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Adapter sa stratégie financière à la baisse du coût du capital

Publié par Amaury Wernert, Managing Director de Kroll (ex Duff & Phelps) le - mis à jour à

La communauté financière s'accorde à le reconnaître : le coût du capital a diminué ces dernières années et atteint aujourd'hui un niveau historiquement bas, synonyme de perspectives nouvelles pour les entreprises.

En effet, l'accès à des ressources financières à un moindre coût ouvre de nombreuses opportunités pour les entreprises, dont il convient toutefois de contrôler certains risques.

Qu'entend-on par coût du capital, et pourquoi baisse-t-il ?

En préambule, rappelons qu'une entreprise peut se financer par deux moyens : les fonds propres apportés par ses actionnaires, et les fonds obtenus auprès de prêteurs. Le terme de coût du capital est souvent utilisé pour désigner deux principales notions qu'il s'agit de bien distinguer : le coût des capitaux propres, qui désigne le niveau de retour sur investissement attendu par les actionnaires de l'entreprise, et le coût moyen pondéré du capital, qui reflète quant à lui le coût moyen de l'ensemble des ressources financières de l'entreprise, tenant donc compte également du coût de la dette.

Quelle que soit l'acception considérée, le constat demeure toutefois le même car le coût des capitaux propres et le coût de la dette ont tous deux diminué ces dernières années, quoique dans des proportions différentes : le coût de la dette a généralement davantage diminué que le coût des capitaux propres, en raison d'un afflux de liquidités sur le marché qui a d'abord affecté les actifs financiers les moins risqués (les instruments de dette), pour ensuite se porter sur des actifs plus risqués tels que les investissement en capitaux propres.

Un environnement globalement favorable à l'investissement et aux opérations financières ...

Première conséquence pour les entreprises : la baisse du coût de financement apparait favorable à la levée de capitaux destinés à financer des investissements productifs ou des opérations de croissance externe, la diminution du coût des ressources financières permettant d'investir dans des conditions de rentabilité moins restrictives tout en créant de la valeur pour l'entreprise. Le contexte actuel apparaît également favorable à l'optimisation de la structure financière des entreprises. La mise en place d'un endettement financier à des conditions plus attractives représente un levier de création de valeur important pour les entreprises et leurs actionnaires.

Par ailleurs, la baisse du coût moyen pondéré du capital implique également des niveaux de valorisations élevés pour les entreprises attractives. L'abondance de liquidités destinées à être investies, notamment par les fonds de private equity, et la modération des exigences de rendement, exercent une pression à la hausse sur les prix de transaction. L'environnement actuel apparaît donc particulièrement opportun pour ouvrir le capital à de nouveaux investisseurs, comme en atteste la forte reprise des introductions en bourse depuis le début de l'année.

... mais dont les implications doivent être maîtrisées

La baisse du coût du financement des entreprises génère ainsi des opportunités certaines, mais comporte toutefois une part de risques à ne pas sous-estimer. En particulier, la baisse du coût moyen pondéré du capital ne doit pas se traduire par une dégradation excessive du seuil de rentabilité exigé dans le cadre des décisions d'investissements. Il convient de demeurer vigilant sur la définition des critères d'investissement, et de ne pas sous-estimer le risque et l'exigence de rentabilité relatifs au déploiement des fonds propres de l'entreprise, sous peine de s'engager dans des projets en réalité moins créateurs de valeur qu'attendu. De la même manière, dans le cadre d'opérations de croissance externe, les niveaux de valorisation actuellement élevés doivent être appréhendés avec prudence et clairvoyance, afin de ne pas s'engager aveuglément dans des opérations au potentiel de rentabilité en réalité incertain - sans pour autant faire preuve de conservatisme excessif et risquer ainsi d'entraver la compétitivité de l'entreprise.

Ainsi, la diminution du coût moyen pondéré du capital est un signal positif pour les entreprises et les investisseurs, mais nécessite une adaptation éclairée de la stratégie financière afin d'en maîtriser les implications et préserver la création de valeur à long-terme.

Pour en savoir plus

Amaury Wernert est Managing Director au bureau de Paris, au sein de la ligne de services Valuation Advisory Services de Kroll (ex Duff & Phelps)

Il est spécialisé en évaluation d'entreprises et d'actifs incorporels, et intervient sur différents types de missions s'inscrivant dans des contextes transactionnels (attestation d'équité, conseil ou expertise indépendante, ...), fiscaux (évaluations dans le cadre d'opérations de transfert, de réorganisations, ...) ou encore comptables (allocations de prix d'acquisition, tests de dépréciation, ...).

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