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Affacturage confidentiel: un outil à réserver aux entreprises structurées

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Si l'affacturage fournit à l'entreprise un financement souple, régulier et pérenne de son BFR, il véhicule pour certains une mauvaise image, et présente le risque d'une dégradation des relations avec les clients. L'affacturage confidentiel permet d'éviter ces inconvénients. Comment y accéder?

@ © Wolna - Fotolia.com

Les entreprises françaises sont de plus en plus nombreuses, chaque année, à faire appel à des solutions d'affacturage. Ce procédé consiste à céder ses créances à un organisme extérieur, appelé le factor. L'entreprise dispose ainsi de liquidités immédiates, sans attendre l'échéance de règlement, puisque le factor crédite le compte courant de l'entreprise le jour même où les factures lui sont remises. Complétant ou remplaçant les crédits bancaires traditionnels, comme l'escompte ou le découvert, cette solution est en général recommandée aux entreprises souffrant d'une trésorerie trop serrée, ou à celles qui souhaitent adresser des besoins liés à une augmentation rapide de leur chiffre d'affaires. Plusieurs solutions d'affacturage existent: l'affacturage géré non notifié (qui permet à une entreprise de céder la créance à une société externe tout en informant ses clients), la subrogation (une méthode de recouvrement où l'entreprise indique à son client qu'elle doit régler la facture directement à une société d'affacturage), et l'affacturage confidentiel. Cette dernière option présente la particularité que la relation avec le factor n'est pas portée à la connaissance des clients. L'entreprise fait financer ses créances commerciales tout en conservant en interne la gestion intégrale du recouvrement. Une fois les factures réglées à l'entreprise par son client, celle-ci devra à son tour restituer les fonds au factor tous les jours ou toutes les semaines, selon les modalités du contrat. En général, les entreprises qui jouissent d'une situation financière robuste optent pour cette solution.

LA RELATION CLIENT-FOURNISSEUR PRESERVEE

Premier atout de cette option: l'image de l'entreprise ne souffre pas, puisque le recours à une société d'affacturage n'est pas ébruité. Le deuxième avantage: la société conserve la main sur la gestion du poste clients ainsi que sur les créances commerciales qu'elle établit. Une façon de pérenniser l'aspect relationnel et, ainsi, d'écarter un des inconvénients de l'affacturage traditionnel: la dégradation de la relation client-fournisseur. A noter que l'entreprise devra aussi effectuer les relances en cas d'impayés et, éventuellement, faire intervenir son service du contentieux, le cas échéant. En revanche, en cas d'insolvabilité des débiteurs, l'entreprise est protégée, puisque les contrats d'affacturage confidentiels incluent également une assurance-crédit. Si l'un de ses clients dépose le bilan, la société est donc indemnisée.

LES CONDITIONS D'ACCES A L'AFFACTURAGE CONFIDENTIEL

Comme souvent concernant les produits bancaires ou de crédit, les options accessibles aux sociétés dépendent de leur taille, ainsi que de leur solidité financière. Toutes les entreprises ne pourront donc pas accéder à l'affacturage confidentiel. Les deux critères sur lesquels le factor va se pencher au moment de prendre une décision sont le chiffre d'affaires de l'entreprise et son efficacité en termes de recouvrement de créances. Seules les entreprises solides, et surtout structurées, peuvent donc faire appel à ce type de solution. En dessous d'un certain seuil, les factors proposent généralement d'autres prestations, comme l'affacturage classique, géré notifié, notifié non géré... GE Capital, par exemple, ne propose des solutions d'affacturage confidentiel qu'aux sociétés qui enregistrent, au minimum, 8 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel TTC. «Ce chiffre n'a rien d'arbitraire, explique Patrice Coulon, directeur général délégué de GE Capital. Souvent, en deçà, les entreprises n'ont pas l'infrastructure suffisante pour disposer d'équipes dédiées au recouvrement des créances. Or, quand la société n'est pas en mesure de recouvrer ses créances, nous ne pouvons pas intervenir en affacturage confidentiel. »

