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Trésorier d'entreprise

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En période de tensions sur les résultats et de renchérissement des financements, le trésorier est devenu le baromètre de la santé financière de l'entreprise. La crise a mis en lumière son rôle vital dans la gestion des flux et des risques financiers.

A vec la crise, le trésorier a été sollicité pour optimiser le cash, gérer la dette, affiner les prévisions de trésorerie », observe Fabrice Coudray, directeur chez Robert Half International. Si 59 % travaillent dans des groupes réalisant plus d'un milliard d'euros de CA, « la fonction existe dès que l'entreprise réalise 100 millions d'euros de CA », note Hélène Guessant, responsable du club Moyennes Entreprises de l'AFTE, association française des trésoriers d'entreprise. Selon Fabrice Coudray, « le recours à des trésoriers de transition est une nouvelle tendance ».

Sa mission

Interlocuteur au quotidien des banquiers, généralement rattaché au Daf, le trésorier a pour principale mission de gérer la position de trésorerie de l'entreprise et de couvrir ses risques de taux et de change. « A l'intersection des flux financiers, le trésorier dialogue avec les différents services, en particulier achats et ventes », souligne Richard Cordero, délégué général de l'AFTE. Si son entreprise est structurellement emprunteuse, son principal objectif consiste à gérer sa dette: assurer le renouvellement des lignes de crédit, négocier les conditions bancaires, élaborer des financements adaptés... Si, au contraire, l'entreprise dispose d'excédents, le trésorier va alors les placer tout en optimisant le couple rendement-risque de ces placements. En contact permanent avec les banques, c'est aussi lui qui anticipe et négocie le renouvellement des crédits. Au-delà de la gestion des positions et des financements, le trésorier est aussi de plus en plus impliqué dans les sujets liés à l'optimisation du cash: choix des moyens de paiement de l'entreprise et de ses clients, mise en place d'un «cash pooling» (centralisation du cash)... En veille permanente, il a vu son rôle évoluer au fil du temps: « En 15 ans, j'ai vu mon métier en constante évolution, du fait des changements réglementaires, juridiques, bancaires, financiers et technologiques », confie Jean Dupont, consultant en trésorerie chez Predica. Au point que, dans les grands groupes, où les équipes de trésorerie peuvent comprendre de 15 à 50 personnes, chaque membre se spécialise sur un sujet précis. En revanche, dans les PME, le trésorier couvre l'ensemble du panorama. Pour sa part, Hélène Guessant apprécie le circuit hiérarchique court inhérent à la fonction, la multiplicité des domaines traités et la vue globale de l'entreprise qu'apporte le métier. De nombreux trésoriers ambitionnent d'ailleurs d'évoluer vers une direction financière, même si une étape intermédiaire s'impose souvent: « Un passage par l'audit interne, le contrôle de gestion ou les relations investisseurs viennent compléter les compétences acquises au sein de la fonction », recommande Fabrice Coudray.

Sa formation

La plupart des trésoriers sont issus de l'université (44 %) ou d'écoles de commerce (38 %) ; 4,5 % d'entre eux seulement sont des ingénieurs. Si le nombre de postes à pourvoir est relativement restreint, les compétences dédiées sont rares également. « Il n'existe pas de formation entièrement tournée vers l'apprentissage du métier, hormis l'IGR de Rennes et le master 2 de l'AFTE et de l'université Panthéon Sorbonne », indique Hélène Guessant. Cette formation accueille chaque année une vingtaine d'étudiants formés en contrat d'apprentissage. Une bonne façon d'appréhender très concrètement les différents aspects du métier, en commençant par exemple comme assistant responsable financement ou assistant trésorerie.

