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Il est encore temps de se couvrir contre la remontée des taux d'intérêt

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Faut-il couvrir maintenant, quel montant et sur quel horizon? Sébastien Rouzaire, associé-fondateur de Kerius Finance, répond à ces questions au regard de la remontée attendue des taux d'intérêts en Europe, liée notamment à la décision début décembre de la Fed.

Il est encore temps de se couvrir contre la remontée des taux d'intérêt

Les taux d'intérêt sont-ils en train de remonter de manière pérenne ?

La Réserve Fédérale américaine (Fed) a remonté ses taux début décembre et a annoncé plusieurs hausses au cours de l'année 2017. Or, ce qui se passe aux États-Unis impacte l'Union européenne : on estime que le taux de transmission est de 40%. Par ailleurs, la BCE a annoncé début décembre que le plan de soutien budgétaire va progressivement diminuer pour définitivement s'arrêter fin 2017. Les Euribor, qui représentent les taux de financement à court terme, ne vont donc pas rester négatifs éternellement. Pour les entreprises, les taux d'emprunt (ou de swap) à 5 et 10 ans, qui reflètent leur taux de financement à moyen ou long terme, vont donc remonter. Et plus vite et plus fortement que l'Euribor. Le taux de swap Euro à 5 ans était revenu autour de 0% mi-décembre après avoir touché -0.33% en juillet dernier. Et nous sommes en Europe encore loin des taux américains : le taux de swap USD à 5 ans évolue autour de 2%. Or, la BCE souhaite agir comme la Fed pour relancer l'économie et l'inflation. L'impact à la hausse pourrait donc être fort à terme.

Faut-il se couvrir contre cette remontée des taux ?

Dans l'absolu, la réponse est évidemment oui. Dès lors qu'un risque est identifié et gérable, il est raisonnable de le couvrir. Envisageriez-vous de ne pas couvrir vos locaux contre le risque incendie sous prétexte que la probabilité qu'ils brûlent est faible ? Pour les taux d'intérêt, il en est de même. La question-clé est donc : faut-il couvrir maintenant, quel montant et sur quel horizon? Pour le moment, l'Euribor 3 mois se situe à -0,32%. Les taux à 5 ans ayant déjà remonté un peu, même s'ils restent très faibles dans l'absolu, les entreprises ont le sentiment que couvrir coûte cher et préfèrent parfois attendre pour bénéficier des " taux courts " (Euribor) avantageux plus longtemps. Mais ce sentiment est souvent trompeur car les entreprises empruntent le plus souvent, non pas à taux négatifs, mais à 0% (hors marges de crédit) du fait d'un plancher instauré par les banques sur les Euribor. Il est vrai que l'Euribor ne remontera en zone positive que lorsque la BCE cessera sa politique de taux négatifs, probablement pas avant 2018. Mais, à ce moment-là, les " taux longs " auront logiquement déjà remonté davantage. Et cette hausse peut être à la fois rapide et de grande ampleur. Ainsi, même s'il est aujourd'hui moins favorable de se couvrir qu'il y a quelques mois, cela reste intéressant : se couvrir ce n'est en effet pas de la spéculation mais une assurance qui permet de fixer ou plafonner les frais financiers. Le " coût " de la couverture (s'il y en a un), finalement, représente le prix de la visibilité sur son business plan.

Quelles entreprises doivent à tout prix se couvrir ?

Les entreprises fortement endettées doivent y réfléchir sérieusement. Il faut se poser la question du risque encouru si les taux remontent. Avec les " taux longs " actuels, il n'y a pas grand-chose à gagner à attendre une baisse mais potentiellement beaucoup à perdre en cas de hausse. Mais il faut bien sûr mener une analyse sérieuse des spécificités de l'entreprise et des niveaux tolérables pour elle compte tenu de son business plan.

Attention aux swaps !

Les contrats de swaps de taux d'intérêt permettent de se couvrir contre la hausse des taux lorsqu'un emprunt à taux variable a été contracté. Or, lorsque la banque a inclus un plancher sur l'Euribor pour éviter qu'il ne soit négatif, ces contrats swaps ne sont plus efficaces. En effet, pour des raisons techniques liées à la combinaison du plancher et du swap, le taux de financement couvert n'est plus fixé et, de manière contre intuitive, augmente quand l'Euribor baisse. Le swap peut donc générer des frais financiers inattendus par l'entreprise. La couverture doit ainsi se baser sur d'autres produits simples plus adaptés. Le choix de ce produit dépendra du profil de risque que souhaitera l'entreprise pour ses frais financiers.