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DossierSur le chemin de l'IA- [Podcast inclus]

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3 - La technologie redessine la chaîne de valeur finance

L'arrivée de l'intelligence artificielle a déjà commencé à modifier les organisations. C'est flagrant sur les métiers directement liés à l'activité de l'entreprise. Pour les fonctions supports, la finance en tête, la "révolution" technologique est en train de sourdre. Et peu à peu un nouveau schéma, une nouvelle chaîne de valeur finance se font jour.

Aucune organisation ne peut se dispenser de moderniser son fonctionnement et d'intégrer davantage de technologie. "On se dirige droit vers une hyperconnectivité des organisations, qui permettra la convergence entre la donnée, les process et l'humain", estimait Karine Picard, VP business development EMEA applications chez Oracle, lors de la matinale Oracle Modern Finance Experience organisée par l'éditeur. Mais avant d'en arriver là, il faut passer par plusieurs étapes de transformation.

Un travail sur la donnée et les processus en amont est nécessaire afin d'assurer une circulation fluide et pertinente de l'information financière. Pour avoir une vision globale de cette dernière alors même qu'elle est aujourd'hui disséminée dans tous les services de l'entreprise, la première étape consiste à mettre en place une stratégie big data. "Une solution comme Hadoop, par exemple, ou un autre framework open source accessible en standard gratuitement permet à n'importe quelle PME de s'assurer une bonne gestion des données, explique Ahmed Dib, consultant au sein de mc2i Groupe. Des outils tels que R et RStudio ou encore Tableau Software et Talend proposent, quant à eux, des solutions d'analyse de données et de data visualisation en freemium capables, grâce au langage utilisé, de se connecter à différentes bases de données."

Pour les PME, le jeu en vaut-il la chandelle ?

Pour les entreprises de taille modeste, l'investissement technologique est encore souvent jugé trop important pour être réalisé sur le SI finance. "Il est vrai qu'il faut prévoir 1 à 2 % du CA sur le budget d'investissement en technologies innovantes pour l'ensemble des fonctions IT et finance, prévient Sylvie Forero, Daf de Rians. Calculer le ROI avant de se lancer est donc fondamental."

Mais ne pas investir dans les fonctions supports peut, à terme, mettre en péril l'activité. "Nous avons fait le choix d'investir tôt pour éviter de prendre du retard en termes de compétitivité, explique Xavier Pierart, Daf de Younited Credit. Nous sommes convaincus qu'investir d'entrée de jeu sur le SI compta-finance, avec des possibilités d'extension, coûte moins cher maintenant que plus tard. De plus, cela nous permet d'avoir une colonne vertébrale saine."

Malgré des typologies différentes, les deux entreprises Rians et Younited Credit, ont toutes deux choisi un éditeur installé, pour ne pas dire historique, du secteur en faisant appel à l'ERP Cloud d'Oracle.

Attention, cependant, car investir dans la techno ne sert à rien si les process ne sont pas adaptés. "Avant de se lancer dans l'achat d'outils dotés d'intelligence artificielle ou autres RPA (automatisation), il convient de remettre à plat la gouvernance des activités concernées et les processus, conseille David Métais, fondateur et dirigeant d'OptiXT. En redéfinissant les processus, les modes de fonctionnement et les logiques qui les sous-tendent, on optimise tout ce qui a trait à la facturation, au recouvrement, à la relance, à l'établissement des bons de commande..." Gare, donc, à ne pas prendre le problème à l'envers !

Moins d'exécution, plus d'intelligence

Face à la masse de données à gérer, les services comptables et contrôle de gestion peuvent rapidement crouler sous les reportings et autres processus de saisie particulièrement chronophages. À terme, toutes les tâches apportant peu de valeur ajoutée comme les opérations répétitives - et il y en a beaucoup en compta et en contrôle de gestion - sont donc vouées à être automatisées et conduites par des machines plus ou moins intelligentes, plus ou moins apprenantes selon les cas.

"Les outils sont déjà capables de gérer les tâches très normées dans des processus eux-mêmes très normés tels que la renégociation de crédits, l'automatisation des closing, le border-to-cash et le procure-to-pay, le cash management, énumère Ahmed Dib, avant d'ajouter : La RPA, l'analyse prédictive et la blockchain sont des outils et des technologies qui ont la capacité de gérer l'ensemble du processus de prévision du cash flow, la sécurité des transferts ou encore la conformité des données, par exemple."

Beaucoup d'entreprises se tournent vers des outils dits intelligents, algorithmes autoapprenants, RPA ou encore BI. Mais elles oublient souvent de synchroniser les compétences techniques IT avec les différents métiers. Pour l'expert, l'idéal est d'opter pour "la stratégie du prototype en passant par le mvp (minimum viable product), ce qui permettra de faire évoluer le projet en cours de route et de limiter les risques". Le risque majeur étant que le projet demeure à l'état de projet.

En effet, si le SI finance n'est pas relié aux autres SI (achats, ressources humaines, ventes, marketing...), il sera difficile de créer un circuit en mesure de valoriser cette donnée financière. Certains l'ont bien compris, à l'image d'Anaplan qui a revu le fonctionnement de son service financier. Après l'inventaire de l'ensemble des solutions utilisées et une remise à plat de ses process, l'entreprise a conçu un data center, un data hub qui centralise tous les flux et un centre d'excellence "Anaplan on Anaplan AOA".

"Nous sommes désormais capables de consolider la donnée interne, mais aussi d'intégrer des données externes venues de notre écosystème fournisseurs, indique Nadine Pichelot, CFO EMEA d'Anaplan. Nos clients industriels peuvent recréer des tendances (patterns) de manière automatisée grâce à des algorithmes auto­apprenants. Cela permet une meilleure gestion des stocks avec un forecast sur les ventes pour mieux piloter la production, par exemple." La comptabilité fournisseurs est une mine d'informations et offre des opportunités de valorisation importante pour la fonction.

