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DossierLa RSE, c'est aussi une affaire de Daf !

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9 - Quels indicateurs pour valoriser sa stratégie RSE ?

Traduire des indicateurs extra-financiers en langage financier semble un casse-tête. Mais, une fois franchis les premiers obstacles, valoriser sa stratégie environnementale ou sociale peut constituer un réel avantage concurrentiel. Mode d'emploi pour le Daf de PME.

Reporting intégré : comment expliquer la création de valeur.

Reporting intégré : comment expliquer la création de valeur.

1. Comprendre le contexte réglementaire

Depuis 2001, les entreprises françaises cotées ont une obligation de reporting sur une liste de thèmes environnementaux et sociaux. Novatrice, cette disposition n'a jamais été très contraignante puisqu'elle ne définissait ni indicateurs précis, ni périmètre, et n'était assortie d'aucune sanction. Cette injonction a entraîné la floraison de rapports de développement durable dans les très grandes entreprises. Beaux objets de communication, ils n'ont jamais été partie prenante de la communication financière des entreprises. L'idée était alors de mettre en valeur quelques opérations exemplaires plutôt que de valoriser une stratégie RSE globale.

Après le Grenelle de l'environnement, l'obligation de reporting a été étendue, via l'article 225 de la loi Grenelle 2 adoptée en 2010. Il fait obligation aux entreprises de plus de 500 salariés d'établir un reporting extra-financier et de faire certifier les données par un tiers externe. En tout cas théoriquement puisque, trois ans plus tard, grâce au lobbying intense des entreprises, aux errances sur les décrets d'application et à l'absence de texte sur la certification, le flou règne toujours sur les conditions d'entrée en vigueur d'un reporting fiable et pertinent, permettant de comparer les performances environnementales et sociales des entreprises, d'un exercice à l'autre et au sein d'un même secteur.

Pourtant, il s'agit d'un atout indispensable pour démontrer la pertinence d'une stratégie qui vise à diminuer des impacts environnementaux négatifs (consommation trop élevée d'énergie et/ou de matières premières...) et à améliorer des dimensions sociales-clés (parité hommes femmes, respect des droits des populations locales...).

2. Identifier le bon référentiel

Reporting intégré, agences de notation extra-financière, GRI (global reporting initiative)... Que cache ce vocabulaire de spécialistes ? L'évaluation des entreprises sur leur politique sociale, environnementale et de gouvernance s'est considérablement développée depuis une dizaine d'années en Europe, mais aussi dans d'autres parties du monde. Il existe des agences spécialisées dans la notation extra-financière comme la Française Vigeo, dirigée par Nicole Notat.

Elles peuvent faire des audits à la demande des entreprises, mais notent surtout les sociétés sur des critères environnementaux et sociaux. En principe, ces notes ne sont pas publiques et sont utilisées pour l'investissement socialement responsable (ISR), technique d'investissement qui sélectionne dans des portefeuilles les entreprises les mieux disantes en termes de RSE. En France, l'ISR pèse près de 150 milliards d'euros.

Ces entreprises sont repérées grâce à l'analyse de leur reporting, qui permet de constater la mesure ou non de leurs impacts environnementaux et sociaux ainsi que la manière dont elles gèrent leurs risques extra-financiers, et donc d'avoir une vision plus globale de leur stratégie RSE. Une démarche indispensable pour identifier les plus résistantes à long terme. C'est pourquoi le reporting extra-financier enveloppe, sous une même ombrelle, la mesure des émissions de gaz à effet de serre, celle des consommations d'eau et d'énergie, la politique de prévention des discriminations ou encore l'organisation de la gouvernance.

Choisir un cadre pour sa réflexion aide considérablement à structurer une démarche RSE, qui peut sembler partir dans tous les sens, et donc être plus difficilement partagée en interne comme à l'externe. On peut partir d'un premier élément que sont les sept questions centrales portées par l'ISO 26000, référentiel international de définition de la RSE : respect des intérêts des consommateurs et des clients, préservation de l'environnement, loyauté et responsabilité sur les marchés, valorisation du capital humain, respect des droits fondamentaux de la personne, équilibre entre intérêts de l'entreprise et intérêt général, et transparence du système de décision.

