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En entreprise, la blockchain sera privée ou ne sera pas

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Quels sont les cas d'usage qui justifient le recours à une blockchain?

Si la blockchain est une innovation prometteuse, cependant, elle ne doit pas être considérée comme une solution miracle adaptée à n'importe quelle situation (lire à ce sujet - en français - l'article "Blockchain is the answer, but what was the question?"). La mise en place d'une blockchain doit répondre à des cas d'usage précis, impliquant surtout la gestion de grands volumes de données partagés par plusieurs participants indépendants. Pour Sébastien Couture, directeur marketing de Stratumn, un projet pour lequel une blockchain privée constitue une solution pertinente doit répondre à 3 critères-clés:

  • un processus numérisable interorganisation,
  • la réunion de participants ayant entre eux une confiance limitée,
  • besoin de partager certaines informations et d'en masquer d'autres.

Dans nombre de cas, une simple base de données sera suffisante, et le recours à une blockchain ne se justifiera pas. Pour l'heure, ce sont surtout les grands groupes, comportant de nombreuses filiales, notamment dans les secteurs de la banque, de l'assurance ou encore de l'énergie, qui lancent des expérimentations.

[Cas pratique] L'amélioration de la traçabilité des documents de sécurité chez Thales

Créée en 2015, la société Stratumn propose aux entreprises de mettre en place des blockchains privées, via le protocole Proof of process, qui permet d'assurer l'intégrité de la donnée partagée entre clients, partenaires et un régulateur.

Elle a ainsi mis en place chez Thales une blockchain visant à améliorer la traçabilité des documents de sécurité, afin de répondre aux besoins de projets de construction de biens industriels complexes, incluant de nombreux acteurs (par exemple la construction d'un métro, projet impliquant de nombreuses sociétés et qui va courir sur plusieurs années). Dans ce type de configuration, la centralisation de la gestion de projet est souvent problématique, la multiplication des intervenants et des modes de transmission des informations entraînant un manque de transparence sur la provenance des documents de sécurité, ainsi qu'un risque de corruption des données de certification.

Stratumn a donc développé pour Thales une plateforme qui permet de garantir la traçabilité de ces documents, avec un même système partagé entre les intervenants. Ce registre permet de valider la transmission de chaque document, tout en préservant la confidentialité de son contenu, qui n'est pas révélé. Il est également possible de valider certains éléments du contenu sans pour autant les dévoiler, grâce à la cryptographie.

Un ovni juridique et des ressources encore rares

Si le potentiel est bien là, la mise en pratique soulève plus de questions qu'elle n'apporte de réponses. Sur le plan juridique, notamment, la blockchain ne possède encore aucune définition, a rappelé Me Lise Breteau, avocate associée chez Osborne Clarke Selas. Avec l'entrée en vigueur du RGPD, la question des données à caractère personnel se pose: les informations placées dans une blockchain sont conservées sans limitation de durée, alors que le nouveau règlement européen impose le principe de conservation limitée des données à caractère personnel. "Il est donc nécessaire d'analyser en détail quelles données seront sur la blockchain, a insisté l'avocate. Une blockchain peut être compatible avec le RGPD si on gère correctement le traitement des données qui y sont conservées." On peut donc supposer que ce ne sont pas les données personnelles en elles-mêmes que les organisations stockeront dans une blockchain, mais, par exemple, la preuve qu'elles ont été validées.

Autre difficulté face à cette technologie: "En matière de blockchain, les ressources sont rares et les compétences encore plus", selon Frédéric Maserati (Keyrus). Trouver des profils techniques suffisamment pointus pour mettre en place des POC est loin d'être évident. D'autant plus que la technologie blockchain n'est pas encore arrivée à maturité et est encore en phase de R&D: "Elle est donc challengée en permanence", souligne Christophe van Cauwenberghe (Société Générale).

Pour l'heure, compte tenu des contraintes réglementaires et des questions de confidentialité, les entreprises expérimentent surtout sur les possibilités d'automatisation et de validation qu'offre la blockchain, bien que le champ des possibles soit bien plus vaste. Le stockage des données en elles-mêmes, et surtout leur analyse, sont encore assurés par des dispositifs classiques, la technologie blockchain venant en complément. Si ce n'est pas demain que la blockchain viendra remplacer vos différentes bases de données, analyser le potentiel de cette technologie et envisager les cas d'usages possibles, en fonction de son activité et de son organisation, constitue un premier pas important pour ne pas se laisser dépasser. Encore une nouvelle chicane dans le virage numérique!

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