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Quand le reporting extra-financier devient un outil de croissance durable

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Le décret d'application de l'article 225 de la loi Grenelle 2 est (enfin) paru. Coté pile : il oblige les entreprises de plus de 500 salariés à un reporting des informations sociales, environnementales et sociétales dans leur rapport de gestion. Coté face : ce texte ouvre la porte à trois évolutions importantes dans le management des firmes.

Avec le décret paru au Journal officiel du 26 avril1, le développement durable dans l’entreprise passe d’une posture d’image et de communication, consacrée dans le passé par des rapports jugés complaisants et peu informatifs, à une démarche de preuve, articulée autour de données précises qui mesurent les progrès sociaux, environnementaux et sociétaux des accomplis, au regard de référentiels normés. Le développement durable ne se limite plus aux intentions et aux bonnes pratiques que l’entreprise conduit « à sa main ». Il devient un modèle mesuré au travers de variations de résultats, allant de la performance énergétique aux contributions locales, en passant par les accidents, l’absentéisme, les investissements de formation, la gestion des déchets et l’utilisation des matières non renouvelables, des sols etc…

Un nouveau rôle pour la direction financière

Cette évolution impacte le rôle de la direction financière qui ne se sentait pas concernée auparavant et qui se trouve désormais investie de la supervision de ce reporting extra-financier. Avec trois conséquences dans sa gestion pour l’entreprise :
•    Le rapport aux enjeux collectifs de la planète rentre dans le bilan de l’entreprise à travers une transparence opposable et comparable, dont les parties prenantes de l’entreprise peuvent se saisir sur des bases qui sont désormais fiables.
•    Les directions financières, se voient confier la responsabilité d’établir ces « comptes sociétaux », aux côtés des comptes financiers, en utilisant des méthodes proches et en mettant en cohérence les données pour délivrer une représentation fidèle de la valeur sociale et sociétale de l’entreprise, , matérielle et immatérielle, réelle et potentielle, avec une plus juste appréciation des impacts globaux.
•    Le reporting devient  un outil de progrès interne en même temps qu’il constitue un outil de transparence accrue ; c’est une base objective pour passer des accords de progrès avec les parties prenantes de l’entreprise, ce qu’on dénomme désormais « l’entreprise collaborative ».

Que coûte ce reporting ? qui doit le faire ?  comment le présenter ?

Trois questions pratiques se posent  pour entreprendre ce reporting extra-financier : que coûte-t-il, qui doit le faire, comment le présenter ? Il coûte peu en réalité, car sa fabrication rejoint les process d’information financière, même s’il faut investir au départ dans un système d’information et si la vérification peut constituer une mission significative. Tout dépend de la complexité de la firme et de sa courbe d’apprentissage. En réalité, l’entreprise a intérêt à confier la réalisation à un tiers expert qui lui fera gagner beaucoup de temps, qui transfèrera son savoir et qui fiabilisera le dispositif, réduisant par là même le coût de la vérification, alors que l’expérience prouve que les acteurs internes subissent fortement cette problématique, lourde et nouvelle pour eux.  Le défi de l’entreprise est de donner de la fiabilité à cette information extra-financière, en ne se perdant pas dans son élaboration, pour qu’elle soit bien utilisable par les investisseurs, les agences de rating, les donneurs d’ordre et les parties prenantes intéressées.

La « durabilité » de l’entreprise est mesurable !

La transparence extra-financière mesure ce qu’on appelle désormais la « durabilité », à savoir la dynamique de l’entreprise dans le sens du développement durable, au travers de son offre eco-conçue, de la gestion des ressources de base (énergie, eau , matières rares…), de la valeur de son capital humain et de son intégration dans la collectivité qui l’entoure. On voit mieux ainsi la dynamique  de l’entreprise au regard du changement de modèle macro-économique en cours, tiré par les enjeux d’une demande de croissance durable. Les rapports de gestion, bien intégrés, nous montreront enfin l’aptitude d’une entreprise à s’investir pleinement dans le monde qui vient.

1) Décret n° 2012-557 du 24 avril 2012 relatif aux obligations de transparence des entreprises en matière sociale et environnementale, JO 26 avril