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Finance islamique : une voie alternative de financement pour les entreprises

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Souvent méconnu des DAF, le recours aux banques islamiques pourrait pourtant être une solution opportune pour les entreprises en mal de financement. Tour d'horizon du sujet avec le spécialiste de la question Bernard Févry, conseil financier, professeur intervenant à HEC et à la Sorbonne d'Abu Dhabi.

Finance islamique : une voie alternative de financement pour les entreprises

" Le seul intérêt de l'argent est son emploi ", Bernard Févry est un homme de la finance concrète celle du quotidien, celle de l'entreprise. C'est probablement la raison pour laquelle il aime commencer ses entretiens avec cette citation de Benjamin Franklin. En quelques mots, on replace le personnage. Point de finance de marchés, pas plus que d'envolée algorithmique : ce qui l'intéresse c'est la vie des entreprises et les solutions qu'elles peuvent trouver pour leur financement.

Ce spécialiste du pas de coté explique pourquoi la finance islamique peut être une solution alternative, audacieuse et pourtant méconnue pour les entreprises. " Les banques islamiques prêtent là quand d'autres ne prêtent pas ", affirme le professeur. Pourquoi ? " Parce qu'elles n'évaluent pas les projets sous le même angle que les banques issues de la finance traditionnelle ", souligne-t-il " les critères de solvabilité et de liquidité sont moins primordiaux. Les banques islamiques analysent plus l'opportunité business. Elles se positionnent plus comme des business angels et leur sont une bonne alternative ".

Bernard Févry, professeur intervenant à HEC et à la Sorbonne d'Abu Dhabi


L'interdiction de l'intérêt qui bouscule les lignes

Pour comprendre les raisons de cette logique un peu atypique, il faut revenir aux origines de la finance islamique : " L'intérêt est interdit dans la finance islamique " explique Bernard Févry, " il a donc fallu imaginer de nouvelles façons de rémunérer le prêteur ". Les prêteurs se rémunèrent donc de différentes manières :

- soit en devenant investisseur aux côtés de l'emprunteur, en partageant à la fois le risque et le rendement - attention ces investissements se font, sans pour autant devenir actionnaire - ;

- soit via des contrats de vente : le banquier se porte acquéreur du bien convoité ou des marchandises nécessaires au développement et le revend avec une marge à l'emprunteur au moment opportun ;

-soit via un contrat de leasing; entre autres.

" Finalement la finance islamique est bien plus créative que la finance traditionnelle ", assure-t-il.

Un financement alternatif intéressant pour les startups

Les startups, les jeunes entreprises mais aussi celles qui ont des projets très ambitieux avec un taux d'endettement trop lourd seraient donc fondées à se tourner vers ces moyens de financement alternatifs, selon Bernard Févry. " Elles doivent avoir en tête que leur projet sera analysé de manière globale, néanmoins de nouveaux critères apparaitront ".

Par exemple leur projet devra être passé au crible des Sharia scholars, qui évalueront la compatibilité de l'activité de l'entreprise avec la loi islamique (la sharia). Impossible de se faire financer une activité liée à l'alcool ou au tabac, qui attrait à l'exploitation porcine ou à la fabrication d'armes.

De la même manière, il ne faut pas oublier que l'interdiction de produits financiers sur les placements pousse les investisseurs musulmans et donc leurs banques à investir plutôt qu'à épargner de façon stérile.

" Finalement la finance islamique est bien plus créative que la finance traditionnelle "

Pour l'heure, et pour des raisons d'incompatibilités avec la loi bancaire française qui leur est mal adaptée - justement à cause de cet interdit de l'intérêt - il n'existe pas de banques islamiques en France, hormis des banques offshore. Cet état de fait ne facilite par le recours à cette dernière mais rien ne l'interdit.

Une opportunité de carrière pour les financiers

Un dernier point à souligner pour les financiers qui seraient intéressés par le sujet. Selon Bernard Févry, " les banques islamiques offrent de belles opportunités de carrière : elles sont régulièrement à la recherche de financiers issus de la finance traditionnelle qui ne soient pas nécessairement musulmans mais connaissent bien les rouages économiques occidentaux et soient capables d'analyser des projets d'entreprise dans leur globalité ".



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Sophie Biri Julien