutions pour y remédier. Et au contraire du formateur, "le mentor sera quelqu'un qui maitrise la pratique et est donc beaucoup plus à même d'expliquer le fonctionnement d'un logiciel, si l'on prend cet exemple, du fait qu'il l'utilise quotidiennement" note Julien Granata. "Le mentor ressemblerait donc plus à un coach qui délivre en plus des recommandations et des préconisations."

Enfin, il est bon d'ajouter que quelqu'un qui a été mentoré dans de bonnes conditions cernera mieux les bienfaits d'un bon programme de mentorat et fera alors lui même un bien meilleur mentor.

La rédaction vous recommande