UNE OFFRE QUI DEMEURE CONCENTREE

En revanche, le secteur d'activité de l'entreprise n'entre pas en ligne de compte, pas plus que la structure de son capital. « Il peut s'agir de sociétés qui ont une activité domestique ou à l'international, avec un actionnariat familial ou financier. Ainsi, nous avons la chance de travailler avec des entreprises présentes sur un grand nombre de secteurs d'activité», souligne Patrice Coulon. En France, il existe une vingtaine de sociétés qui sont dédiées à l'affacturage. «C'est un marché mature et concentré», commente Françoise Palle-Guillabert, déléguée générale de l'ASF (Association française des sociétés financières). Avec plusieurs milliers de clients, GE Capital est le leader de l'affacturage en France. A l'instar de la plupart de ses concurrents (comme Natixis Factor, BNP Paribas Factor, ou encore Crédit Agricole Leasing & Factoring), le factor gère environ 50 % de ses encours en affacturage confidentiel.

DES TARIFS TRES VARIABLES SELON LES CIRCONSTANCES

Les tarifs pratiqués par les factors sont très variables et sont, en général, définis en fonction des caractéristiques de la société cliente. Les critères entrant en ligne de compte sont la quantité de créances cédées et la taille moyenne de la créance, mais aussi la qualité de la clientèle. Le coût représente généralement un taux compris entre 0,10 et 0,90 % du chiffre d'affaires cédé, mais peut atteindre jusqu'à 1,80 % pour les TPE.

A noter que certaines sociétés d'affacturage peuvent décider de faire appel à des cabinets d'audit pour vérifier l'efficacité du recouvrement et la qualité des créances. Une démarche qui permet au factor de déterminer son exposition en termes de risques.

POUR ALLER + LOIN

L'AFFACTURAGE RESISTE A LA CRISE
Selon les chiffres de l'ASF (Association française des sociétés financières), près de 37 000 entreprises ont fait appel à l'affacturage en 2011, soit une hausse de 4,8 % par rapport à 2010. Si ces statistiques ne font pas la différence entre affacturage notifié et confidentiel, ce dernier représente environ la moitié des encours gérés. En volume, le montant des créances prises en charge dans le cadre d'un contrat d'affacturage a atteint 174 milliards d'euros (+ 13,9 %). L'ASF constate toutefois une baisse de la croissance depuis le début de l'année, puisque le marché n'a progressé que de 8,1 % au premier semestre 2012, à hauteur de 91,6 milliards d'euros.

LAURENT VRONSKI, vice-président de CroissancePlus

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LAURENT VRONSKI, vice-président de CroissancePlus

AVIS DE L'EXPERT
L'affacturage est un produit simple en apparence»

«L'affacturage confidentiel a été créé en raison de la mauvaise réputation que véhicule l'affacturage traditionnel», rappelle Laurent Vronski, vice-président de l'association CroissancePlus. «Le premier réflexe, quand on entend parler d'une entreprise qui fait de l'affacturage, est souvent de se dire qu'elle a déjà un pied dans la tombe, explique-t-il. Le côté confidentiel permet d'éviter d'être affecté par cette image négative», ajoute-t-il. Selon lui, pour beaucoup d'entreprises, l'affacturage représente surtout le moyen d'obtenir du cash tout de suite. «Je pense que l'affacturage confidentiel intéresse beaucoup de sociétés, car il s'agit d'un produit simple en apparence: il ne demande qu'une rapide négociation avec le factor au début du contrat», analyse-t-il.
Cependant, «les dirigeants raisonnent parfois seulement en termes de liquidités, ce qui est pour moi une erreur», ajoute Laurent Vronski. En effet, le vice-président de CroissancePlus estime que les entreprises négligent trop souvent une étape indispensable d'analyse avant d'opter pour une telle solution. «Il faudrait systématiquement effectuer un comparatif précis entre le coût de recouvrement des créances et les impayés d'un côté, et le coût de l'affacturage de l'autre, avant de se lancer dans un tel processus. Pour certaines sociétés, cela peut être un produit de financement du BFR intéressant, mais il est indispensable de faire une étude comparative en prenant en compte d'autres solutions, comme l'assurance-crédit», juge-t-il.