Malgré sa volumétrie réduite, le métier de trésorier est relativement fluide. « Les trésoriers d'entreprise changent de poste tous les trois à cinq ans ; ils connaissent une évolution de carrière dynamique », indique Fabrice Coudray. Et conscients de leur valeur, « les candidats, exigeants, ont une lecture attentive des propositions: ils recherchent des responsabilités, un avenir, un dirigeant... »

Ses qualités

Fiabilité, exactitude et honnêteté: « Pour gérer les flux financiers, la confiance est nécessaire. Le trésorier doit faire preuve de rigueur, de précision et de réactivité. Dans nos métiers, une erreur se voit tout de suite et les impacts peuvent être considérables », estime Hélène Guessant. Maîtrisant aussi bien les activités de marché que la complexité des contrats bancaires, le trésorier est un technicien capable de jongler avec les tableurs Excel et les différents systèmes informatiques. « Le service trésorerie est le seul service administratif qui travaille à flux tendus et en temps réel. Sur les marchés, quand une opportunité se présente, il faut la saisir immédiatement », estime Jean Dupont. Agissant selon la politique de financement fixée en accord avec le Daf et la direction générale, le trésorier est autonome au quotidien. « Il doit être capable de s'auto-valider et, bien sûr, de maîtriser les chiffres et les systèmes informatiques », souligne Hélène Guessant. Il ne rechigne pas à s'immerger dans des sujets relativement techniques (actuellement la disparition du protocole de télétransmission Etebac et la migration vers le SEPA sont à son programme...) et à utiliser les plateformes informatiques de transmission d'ordres. Son poste comprend par ailleurs un volet «reporting» relativement poussé: il doit en effet rendre compte au quotidien de la situation des comptes et des positions de couverture qu'il a engagées ; et dans les sociétés sous LBO, les prévisions de trésorerie à différentes échéances sont examinées à la loupe et constamment réactualisées. Enfin, la maîtrise des impacts comptables des opérations financières est devenue un «must» depuis l'entrée en vigueur des normes IFRS.

Technicien précis mais aussi diplomate, le trésorier doit aussi être un fin négociateur lorsqu'il s'agit de discuter les tarifs pratiqués par les banques et de fixer le niveau des taux d'intérêt des emprunts. Par ailleurs, même s'il dispose d'équipes relativement réduites, « le poste comprend beaucoup de management transversal notamment avec les responsables financiers des filiales qui gèrent, sans en être spécialistes, des activités de trésorerie. Le service trésorerie du siège agit alors comme un véritable animateur et pôle de compétences techniques au service des filiales et du groupe », souligne Hélène Guessant.

Sa rémunération

La rémunération du trésorier a bien traversé la crise. Selon l'enquête menée par l'AFTE et Robert Half, le revenu moyen s'établit à 83 kEuros, en augmentation par rapport à la précédente enquête de 2006, quel que soit le niveau dans la pyramide des salaires: ainsi, une part de trésoriers plus faible (8,7 %) qu'en 2006 perçoit moins de 40 kEuros, et une part plus importante (20,1 %) d'entre eux touche un salaire de plus de 100 kEuros. Toutefois, l'échantillon révèle que les hommes connaissent une progression de salaire plus régulière que celle des femmes: la rémunération moyenne de celles-ci est, en effet, inférieure de 16,7 % à la rémunération moyenne de leurs homologues masculins. Pour plus de 80 % des trésoriers, la part de la rémunération variable représente moins de 20 % de la rémunération annuelle. Cependant, un pourcentage croissant d'entre eux (39 %) perçoit entre 10 % et 20 % de leur rémunération sous cette forme. Enfin, la politique d'avantages en nature semble connaître un développement important: près de 80 % des trésoriers bénéficient d'un plan d'intéressement et d'une participation ; 27 % d'entre eux ont une voiture de fonction, et près de 24 % profitent de l'attribution d'actions gratuites liées à la performance.»

HELENE GUESSANT, RESPONSABLE DU CLUB MOYENNES ENTREPRISES DE L'AFTE

HELENE GUESSANT, RESPONSABLE DU CLUB MOYENNES ENTREPRISES DE L'AFTE

HELENE GUESSANT, RESPONSABLE DU CLUB MOYENNES ENTREPRISES DE L'AFTE

« Le poste comprend du management transversal, notamment avec les responsables financiers des filiales. »

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FLORENCE KLEIN