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Les Daf et la reprise d'entreprise : quelle entreprise retenir?

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L'exercice quotidien des multiples casquettes qui entrent dans les attributions des Daf les qualifie pour reprendre des entreprises matures, voire en difficulté. Mais sur quels critères décider de l'entreprise à reprendre?

Si le métier de Daf exclut généralement ce petit grain de folie nécessaire à la création de start-up ou de nouveaux concepts, il n'en est pas de même pour la reprise d'entreprises. Par l'exercice quotidien des multiples casquettes qui entrent dans les attributions des Daf, ces derniers sont particulièrement qualifiés pour reprendre avec succès des entreprises matures, voire redresser des sociétés en difficulté. Cela dit, la reprise d'entreprise présente des obstacles souvent sous-estimés par d'anciens salariés confiants dans leurs qualités de gestionnaires mais pas pour autant préparés à entamer un long processus de chasse à la bonne cible et de négociations usantes avec les cédants, ni à vivre de multiples échecs et faux espoirs...

La rareté des bonnes cibles

Car, il faut le savoir, malgré tout ce que rapportent les médias sur les milliers d'entreprises à reprendre chaque année du fait du papy-boom et du déclin des vocations chez les héritiers d'entreprises familiales, les repreneurs sont bien plus nombreux que les cédants. Ainsi, si on exclut les fonds de commerce et les TPE de moins de cinq salariés, " la réalité du marché de la cession est de l'ordre de 6700 entreprises par an ", indique l'édition 2013 de l'Observatoire de la reprise d'entreprise publié par le CRA (Cédants et repreneurs d'affaires). Le rapport est en moyenne d'un cédant pour cinq repreneurs. Par ailleurs, les repreneurs individuels se retrouvent presque systématiquement en concurrence avec des personnes morales, qui ont l'avantage, aux yeux du cédant, d'être plus fiables et plus solides financièrement. Pour Pascal Ferron, associé Baker Tilly France spécialisé dans la reprise d'entreprise : " Les repreneurs personnes physiques ont néanmoins toutes leurs chances, s'ils savent jouer sur le côté humain, créer une relation de confiance et persuader le cédant qu'ils sauront mieux que quiconque pérenniser et développer leur entreprise. "

Quelle valeur ajoutée ?

Dès lors, bien orienter ses recherches s'avère essentiel. Pour cela, plutôt que de cibler des macrosecteurs économiques, le repreneur doit plutôt prendre le temps de faire un petit bilan de compétences : qu'est-ce que je sais faire le mieux ? en quoi suis-je bon ? en quoi suis-je moins bon ? ". Tel fut le cas d'Yves Pépin, qui a flashé sur le projet de conception de chalets en bois Soleode, parce qu'il avait une histoire spéciale avec cette activité et son produit (son père était menuisier), mais a su apporter une valeur ajoutée en transformant le business model d'un bureau d'études qui se cantonnait à la conception en une véritable entreprise industrielle qui se charge de la réalisation.

La mise de départ

Autre facteur majeur d'appréhension pour les candidats à la reprise : le montant des fonds à engager dans ce pari risqué. Selon l'étude CRA précitée, l'apport personnel moyen est compris entre 150 000 et 300 000 euros. Même si la somme n'est pas anecdotique, elle est à la portée des économies de bon nombre d'anciens Daf. Bien entendu, cela dépend aussi de la taille et de l'attractivité de la cible, les anciens directeurs financiers d'ETI s'orientant plus vers des PME et non des TPE. Dans ces cas, outre la recherche de l'entreprise idoine, le repreneur devra aussi trouver un partenaire financier auquel s'adosser pour réaliser l'opération. Les fonds d'investissement sont très friands des profils de Daf expérimentés pour monter des LBO sur des PME et sont prêts, dans ces cas-là, à apporter jusqu'à 90% des montants nécessaires... Dans tous les cas, " le repreneur devra décomplexer par rapport à son apport personnel, conseille Pascal Ferron (Baker Tilly). Avec 100 000 euros, on peut déjà faire des miracles ".

Et pour les Daf à court de liquidités ou qui ne veulent pas entamer leur patrimoine, la reprise d'entreprises en difficulté ou carrément en liquidation (sur cette question lire notre article) peut constituer une alternative particulièrement intéressante. Les acquisitions en procédure collective se font régulièrement, avec des décotes très significatives par rapport aux valeurs de marché, alors que " parmi les milliers d'entreprises faisant l'objet de procédures collectives, 5 à 10% présentent un potentiel de redressement important et peuvent constituer des cibles de choix pour les profils de bons gestionnaires, de fait, que sont les Daf ", plaide Christophe Callet, responsable du département de restructuration des entreprises pour le cabinet de conseil Delfineo.

Surmonter les préjugés sur l'entreprise en difficulté

" L'oeil que le repreneur va poser sur une entreprise à reprendre, qu'elle soit saine ou en difficulté, doit être le même, insiste Christophe Callet. Il doit examiner le marché, les qualités intrinsèques de la cible, de ses effectifs et de ses produits avant d'essayer de comprendre la cause de ses difficultés. " Si l'entreprise s'est retrouvée en faillite pour des causes de mauvaise gestion, ce qui est assez fréquemment le cas, un profil de DAF rodé à la maîtrise des coûts et aux règles de bonne gestion est particulièrement indiqué pour lui faire retrouver le chemin de la croissance. En revanche, si l'entreprise a perdu ses clients les plus importants dans sa débâcle, seul un profil de développeur commercial hors pair pourrait la sauver. D'après l'expert en entreprises en difficulté, un retournement rapide requiert le bon diagnostic sur les raisons de la défaillance et une reprise redimensionnée au plus juste. Il est donc essentiel de ne pas s'engager à reprendre la totalité de l'effectif si votre business plan de reprise est basé sur le tiers du chiffre d'affaires. Et ne pas non plus tenter de racheter les actifs à vil prix au mépris des estimations réalisées par les experts dans le cadre de la procédure de liquidation : les juges apprécieront moyennement...