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[ITV] Caroline Weber, de Middlenext : 574 recommandations pour accéder au marché réglementé, cela revient à exclure les PME

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Dg de MiddleNext, Caroline Weber assume pleinement son rôle de lobbyiste, notamment sur la question de l'accès des petites et moyennes valeurs au marché réglementé. Keynote speaker de la 3ème édition des Trophées DAF magazine, elle livre ici quelques-unes de ses réflexions et actions.

[ITV] Caroline Weber, de Middlenext : 574 recommandations pour accéder au marché réglementé, cela revient à exclure les PME

En février 2015, Middlenext relevait qu'une PME souhaitant accéder au marché réglementé, devait maitriser 574 recommandations; à quand la simplification ?

574 recommandations et aussi un document de référence d'environ 300 pages, des annexes de 60 pages...Je souhaiterai aboutir à la suppression de 300 des recommandations AMF afin que le trio " pertinence, signification, matérialité " guide le monde de la cotation. Pour l'heure, nous n'avons obtenu la nomination que d'un seul interlocuteur PME qui va à la rencontre des valeurs moyennes afin de mieux cerner leur réalité. Car la plupart de ces entreprises, plutôt que de s'approprier la documentation éditée par le régulateur, attende que l'AMF leur signale les manquements. Le groupe de travail visant à simplifier l'accès au marché réglementé des PME, qui réunit l'AMF, des CAC, des avocats, des entreprises et Middlenext, s'est dans un premier temps réuni pour éviter les redondances dans le document de référence et fournir une méthodologie de réponse aux entreprises, utile aux analystes financiers. La deuxième série de réunions aura pour but d'alléger la doctrine et de la recentrer sur ce qui est vraiment utile aux PME. Il n'y a toujours pas de représentant des valeurs moyennes au collège de l'AMF alors qu'elles représentent 85% des sociétés cotées !

Les PME et ETI sont sous le feu des projecteurs ; mais rien n'est fait pour leur simplifier la tâche. J'en veux pour preuve le projet de loi relatif aux délais de paiement qui prévoit que toute entreprise doit classer l'intégralité de ses paiements par date et le faire certifier par les commissaires aux comptes(1). La solution prônée par le législateur est chronophage, ne cible pas les vrais auteurs du dysfonctionnement, et impacte au passage les logiciels comptabilité et facturation.. Autre exemple : quand l'AMF recommande d'avoir des déontologues au sein d'une PME pour une bonne gouvernance ...(2)

L'introduction en Bourse est-elle encore une voie intéressante pour les PME ?

La Bourse reste un outil fabuleux de notoriété et un bon moyen de lever de l'argent sans avoir à le rembourser ! Mais un tel projet pèse lourd, trop lourd sur la vie d'une petite ou moyenne valeur. La cotation en Bourse sur le marché réglementé implique un passage aux normes IFRS, d'où des comptes très difficiles à appréhender par le président, le conseil d'administration, les analystes financiers et les investisseurs. Et le paradoxe est que certaines sociétés cotées sur Alternext et qui ont choisi de rester en normes françaises sont mieux valorisées que leurs équivalentes du compartiment C. Autre exemple : le document de référence réalisé pour l'AMF n'est pas le document présenté aux investisseurs, pour lesquels un document spécifique, doit être réalisé. Il en est de même pour le reporting ; en l'état actuel, la cotation entraine un double système, celui dédié au document de référence et celui dédié à la " vraie vie ". On assiste depuis une dizaine d'années à une hyper complexification : normes comptables, 5 directives européennes, une régulation par exception post scandales d'où une perte de sens et une inflation généralisée des coûts de cotation. Le rapport coût bénéfice de la cotation s'est détérioré et n'est désormais assumable que par des entreprises de taille plus importante. D'où un vrai phénomène d'éviction pour les PME. Enfin après avoir pointé certains manques du régulateur, je ne veux pas oublier l'opérateur! Euronext a un Ebitda supérieur à celui d'Hermès ce qui est de nature à satisfaire ses actionnaires. En est-il de même pour ses clients qui n'ont plus le même service de proximité à des coûts acceptables et notamment les PME en région ? Qui prend en charge la nécessaire part d'intérêt général liée au financement de l'économie ?

La bonne cotation pour les petites et moyennes valeurs est -elle étrangère ?

Une bonne cotation n'est pas une question de pays ou de réglementation. C'est avant tout une question de financement. La PME qui a un besoin massif de capitaux se tourne vers la zone où les fonds d'investissements spécialisés dans son secteur d'activité sont concentrés. Tel est le cas pour le secteur technologique et les Etats -Unis et dans une moindre mesure Londres. Un autre élément peut jouer mais à la marge : la stratégie de développement de l'entreprise. C'est sans doute ce qui a conduit l'Occitane a réalisé son IPO à Hong-Kong en 2010 : l'Asie avait été identifiée comme la zone présentant le plus fort potentiel d'activité pour la marque. Une belle cotation c'est la conjonction de plusieurs facteurs : une marque bien vendue donc une vraie notoriété dans la zone envisagée, des fonds d'investissements et des analystes financiers qui maitrisent votre activité et une langue commune.

Une cotation cela s'entretient. A quel prix pour le Daf ?

D'abord le Daf devra dédier au moins 20 jours par an à cette cotation. 20 jours durant lesquels il fera de la communication financière, de la rédaction d'annexes, des arrêtés de comptes... C'est un vrai enrichissement de compétences professionnelles et aussi un facteur de contraintes pour continuer à assumer simultanément l'opérationnel en particulier dans les PME .

(1) en cours de négociation à Bercy à cette heure

(2) Sur cette question de gouvernance, Caroline Weber a récemment été désignée par l'OCDE pour représenter la France au sein du comité des experts mondiaux chargé de la révision des guide lines de gouvernance


Les chantiers en cours

Pour Caroline Weber, faire du lobbying c'est n'avoir aucune indulgence pour les contre vérités et les dysfonctionnements, beaucoup de pédagogie et de bon sens et être force de proposition. Pour ce faire elle s'appuie sur l'Institut de recherche Middlenext dont l'une des réalisations phare est le Code de gouvernement d'entreprise pour les valeurs moyennes et petites, édité en décembre 2009. En 2014, 189 entreprises s'y réfèrent : c'est désormais, en nombre, le premier code de référence en France.

Réforme européenne de l'audit, directive européenne sur les droits des actionnaires ou celle dite Prospectus, abus de marchés, normes IFRS, voici quelques-uns des 45 dossiers de lobbying sur lesquels Middlenext, par la voix de sa directrice générale, est à l'oeuvre.

Caroline Weber, dg de Middlenext depuis janvier 2007


Depuis 2009: Présidente de l'association européenne des valeurs moyennes cotées

Mandats

-Membre du H3C et du comité de gouvernance de l'ANC

-Vice-présidente de l'Observatoire des PME-ETI cotées en bourse

-Membre de plusieurs conseils d'administration de sociétés cotées : Toupargel, GL Events.

-Experte APM (Association pour le progrès du management)

A exercé plusieurs fonctions de direction générale d'entreprises

1984 : DEA Etudes politiques (Paris -Dauphine)

1983 : Diplômée HEC