Mon compte Devenir membre Newsletters

Agnès Bricard : "Il faut accélérer la féminisation de la fonction Daf"

Publié le par

Agnès Bricard, présidente de la Fédération des Femmes Administrateurs, participera à une table ronde sur le thème "Femmes administrateurs : mode d'emploi" dans le cadre du 3e Congrès des Daf, le 1er juillet prochain.

Agnès Bricard : 'Il faut accélérer la féminisation de la fonction Daf'

Vous avez créé la Fédération des femmes administrateurs en juillet 2012. Quelles en étaient les motivations ?

Dans le mouvement de fond de féminisation du monde des affaires et plus généralement des responsabilités, deux textes - la loi dite Copé-Zimmermann de janvier 2011 pour le secteur privé et la loi Sauvadet de mars 2012 dans le domaine de la fonction publique - marquent des étapes importantes. Ce, notamment dans la mesure où ils font référence à des seuils obligatoires chiffrés et à un calendrier de mise en conformité s'agissant de la parité au sein des conseils d'administration. Il convient cependant de créer les conditions de leur bonne application : la Fédération des femmes administrateurs a ainsi été conçue comme une sorte de service après-vente de ces deux textes de loi.

Le rôle de la Fédération est d'abord de contribuer, aux côtés d'autres acteurs, à la professionnalisation du statut d'administrateur, ce qui est une nécessité absolue si l'on veut en finir avec la logique bien ancrée en France de la cooptation entre membres des mêmes réseaux ou des mêmes grandes écoles. Elle vise ensuite à encourager la mise en place de formations ad hoc et de dispositifs d'accompagnement des candidates. Elle a enfin pour but de promouvoir la visibilité des futures administratrices - ce qui a notamment été fait par la création, sur le site du ministère des Droits des femmes, d'un point d'entrée unique pour consulter la liste des femmes compétentes - ou encore à fluidifier les relations que devraient entretenir les parties prenantes, parmi lesquelles figurent notamment les cabinets de chasseurs de tête.

En qualité d'expert-comptable, votre interlocuteur dans l'entreprise est souvent le Daf. Comment appréhendez-vous cette fonction aujourd'hui ?

La fonction a sensiblement évolué au cours des dix à quinze dernières années. Elle a toujours nécessité une expertise technique élevée, dans le champ de la finance, du droit et des systèmes d'information ; cette compétence doit désormais être complétée par deux savoir-faire qui me paraissent centraux. Le premier, l'art du management, est déjà devenu une seconde nature chez de nombreux Daf, que l'on voit d'ailleurs fréquemment former des binômes avec le directeur général ou le président et qui sont presque systématiquement associés aux décisions importantes. Le second est une très bonne maîtrise de la communication financière : il est en effet nécessaire de se montrer pédagogue quand il s'agit de transcrire une réalité complexe, celle de l'entreprise et de son secteur, en termes simples - et de plus en plus souvent à l'aide du langage graphique. Il faut aussi savoir s'adapter à une gamme très variée d'interlocuteurs, qui va de l'actionnaire - individuel, familial, institutionnel - aux autres bailleurs de fonds que sont les banques, les établissements publics comme la Banque publique d'investissement, les sociétés de services financiers, les gestionnaires de fonds, les investisseurs, voire les marchés financiers.

La fonction Daf est aujourd'hui occupée à 22 % par des femmes, un chiffre que j'ai tendance à rapprocher de celui, proche, de la féminisation de la profession d'expert-comptable. Est-ce suffisant ? Non, et cela pour de multiples raisons, liées non seulement à l'application du principe d'égalité, mais aussi à des questions d'efficacité économique et managériale. Il faut donc accélérer la féminisation de la fonction de Daf et aller plus loin, en mettant tout en oeuvre pour briser le fameux plafond de verre qui empêche les femmes d'accéder à des postes de direction, dans les entreprises privées et publiques, dans la fonction publique, mais aussi dans le monde associatif, syndical, etc. Pour en revenir aux femmes Daf, elles possèdent des qualités propres tout à fait compatibles avec les savoir-faire indispensables que j'évoquais précédemment : une bonne appréhension du management et de la communication, à laquelle s'ajoute la capacité à travailler en équipe et à créer les conditions d'un travail collectif constructif.


Quels sont les enjeux majeurs auxquels les Daf devront faire face au cours des prochaines années ?

Le thème du financement des PME est au coeur des débats, tout particulièrement depuis la crise apparue en 2008. On parle beaucoup depuis deux ou trois ans de la désintermédiation, mais pour les PME, le financement provient encore à 95 % des banques ou de leurs filiales dans les domaines de l'affacturage et du crédit-bail notamment. Au moment où le crédit bancaire est davantage sélectif ou soumis à restrictions, il est opportun de penser aux mécanismes de garantie, ceux, par exemple, proposés par la Banque publique d'investissement. Par ailleurs, quand il s'agit de financer le cycle d'exploitation, par exemple en ayant recours à l'affacturage, il est indispensable de faire jouer la concurrence et de prendre le temps de comparer les conditions, prix, quotités finançables, etc.


Propos recueillis par Antoine Gendre.

Retrouvez ici le programme de la table ronde Daf au féminin et ici le programme complet du Congrès des Daf.