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Louis Godron (Afic) : "Avec la crise du financement, le métier de Daf a évolué"

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Fort de son expérience au sein du capital-investissement, et de sa casquette de président de l'Afic, Louis Godron, invité d'honneur de la deuxième édition des Trophées DAF magazine, revient sur la réalité de l'investissement en France.

Louis Godron, président de l'Afic.

Louis Godron, président de l'Afic.


Dans le cadre de vos activités, vous rencontrez régulièrement et depuis longtemps des Daf. Quel est votre regard sur l'évolution de cette profession?

Louis Godron: En tant qu'investisseurs de long terme, actionnaires et partenaires des entreprises que nous accompagnons, nous avons assisté à un enrichissement très net de cette profession. D'une fonction plutôt technique et spécialisée qui se concentrait principalement sur la comptabilité et le contrôle de gestion, le métier a évolué vers un rôle plus global, en lien avec la direction générale.

Ceci est dû au fait que les attentes qui se portent sur la fonction financière ont évolué dans de nombreuses sociétés. On attend désormais quelqu'un qui fasse preuve de créativité et qui soit capable d'apporter des idées, notamment sur les modes de financement de l'entreprise. La période actuelle de crise du financement a probablement aussi joué un rôle dans cette mutation. La ressource financière étant plus rare, on attend du Daf qu'il soit capable de limiter le montant de capitaux dans telle ou telle activité, d'intervenir sur des sujets comme la gestion active de bilans, le BFR, ou encore d'optimiser la gestion de la supply chain. Je suis convaincu que cette évolution est appelée à s'accentuer.

Vous évoquez la crise du financement. Qu'en est-il en France aujourd'hui?

L. G.: La France accuse une pénurie de financement des entreprises en fonds propres. Depuis le début de la crise financière, les capitaux portés au capital-investissement ont d'ailleurs été divisés de moitié. J'en veux pour preuve l'étude publiée en juillet 2013 par l'Afic, qui démontre que les entreprises françaises accompagnées par le capital-investissement ont créé 80000 emplois en 2012, alors que sur la même période, le chômage en France touchait 285000 personnes ­supplémentaires. Cette situation ne s'inversera pas tant que le Gouvernement ne prendra pas des mesures fortes pour inciter à orienter l'épargne des Français vers les entreprises non cotées.

Le PEA PME, s'il va dans le bon sens, ne sera toutefois pas la solution à ce problème, car il bénéficiera principalement aux sociétés cotées. Ceci est d'autant plus regrettable que le capital-investissement est un modèle vertueux qui, en France, crée de la croissance et de l'emploi.

La direction des entreprises familiales est parfois frileuse face à la perspective de s'ouvrir au capital-investissement...

L. G.: Certaines entreprises n'ont pas besoin de fonds propres ou d'apport en termes de gouvernance, de conseil et d'accompagnement. Soit elles disposent des ressources financières suffisantes, soit elles souhaitent conserver la totalité de leur capital, soit encore elles n'ont pas de projets de croissance à financer. Dès lors, elles n'ont aucune raison de faire appel à des investisseurs en capital.

En revanche, pour les entreprises qui ont des projets de croissance importants mais n'osent pas les engager car ils sont trop périlleux à mettre en place, trop coûteux ou trop techniques, le capital-investissement est une solution adaptée.

Il est important de souligner que notre métier ne s'arrête pas le jour où l'on a investi. C'est justement à ce moment que notre valeur ajoutée commence à opérer, dans l'accompagnement au quotidien, pour une durée moyenne de cinq à sept ans. Le capital-investissement est ­pratiqué par des professionnels qui ont 10 à 30 ans d'expérience derrière eux dans le développement d'entreprises. Ce sont des gens spécialisés selon des secteurs d'activité, des types de projets et des tailles d'entreprises qui ont en commun de dynamiser les sociétés dans lesquelles ils investissent, tout en respectant leur identité. Le rôle du Daf, c'est aussi de prendre connaissance de ce que peut apporter le capital-­investissement, notamment dans tous les aspects extra-­financiers, et de l'expliquer dans l'entreprise.

Quels sont les objectifs de la charte de bonnes pratiques signée par l'Afic et Bpifrance?

L. G.: Bpifrance et l'Afic partagent la même volonté de promouvoir une pratique responsable du capital-investissement, attentive aux impacts environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance. Ces critères ESG, extra-­financiers, sont d'ailleurs intrinsèquement liés à l'amélioration de la valeur à long terme de l'entreprise.

Dans le domaine industriel par exemple, il y a beaucoup plus à gagner à stopper les processus polluants, qui font courir un risque d'image et une responsabilité légale, plutôt qu'à les poursuivre. Une entreprise polluante ou polluée, ce n'est pas seulement un problème éthique et de responsabilité: c'est aussi une importante réduction de la valeur de son capital. Nous sommes actuellement dans un processus de formalisation de ces concepts. Il y a une sensibilité très forte à ces enjeux en France.

Cette charte de bonnes pratiques vient aussi clarifier le rôle de Bpifrance sur le marché. Il s'agit d'une entité publique qui a vocation à stimuler le marché et à investir en tant qu'investisseur avisé. En revanche, Bpifrance n'a pas vocation à surenchérir dans des entreprises qui trouvent des investisseurs privés. Cette entité n'intervient qu'en partenariat avec des acteurs privés: c'est la meilleure garantie que l'argent public soit bien investi.

Pour plus d'informations sur le capital-risque, consultez l'infographie issue de l'indicateur Chausson Finance sur le capital-risque en France au second semestre 2013.

Bio express de Louis Godron
1989: diplômé de l'École centrale de Paris, Louis Godron commence ses activités en capital-investissement au sein du fonds Initiative et Finance.
1991: il rejoint Argos Soditic, groupe de capital-investissement européen indépendant.
1996: spécialisé dans l'investissement à long terme dans les sociétés non cotées, il prend la direction générale d'Argos Soditic France, où il participe à des transmissions d'entreprises et au financement de start-up.
2012: il devient président de l'Afic, après avoir été membre du conseil d'administration et trésorier.
À propos de l'Afic
Créée en 1984, l'Association française des investisseurs pour la croissance se revendique comme un organisme professionnel totalement indépendant, comptant 271 membres actifs, à savoir des structures de capital-investissement installées en France, et 166 membres associés issus de tous les métiers (cabinets d'avocats, sociétés d'expertise comptable, banques d'affaires...) qui accompagnent et conseillent les investisseurs en capital et les entrepreneurs dans le montage et la gestion de leurs partenariats. L'Afic publie chaque trimestre un baromètre concernant les levées de fonds Cleantech en France et réalise tous les ans une étude sur la place des femmes dans le capital-investissement, en partenariat avec Deloitte.
Le capital-investissement en 5 chiffres-clés (chiffres 2012)
6,1: montant, en milliards d'euros, investi dans l'économie par les acteurs français du capital-investissement.
80000: nombre d'emplois nets créés dans les entreprises soutenues par le capital-investissement.
82%: pourcentage de PME parmi les 1 548 entreprises qui ont été financées.
5 ans à 7 ans: durée moyenne du partenariat entre une entreprise et un investisseur en capital.
4%: progression du chiffre d'affaires des entreprises soutenues par le capital-investissement.