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[Interview] : " Il y a beaucoup de dossiers qui arrivent trop tard ", Jeanne-Marie Prost, médiatrice nationale du crédit aux entreprises

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La médiation du crédit existe depuis 5 ans. Gratuit et confidentiel, ce dispositif s'adresse aux entreprises de toutes tailles et de tous secteurs, en cas de difficulté de financement avec sa ou ses banque(s). Un recours d'actualité donc. Rencontre avec Jeanne-Marie Prost, la médiatrice nationale.

[Interview] : ' Il y a beaucoup de dossiers qui arrivent trop tard ', Jeanne-Marie Prost, médiatrice nationale du crédit aux entreprises

Quelles sont les relations de la médiation du crédit aux entreprises avec les banques ?

Notre médiation existe parce que les banques l'ont acceptée. La Fédération française bancaire s'est engagée à travers un accord de place qui a été renouvelé deux fois déjà. Celui-ci implique notamment que, dès lors que qu'une entreprise saisit le médiateur, sa banque accepte de maintenir ses lignes de crédit le temps de la médiation. Cela afin de permettre la négociation.

Quel est le taux de succès du dispositif ?

En moyenne au niveau national, la médiation permet de trouver une solution dans six cas sur dix.

Nota bene: La médiation est gérée localement par le directeur départemental de la Banque de France.

Quel type d'entreprise vient saisir le médiateur du crédit ?

Environ 95 % des entreprises qui nous saisissent comptent moins de 50 salariés. Mais nous traitons aussi des gros dossiers qui peuvent être traités localement ou, dans les cas plus complexes, remonter au niveau national.

Avez-vous des difficultés à convaincre les entreprises de recourir à la médiation ?

Le chef d'entreprise est quelqu'un qui n'aime pas parler de ses difficultés. C'est pourquoi, nous nous appuyons sur un réseau de tiers de confiance (chambres consulaires, experts-comptables, notaires...) qui sont en contact direct avec les dirigeants et peuvent les inciter à réagir. Mais je ne vais pas faire de langue de bois : c'est toujours très difficile. Et il y a malheureusement beaucoup de dossiers qui arrivent trop tard.

Quel bilan tirez-vous de l'année 2013 ?

Nous avons constaté une hausse de l'activité de médiation de l'ordre de 10 % sur l'ensemble du territoire, notamment à partir du printemps. C'est assez logique dans la mesure où l'année 2012 n'a pas été bonne et que la négociation avec les banques concernant les lignes de crédits des entreprises se fait sur la base des bilans de l'exercice précédent. Dans ce contexte, les banques tendent à demander des garanties supplémentaires et incitent à recourir à l'affacturage. Tout cela génère des difficultés entre chefs d'entreprise et banquiers. Nous sommes là pour faciliter le dialogue.

Et quid des difficultés en matière d'assurance-crédit ?

De la même manière qu'avec les banques, nous avons renouvelé notre accord avec les assureurs-crédit et avons mis en ligne, dans ce cadre, un site web (acheteurs-assurance-credit.fr) qui permet à toute entreprise évaluée par un assureur-crédit de connaître à tout moment sa situation. Par exemple, elle sera immédiatement informée en cas de dégradation de l'appréciation du risque la concernant. C'est un service gratuit et sur abonnement.

Depuis 2008, au niveau national :
- 41 517 entreprises ont saisi le médiateur du crédit
- 81 % des dossiers déposés ont été acceptés en médiation
- 29 279 dossiers ont été instruits et clos
- 5,5 milliards d'euros de crédit ont été débloqués
- 332 629 emplois ont été préservés ou confortés
- taux de médiations réussies : 62 %
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Propos recueillis par Yann Petiteaux