"Plus d'interactions achats-finance grâce aux nouveaux outils permettent, par exemple, le rapprochement des commandes d'achats et des factures fournisseurs pour aller vers un système d'imputation comptable et d'approbation automatique", analyse Martial Gerardin, directeur Europe de Proactis. L'étape suivante est la mise en place d'un référentiel fournisseurs connecté, afin de garantir la fiabilité des données grâce à une mise à jour par les fournisseurs eux-mêmes de certaines informations.

Vers le Supply Chain Financing

Ainsi, un fonctionnement en plateforme, au sein duquel chaque cellule a la possibilité d'interagir selon son degré d'implication, permet de faire du supply chain financing. "Le fait d'automatiser 80% ou 90% des factures pour ne laisser que les cas compliqués à la gestion manuelle va permettre le respect des délais de paiement et la réduction du nombre de litiges sur facture, par exemple. Il est ensuite possible d'aller chercher une validation en 24 heures. Et si le prestataire est payé immédiatement, il sera plus facile de négocier un rabais supplémentaire. C'est ce qu'on appelle le supply chain financing ou financement de la supply chain", illustre Martial Gerardin.

Et cela ne concerne pas uniquement la comptabilité fournisseurs, mais potentiellement tous les niveaux impliquant de près ou de loin la finance. En réalité, tout ce qui touche au transactionnel. Ainsi, le cycle clients est également concerné. "Analyser les comportements clients pour faire du prédictif sur les clients à risque, les clients à opportunité ou les clients potentiels est tout aussi important. L'objectif de tout cela demeure la compétitivité et la haute valeur ajoutée de l'entreprise. Comme il y a un peu de finance dans tous les rouages de l'entreprise, utiliser l'intelligence artificielle et les plateformes pour faire de la finance augmentée permettra de trouver les leviers de croissance de demain", juge Philippe Gangneux, Daf de Sidetrade.

Pour créer cette supply chain finance, deux approches sont envisageables : soit l'approche ERP global, qui permettra de retrouver tous les éléments de tous les flux (achats, RH, compta, ventes, production...) avec la possibilité d'intégrer et de tracer les process ; soit une approche "best of breed", c'est-à-dire implémenter différentes solutions spécifiques métier sur une plateforme hébergée ou en cloud.

"Ce choix est avant tout une question de culture et de croyance d'entreprise. Un ERP permettra une meilleure harmonisation mais sera moins spécifique, souligne Denis Hucafol, directeur des services professionnels chez Unit4. Cependant, cela dépend également du contexte. Si l'entreprise suit une politique de croissance externe forte, le Daf aura besoin de consolider rapidement et son choix se portera donc plutôt sur un ERP global, qui lui permettra une intégration rapide et un meilleur suivi financier", note-t-il. Mais quelle que soit l'approche, un fonctionnement en plateforme connectée est à privilégier.

Témoignages - Finance augmentée : quels enjeux pour les Daf ?

L'apport des technologies intelligentes constitue, avant tout, un gain de temps et un moyen de remotiver les équipes. "Nos comptables passent 90 % de leur temps à faire de la saisie, idem du côté des consolideurs par pays. L'opportunité d'avoir une solution cloud partagée par tous représente un gain de temps énorme et un moyen d'en finir avec les tâches ingrates", déclarait Charbel Kalayli, head of corporate finance app chez Auchan lors du dernier Modern Finance Experience organisé par Oracle. Le temps est une valeur clé.

"Pour grossir rapidement, les entreprises doivent parfois faire de nombreuses acquisitions. Dans ce cas, le CFO doit intégrer la finance et les ventes dans un délai très court pour être efficace d'un point de vue opérationnel", explique Sylvie Forreo, Daf de Rians. La transparence et la visibilité sont deux autres enjeux de taille. "Lorsque vous passez d'un statut de PME nationale à celui d'ETI internationale en quelques années et que vous avez développé beaucoup d'outils en cloud, avoir un SI finance robuste, évolutif, avec des process harmonisés au niveau monde devient une nécessité", estime Raphaël Asaria, directeur du contrôle financier du groupe SMCP. Un outil big data, adossé à un algorithme apprenant, permet de développer, de façon concrète, un langage commun et d'accélérer la sortie des résultats.

L'essor des plateformes finance

Le fonctionnement en plateforme autorise une approche globale des flux de liquidités entrants comme sortants. "Grâce aux plateformes, on peut aller encore plus loin dans la BI (Business Intelligence) en ayant recours à l'IA et à l'analytics afin de tirer une vraie valeur de la donnée utile, pense Serge Masliah, directeur général de Kyriba. C'est également un moyen d'analyser tous les mouvements atypiques, et de mettre en place des alertes et différents niveaux d'intervention ou de conseil pour une sécurité optimisée et accélérée."

La plateforme permet de créer des connexions pour définir des comportements prédictifs. L'intelligence artificielle consiste à mettre les données en relation. "Avec les plateformes, l'IA va pouvoir aller au-delà des processus financiers, qui sont des règles édictées par l'homme dans un cadre défini et fixe", prédit Philippe Gangneux, Daf de Sidetrade. Cette hyperconnectivité intelligente va permettre d'instaurer une chaîne d'échanges d'informations valorisée. Elle rendra possible le changement de paradigme vers l'analyse prédictive de l'ensemble du service finance et gestion.

Camille George et Eve Mennesson

Camille George,<br/>rédactrice en chef Camille George,
rédactrice en chef

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