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[Tribune] Plaidoyer pour que les PME et ETI recourent au financement privé

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Rapidité, sur-mesure et (surtout) désengagement des banques, tout selon l'auteur, Franck Portais, associé-gérant de Alantra, concourt pour que les ETI et PME, bref le midmarket, se comporte vis-à-vis de la dette privée comme le private equity : en l'utilisant !

[Tribune] Plaidoyer pour que les PME et ETI recourent au financement privé

Faiblesse des rémunérations, contraintes réglementaires croissantes, frilosité à accompagner certains projets sortant de leur zone de confort et bientôt conséquences du Brexit : toutes les conditions semblent réunies pour affaiblir un peu plus encore la présence des banques aux côtés des midcaps en quête de financement. Mais, le marché comme la nature ayant horreur du vide, un mode de financement alternatif se développe depuis quelques années avec un succès qui ne devrait pas se démentir à l'avenir, bien au contraire : la dette privée (sur ce développement).

Réputée chère mais très flexible, largement utilisée par le private equity dont les problématiques de type LBO collent parfaitement à ce mode de financement, celle-ci est également de plus en plus employée par les entreprises elles-mêmes, comme le groupe de restauration Bertrand ou Legris Industries qui y ont fait appel en 2016. Un intérêt particulièrement vrai pour le segment des PME et ETI, dont les relations avec les banques sont souvent plus délicates que chez les grands groupes.

Une étude publiée par Deloitte dénombre ainsi une centaine de fonds dédiés au marché européen de la dette privée, qui totalise plus de 600 opérations sur la période 2013-2015 dont près du quart en France, deuxième marché du continent derrière la Grande-Bretagne (43%).

Logiquement, dans ce panorama, les LBO représentaient 38% des opérations, devant les refinancements (30%) et les fusions-acquisitions (16%). Côté montages, l'unitranche est le mode de financement privilégié (42%) devant la dette senior 38% et la mezzanine (8%).

Une souplesse d'utilisation qui a un coût

Compte tenu du coût relativement élevé de ce mode de financement (entre 6 et 12%, à comparer aux tarifs bancaires actuellement compris entre 4 et 6%), les raisons qui poussent les emprunteurs à y recourir doivent être motivées par une situation ou un projet pour lesquels les banques ne sont pas compétitives et pour lesquels le coût ne fait pas tout. A vrai dire, les profils des entreprises et les situations dans lesquels le financement privé est utilisée sont extrêmement variés. Dans le cadre d'opérations de LBO, la souplesse la plus appréciée de ce mode de financement est sans aucun doute sa rapidité d'exécution. Un fonds de dette peut en général valider un dossier en un mois si nécessaire, là où la banque demande plutôt 3 mois.

En sécurisant ainsi la validité de son financement très tôt dans sa négociation, le fonds dispose ainsi d'un sérieux atout pour emporter l'opération, quitte à syndiquer ensuite l'opération ou à prévoir son refinancement à horizon 18-24 mois. Voilà qui explique en partie l'engouement des fonds de private equity pour ce type de montage et l'explosion du nombre de fonds de dette dédiés depuis quelques années en Europe où le capital-investissement dispose de quelque 250 milliards d'euros à investir.

Des cas d'application variés

Au-delà de cette rapidité d'exécution, la dette privée séduit corporates et fonds pour diverses raisons. Une entreprise en plein développement pourra ainsi diversifier ses sources de financement et accroître la flexibilité de sa dette. Et dans le cas par exemple d'une opération de croissance externe, pour pouvoir dépasser certains leviers de financement avec lesquels les banques sont moins à l'aise, en général au-delà de x3,5 l'EbitDA. L'absence de besoin de rating crédit et des covenants moins restrictifs ajoutent encore à la souplesse d'utilisation, d'autant plus que les montages se font sur mesure, en fonction des besoins de l'emprunteur (à travers des lignes senior, junior, PIK, Mezzanine).

Les usages de la dette privée sont donc divers : aussi bien financer la croissance de projets spécifiques que servir de relais financier pour la dette bancaire, financer des situations de type distressed, étendre la maturité de la dette et sortir du cash grâce à la réduction du paiement de dette annuel, préparer un leverage recap ou encore apporter de la flexibilité au business plan d'une entreprise.

Comme souvent en matière financière, l'usage avant-gardiste de ce mode de financement par le private equity se retrouvera probablement de plus en plus chez les PME et ETI qui elles aussi ont besoin de varier leurs sources de financement dans un environnement où les banques ne sont pas prêtes de cesser d'être frileuses.

L'auteur

Franck Portais, Associé-gérant de N+1 Corporate Finance France


Franck Portais a lancé le bureau de N+1 en France (cf. notre actualité) devenue depuis Alantra après avoir créé et développé celui de goetzpartners Paris de 2002 jusqu'à fin 2014. Il a réalisé avec ses équipes plus de 50 opérations de M&A au cours des cinq dernières années pour plus de 10 Md€. Parmi ces opérations figurent l'ouverture du capital de Pierre Hermé, la cession de Coyote à 21CP, celle de DSO à Montefiore Investment, d'Editis à Planeta et de Mylittle Paris à Axel Springer, ou encore le rachat d'Atlas for Men par Activa Capital, de Naturalia par Monoprix ou de Nocibé par Douglas.