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Reverse-Factoring : les leçons à tirer de l'expérience espagnole

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Le reverse-factoring peut accélérer son développement en France en s'inspirant du succès du confirming espagnol ; celui-ci s'est largement développé de l'autre côté des Pyrénées et constitue aujourd'hui un outil de financement privilégié des entreprises espagnoles, aussi populaire que le factoring.

Né dans les années 1990, le confirming – version espagnole du reverse factoring – a connu un développement très rapide dans la péninsule ibérique. Les grandes entreprises espagnoles, en particulier dans le secteur de la construction, ont dès le départ compris tout l’intérêt qu’elles pouvaient tirer d’un produit qui leur permettait d’étendre les délais de paiement de leurs fournisseurs tout en offrant à ces derniers une solution simple de financement. Il faut dire qu’à l’époque aucune contrainte légale ne limitait le délai de paiement inter-entreprises : il était alors fréquent de voir des délais de paiement allant jusqu’à 180 jours.

Ces grandes entreprises ont encouragé les banques à développer des plateformes permettant d’automatiser le traitement de ces flux en straight-through process. S’appuyant sur ces plateformes technologiques puissantes, le confirming, conçu au départ essentiellement comme un outil de financement, est devenu l’un des moyens de paiement privilégiés dans les échanges commerciaux inter-entreprises.
Les banques, qui avaient développé ces plateformes au départ pour les grandes entreprises, les ont ensuite élargi aux PME faisant du confirming une solution globale, accessible à l’ensemble des entreprises, tous secteurs confondus. De plus, les banques ont utilisé le confirming comme un moyen de conquérir de nouveau clients en n’hésitant pas à contacter les fournisseurs de leurs clients pour les inciter à escompter mais aussi à entrer en relation avec elles.

Le confirming s’est ainsi développé en Espagne parallèlement au factoring ; souvent à l’initiative des mêmes acteurs, c'est-à-dire principalement les grandes banques espagnoles. En 2011, le volume de confirming traité sur le marché espagnol s’est établi à près de 58 milliards d’euros tandis le factoring se hissait à hauteur de 64 milliards d’euros. Sur ces deux marchés, qui continuent à croitre à un rythme annuel proche de 10% en dépit de la crise, la banque BBVA est leader avec une part de marché de 25% tant dans le confirming que dans le factoring.

Les leçons de l’Espagne pour les entreprises françaises
Au moment où de plus en plus de grandes entreprises françaises évaluent l’intérêt de se lancer dans des programmes de reverse-factoring, il n’est pas inutile de s’interroger sur les leçons qu’il est possible de tirer de l’expérience espagnole pour le marché français. Le marché du reverse-factoring en France, avec un volume total annuel estimé à un peu plus de 15 milliards d’euros, est encore peu développé surtout si on le compare avec celui du factoring qui a totalisé en 2011 près de 175 milliards d’euros.

La pression qu’exerceront les grands groupes français sur les acteurs financiers pour développer des plateformes puissantes - à l’image d’EDF qui vient de mettre en place un programme de reverse-factoring - sera déterminante pour que le marché du reverse-factoring français prenne définitivement son envol.

L’obstacle majeur qui retient aujourd’hui les grands groupes hexagonaux de passer le pas du reverse-factoring concerne sa mise en œuvre opérationnelle et en particulier les changements qu’elle peut supposer pour l’entreprise, notamment en vue d’accélérer le délai d’acceptation des factures. En effet, pour que les fournisseurs puissent tirer pleinement parti du reverse-factoring, il faut que le délai d’acceptation des factures soit suffisamment court car le financement ne peut intervenir qu’une fois que ces factures ont été acceptées.
La loi LME, en limitant à 60 jours les délais de paiement interentreprises en France, constitue une autre contrainte qui peut limiter l’intérêt du reverse-factoring pour les entreprises.

Dans un contexte de crise économique et financière qui rend plus difficile l’accès aux financements bancaires pour les PME, les grands groupes ont tout intérêt à faire bénéficier leurs fournisseurs de leurs capacités de crédits. Tout en aidant ces PME à surmonter la crise, dans un souci de compétitivité économique de la France, ces grands groupes peuvent ainsi, à coûts réduits, consolider les liens avec leurs fournisseurs et sécuriser leur chaîne d’approvisionnement.