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Vous avez dit matérialité ? Le trait d’union entre le financier et l’extra-financier.

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Au printemps 2014, une directive européenne devrait être adoptée qui imposera une transparence extra financière à certaines entreprises. Objectif : en faire un levier pour plus de confiance dans l'initiative économique.

Une page se tourne. Elle vient de l’Europe. Nous serons la première zone du monde à imposer une transparence « extra-financière » à nos grandes entreprises (les éléments sont encore en cours de discussion), dans le cadre de leur information financière obligatoire. La directive qui devrait être votée en ce sens en avril 2014 est fondée sur un a priori économique : l’opacité des entreprises sur leurs risques sociaux, environnementaux et sociétaux nuit à la confiance des investisseurs mais aussi à celle des consommateurs et des salariés. Et de l’opinion.

De fait, cette opacité est coûteuse. D’où le pari des autorités qu’en communiquant mieux sur ces enjeux extra-financiers, le marché appréciera mieux la valeur immatérielle de l’entreprise. Et cela conduira le management à s’intéresser aux risques sociétaux si mal appréhendés qui font et défont les réputations des meilleures marques. En faisant se rejoindre l’information financière et extra-financière, la réglementation fait  une autre avancée : on quitte le formalisme des référentiels théoriques et généraux de la RSE pour s’appuyer sur l’analyse de matérialité, bien connue du monde financier.

Partir des enjeux significatifs du business et y répondre.

Faire de l’analyse de matérialité la clé de voûte de l’information extra-financière a trois conséquences :

1 - Cela conduit d’abord à s’interroger sur les principaux enjeux de développement durable qui viennent percuter le modèle d’affaire et à rendre compte précisément de ces impacts, selon leurs effets positifs (opportunités de nouveaux revenus) et leurs effets négatifs (risques d’augmentation des coûts), dans le temps, dans l’espace et en les priorisant. En objectivant cette projection, au travers d’un consensus issu de consultations internes, l’entreprise démontre qu’elle est consciente de l’évolution du contexte de son business.

2 - La partie économique est confrontée à la dimension sociétale de ces enjeux, tels que les parties prenantes en parlent et souhaitent que l’entreprise s’en préoccupe.  On débouche ainsi sur une vision sélective et contextualisée de la pression qui concerne une entreprise dans le monde actuel et à venir et dont la gouvernance et les investisseurs ont besoin pour se faire une idée de ses potentialités et de sa capacité à maîtriser les mutations en cours.

3 - Troisième bénéfice de l’analyse de matérialité : pouvoir associer à ces enjeux pertinents des indicateurs clés de performance qui vont structurer une trajectoire de progrès  de l’entreprise. On pourra lire ainsi plus objectivement « la durabilité » du modèle. Par durabilité du modèle il faut comprendre la façon dont l’entreprise affronte le découplage des ressources, l’accessibilité croissante à ses offres, l’équité de ses démarches et la loyauté des pratiques (légalité, concurrence, éthique…), d’une façon sourcée, factuelle et objectivée.

La matérialité de la RSE et les DAF: quel avenir ?

Ce concept fondateur va-t-il faire rentrer la RSE dans le champ de préoccupation des DAF ? On peut l’envisager pour deux bonnes raisons. D’abord, il établit un langage commun entre RSE et analyse économique en positionnant le couple risques-opportunités d’une manière précise. Et il fait remonter à la gouvernance l’analyse de la situation sociétale de l’entreprise pour que les administrateurs apprécient l’état de sa compliance, sa capacité d’ouverture et d’anticipation sur les mutations en cours et son contexte élargi, en regardant de plus près des questions cruciales comme le suivi de la supply chain, la maitrise de l’énergie, l’intégration locale etc.

Il est à parier que les rapports de gestion contiendront de plus en plus cette « carte de la matérialité des enjeux durables de l’entreprise » qui va voir le jour de plus en plus dans le sillage de cette réglementation européenne, elle-même inspirée par les pratiques avancées des pionniers de la RSE, anglais, scandinaves, américains, qui veulent que la responsabilité sociétale rentre dans le business, dans ses méthodes comme dans ses objectifs. Cette mutation est salutaire car on attend que les managers français encore trop sceptiques à l’égard de la RSE s’en saisissent enfin, dont les DAF !