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Retour de l'Argentine sur l'atlas financier

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Alors que l'Argentine revient sur le marché de la dette internationale, est-ce le moment d'aller sur place ? La réponse est loin d'être simple...

Retour de l'Argentine sur l'atlas financier

L'Argentine bouge de nouveau sur le plan international. Après l'élection de Mauricio Macri en novembre 2015, le pays a pu de nouveau revenir sur le marché de la dette. Un pas en avant qui a malgré tout coûté cher au pays, le président ayant dû négocier avec les fonds vautours pour mettre fin à un litige de plusieurs années. Coût de l'opération : 9 milliards de dollars. En échange de cela, l'Argentine a pu de nouveau emprunter sur les marchés financiers, chose qu'elle n'avait pas pu faire depuis plus de 15 ans. Et pour mieux attirer les investisseurs, l'Argentine proposait des rendements de l'ordre de 7 à 10%, bien au delà de ce qu'il est possible de trouver aujourd'hui. Au final, le pays a pu lever 16,5 milliards de dollars, offrant un nouveau souffle pour le pays.

Pourtant, pour Philippe Boncenne, consultant Amérique du Sud pour le cabinet Ceran/Terres-Neuves, " c'est certes une bonne nouvelle pour le pays, mais je pense que s'endetter de nouveau peut s'avérer potentiellement dangereux. L'inflation est très forte, de l'ordre de 30% sur 2015 et de 35 % selon les experts en 2016. La dévaluation récente de 30 % du peso face au dollar va renchérir de façon mécanique le coût de la dette même s'il est exact que le pays est encore relativement peu endetté (le ratio dette /PIB est de 55 %) ".

Un pays à moderniser

Reste que l'Argentine est un marché qui peut s'avérer prometteur à terme. " Avec près de 43 millions d'habitants, une grande partie de la population voit son pouvoir d'achat rongé par l'inflation. Le pays risque probablement la récession en 2016, -1,5% selon la Coface " souligne Philippe Boncenne. Mais " l'appareil productif argentin a besoin d'être modernisé tout en permettant une diversification de l'économie, trop concentrée sur les matières premières " continue t il. Il y a donc des besoins aujourd'hui dans les domaines industriels et de consommation, l'infrastructure étant elle aussi peu modernisée".

Par ailleurs, " historiquement de gauche, la population a tendance à s'appuyer sur l'État pour financer les aspects sociaux et éducatif du pays. Or, le pays ne dispose pas de marge budgétaire (déficit de 5,5%) et recours à des licenciements massifs dans l'Administration " explique Philippe Boncenne. Or, certains de ces secteurs nationalisés comme les médias ou les compagnies aériennes par exemple, peuvent être financés par le privé. Le président cherche ainsi à attirer les investisseurs, encore trop frileux aujourd'hui malgré les opportunités qui pourraient se présenter.

Un potentiel de reprise... à long terme

" Des réformes doivent être engagées, comme c'est déjà le cas sur la flexibilité du marché du travail. Mais elles risquent d'être mal perçues et vont créer inévitablement des tensions sociales au sein de la population et avec les syndicats " continue Philippe Boncenne. " Malgré cela une reprise économique est envisageable. Elle se fera de façon graduelle avec un coût social important et dépendra aussi de la bonne santé économique du voisin brésilien. Les investisseurs étrangers déjà échaudés dans le passé regarderont à deux fois avant d'investir... " prévient-il. Et déjà deux secteurs peuvent attirer les investisseurs : l'immobilier et les terres agricoles, bénéficiant d'ailleurs de la dépréciation du peso. A regarder de plus près ?

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