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[Tribune] IFRS 15: l'économie de l'abonnement en première ligne

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Une comptabilisation proportionnelle

Depuis des années maintenant, les entreprises ont l'obligation de comptabiliser le revenu lors du transfert du bien ou service, proportionnellement à ce qui a été livré. Ce qui a compliqué la tâche des comptables des entreprises de l'économie numérique, dont les business models sont orientés vers une logique de monétisation flexible. Les relations commerciales de ce type d'entreprise peuvent en effet évoluer dynamiquement avec le temps, parfois à l'initiative du client lui-même qui a tout loisir d'augmenter ou de réduire son abonnement, voire de le suspendre temporairement. C'est typiquement l'exemple du self-service/self-care, de plus en plus répandu, aussi bien en BtoC qu'en BtoB. Par ailleurs, les offres proposées sont souvent construites sous la forme de solutions clés en main - donc, par essence, un "bundle" de produits de différentes natures présentant parfois des obligations de performance distinctes.

Le cas de figure des abonnements est particulièrement complexe, car ils sont déployés au fil du temps. La prise en compte des caractéristiques courantes de la souscription - par exemple, les abonnements à tacite reconduction ou les frais initiaux non remboursables - devient difficile lorsque les entreprises doivent décider si elles doivent immédiatement reconnaître le revenu ou le reporter. Le modèle de tarification basée sur l'usage complique également le processus de fixation du tarif de la transaction et à chaque évolution du contrat - ajout, suppression ou changement de type de service - l'équipe financière devra réévaluer son traitement comptable.

Demain, c'est aujourd'hui...

Conséquence, selon Deloitte, les nouvelles normes augmentent considérablement la quantité d'informations que les entreprises doivent divulguer. C'est comme si un professeur exigeait non seulement que l'élève montre son travail, mais également qu'il écrive un essai approfondi détaillant l'approche choisie, pourquoi il l'a retenue et sur la base de quelles hypothèses, quels outils ont été utilisés, et quels processus de contrôle ont été mis en place pour s'assurer que tout se passe bien...

Au vu de la complexité de la mise en oeuvre des nouvelles normes et de la nécessité de réévaluer l'ensemble des contrats passés avec des clients, il est surprenant d'apprendre par la voix de PwC que 22% des entreprises n'ont pas encore initié de réflexion et que seulement 13% ont passé le cap de l'évaluation pour entrer concrètement dans la mise en oeuvre des nouvelles normes. L'impact opérationnel de cette évolution réglementaire ne doit pourtant pas être sous-estimé (notamment en termes de formation des contrôleurs de gestion et de préparation des données); a fortiori au moment où déjà 62% des départements comptables s'estiment en sous-effectif et où 25% d'entre eux doivent faire appel à des intérimaires pour atteindre leurs objectifs.

À la lumière de ces challenges, il est compréhensible que des solutions de contournement soit mises en oeuvre pour répondre à l'urgence de la situation. Toutefois, les fichiers Excel ou "rustines" techniques ne seront viables que temporairement. Les directions financières devront rapidement se tourner vers de nouvelles solutions construites autour d'un modèle de données dédié aux enjeux IFRS 15/ASC606, permettant d'automatiser le processus de reconnaissance de revenu sur la totalité des étapes du cycle de vie commercial... et comme toujours, ces solutions n'éviteront pas aux entreprises la nécessité de réévaluer l'ensemble de leurs pratiques comptables.

L'auteur

Michael Mansard, principal - business transformation, Zuora

Michael Mansard accompagne les clients de Zuora dans le cadre de leur transformation stratégique des business models traditionnels vers de nouveaux modèles récurrents basés sur l'économie de l'abonnement.

Au cours de ces 3 dernières années chez Zuora, il a eu l'opportunité de travailler avec plus de 100 entreprises de toutes tailles, en pleine mutation digitale, dans des secteurs aussi divers que les produits de grande consommation, les fournisseurs de technologies ou l'automobile.

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Michael Mansard, Zuora

Camille George,<br/>rédactrice en chef Camille George,
rédactrice en chef

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