Il existe aussi des standards internationaux comme la GRI : elle propose des référentiels sectoriels, dont la qualité de la mise en oeuvre peut, ensuite, être évaluée par la GRI elle-même. Celle-ci est partie prenante d'une autre organisation, l'IIRC (International integrated reporting council), qui fait la promotion du reporting intégré. Il s'agit d'inciter les entreprises à synthétiser leurs données financières et extra-financières pour expliquer de façon concise et pertinente comment elles créent de la valeur. Les entreprises peuvent ensuite le compléter en mettant en ligne sur leur site internet des bases de données sur des indicateurs plus précis et nombreux.

3. Définir indicateurs et objectifs

Définir sa stratégie RSE passe par un premier travail d'identification des enjeux-clés pour l'entreprise. Par nature, ils varient selon les métiers mais, à titre d'exemple, on peut citer : forts besoins en eau pour la production de semi-conducteurs ou de verres de lunettes, pénurie de main-d'oeuvre qualifiée pour l'industrie pétrolière ou encore chaîne de sous-traitance pour le textile...

La seconde étape consiste à mesurer l'exposition de l'entreprise à ces enjeux-clés pour, enfin, fixer des objectifs de réduction ou d'amélioration des performances environnementales et sociales de l'entreprise. Or, chiffrer le coût de l'énergie consommée dans un contexte où il augmente inexorablement, identifier la dépendance à telle matière première en voie de raréfaction, mettre en place des politiques garantissant respect des droits humains et traçabilité des produits par ses fournisseurs pour éviter les scandales permet non seulement de gérer ses risques, mais aussi, à terme, de diminuer ses charges ou d'anticiper des changements de processus de fabrication. Cela semble donc logique d'intégrer, à la construction d'un plan stratégique, des objectifs d'amélioration assortis de l'évaluation des besoins en investissement pour les atteindre. Toutes celles qui l'ont fait ont, ensuite, chiffré et valorisé les gains que cela a représentés pour elles.

4. Valoriser son capital immatériel

Pour certains, la crise encourage les stratégies habituelles de "cost killing". Pour d'autres, elles ne sont que des palliatifs court-termistes, qui peuvent mettre en péril l'entreprise elle-même en la vidant de ses capacités d'innovation ou en fragilisant ses approvisionnements. Par exemple, la réduction de coûts qu'entraîne la sous-traitance en Chine ou au Bangladesh peut être réduite à néant si les clients désertent pour ne pas être soumis à des délais de livraison extensibles ou à une perte de qualité des produits. Valoriser différemment ses ressources humaines, mettre en avant ses investissements en formation, mettre en place des politiques d'achats qui évitent les fournisseurs les plus exposés aux risques environnementaux et sociaux ne relèvent pas d'une politique "bisounours", mais de l'idée qu'à long terme, les entreprises résistantes sont celles qui protègent les territoires et les emplois, qui sont la source de leur développement.

Cela permet aussi de gagner des parts de marché, mais à condition de fournir des éléments de preuve, de s'appuyer sur des labels, des indicateurs de suivi, et des chiffres démontrant que la RSE n'est pas un gadget, mais un processus stratégiquement intégré.


L'experte

Anne-Catherine Husson-Traoré, directrice générale de Novethic

Filiale de la Caisse des Dépôts, Novethic est un centre de recherche et d'expertise sur l'investissement socialement responsable (ISR) et un média expert sur le développement durable. Créé en 2001, Novethic est aujourd'hui l'unique source de statistiques sur le marché français de l'ISR. Le centre de recherche analyse d'un point de vue quantitatif et qualitatif la progression de la prise en compte de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans la gestion d'actifs et y consacre des études thématiques.

www.novethic.fr

Anne-Catherine Husson-Traoré

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