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Gestion de trésorerie en novembre 2014: empruntez!

Publié par Yves Peccaud le - mis à jour à

Le contexte économique (taux d'intérêts au plus bas) bouscule le réflexe inhérent à tout Daf: viser une trésorerie légèrement négative. Avoir un peu trop de cash semble pertinent...d'autant que le contexte n'est pas appelé à perdurer.


Une trésorerie légèrement négative : C'est ainsi que nous avons tous appris qu'il fallait gérer sa trésorerie court terme. En effet il est toujours opportun d'avoir une position de trésorerie proche de zéro. Comme le coût du découvert est proche du taux de placement d'un excédent de cash, nous avons l'habitude d'approcher le zéro de trésorerie par le bas.

Une bonne gestion de trésorerie, c'est donc une trésorerie légèrement négative...Oui, mais les circonstances actuelles sont assez exceptionnelles : l'argent n'est pas cher. Les taux d'intérêts sont au plus bas. Par exemple, mi octobre 2014 l'EURIBOR deux semaines est négatif à -0,013%. Si vous placez 10.000 euros, vous ne recevrez que 9.987 euros dans deux semaines, sans compter les frais. De plus l'inflation est également très faible. Il en résulte un taux réel particulièrement peu élevé.


Est-ce le temps de changer notre approche sur la gestion de trésorerie ?


  • Premièrement, si nous abordons le sujet sur l'angle du risque nous devons nous poser la question suivante : Quel est le coût du risque à emprunter trop ?
  • Ce coût du risque est quasiment nul. Le fait d'avoir un peu trop de trésorerie n'est pratiquement pas pénalisant. Si nous poussons un peu notre raisonnement, nous pourrions même nous dire qu'il est temps de s'endetter un minimum puisque l'argent est peu cher et que laisser des fonds sans destination est finalement peu couteux.

  • Deuxièmement, vous êtes Directeur financier. Une partie importante de votre métier est d'acheter de l'argent, de financer l'entreprise. Une fois ces ressources financières à disposition, votre travail sera d'identifier des projets pour créer de la valeur : Emprunter aujourd'hui vous laisse du cash disponible pour le placer dans des projets rentables soit dans l'entreprise, soit en acquisition. L'écart entre le taux de l'argent et la rentabilité des capitaux investis dans un projet de développement a rarement été aussi intéressant.
  • Troisièmement, nous devons nous interroger sur les perspectives économiques. Il n'est pas sûr que les perspectives dans les mois qui viennent soient stables. L'avenir proche peut nous réserver des surprises. Nous avons déjà connu une crise du marché interbancaire qui rendait très difficile l'accès à l'argent aussi bien pour certaines banques (l'une d 'entre elles a même arrêté une grande partie de son activité de leasing en France) que pour les entreprises. En cas de bouleversement économique ou de crise de liquidité, il est toujours mieux d'avoir du cash que d'en manquer. Chacun doit donc s'interroger sur la capacité de son entreprise à mobiliser les fonds dont elle aura besoin dans les mois qui viennent.

  • Les taux actuels ne sont pas appelés à perdurer : Les taux longs américains pourraient remonter dans les mois qui viennent ce qui aura pour conséquence un renchérissement de l'argent pour les entreprises et des modifications profondes de l'économie française : Le poids de la dette sera très fortement accru et mettra en difficulté les équilibres précaires que nous connaissons encore. Les risques financiers seront alors très importants. En tant que directeur financier, il est de votre rôle d'évaluer cette hypothèse. Enfin, pour poursuivre votre raisonnement, n'oubliez pas que, si vous avez de la trésorerie, il vous sera plus aisé d'acquérir les sociétés qui seront à court de liquidités dans ce contexte de crise.


    D'où une nécessité: se questionner sur la structure financière de votre entreprise et apprécier votre risque d'avoir trop de cash, risque sans doute moindre que le risque de ne pas pouvoir en avoir quand vous en aurez besoin.

    Alors travaillez votre dette moyen long terme et demandez-vous s'il n'est pas utile d'emprunter plus que vos besoins du moment. Avec ces financements plus longs, vous aurez une trésorerie excédentaire et ne serez plus en trésorerie légèrement négative. Voici un autre aspect de la culture cash !


    L'auteur

    Yves Peccaud

    Yves Peccaud est un spécialiste de la culture cash et de la création de valeur dans les entreprises. Il s'appuie sur une solide expérience de contrôleur puis directeur administratif et financier d'entreprises appartenant à des secteurs très variés : Bristol Meyer Squibb, CarnaudMetalbox, The Walt Disney Compagny France, Danka France, le groupe Imprimerie Nationale.Il a dirigé et a redressé plusieurs entreprises en difficulté. Diplômé d'HEC, il enseigne à l'Ecole Centrale de Paris, est tuteur à l'Université de Paris Dauphine et a co-écrit le livre " Profession Directeur Financier " paru chez Dunod.

    www.culturecash.com



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