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Thierry Luthi, un Daf au service de sa profession

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Thierry Luthi, Daf de Cegid, premier éditeur français de logiciels, et président de la DFCG (Association nationale des directeurs financiers et de contrôle de gestion), a construit une direction financière qui se distingue par son positionnement à l'égard des services opérationnels. Décryptage du succès de ce Daf, champion du management des hommes.

Vous êtes arrivé en tête du palmarès 2011 des directions financières des entreprises de moins de 500 millions de chiffre d'affaires, établi par la DFCG (Association nationale des directeurs financiers et de contrôle de gestion). Quelles sont les clés de ce succès?

La gestion des ressources humaines se classe parmi mes priorités. Sur ce point, je précise que c'est en grande partie la redéfinition de notre mode de management qui nous a conduits à ce succès. En 2009, nous avons décidé de mettre en place une salle de pilotage qui réunit plusieurs fois par an les managers de la direction financière. Lors de cette rencontre, nous fixons collectivement les axes prioritaires sur les sujets transversaux, comme le suivi des contrats, le recouvrement des clients ou encore le back-office international. Nous déterminons également nos interlocuteurs internes et externes et établissons des leviers d'action classés par niveau, afin d'atteindre des objectifs transversaux. Le manager occupe une place centrale dans le processus. Il ne peut se contenter d'être expert dans son métier, son rôle consiste aussi à permettre à son équipe de progresser.

Par ailleurs, je mets l'accent sur le perfectionnement de mes équipes à travers un programme de formation. Ainsi, les membres de la direction financière reçoivent la formation nécessaire pour assurer une relation client de qualité. En effet, composée de plus de 100 collaborateurs, elle fonctionne comme un centre de services partagés au service de toute l'entreprise. Elle se trouve donc au plus près de la relation client en participant à l'ordonnancement des commandes et à l'élaboration des contrats de service.

Le respect des engagements internes et externes a une part importante dans vos priorités. Est-ce, pour vous, une manière de gérer les risques?

Nous avons élaboré une cartographie des risques qui nous permet de mieux les appréhender, donc de les gérer. Nous faisons régulièrement des reportings sur ce suivi des risques. Bien entendu comme toute société cotée, nous avons un comité d'audit, mais nous abordons ces sujets beaucoup plus dans une démarche pédagogique que dans une démarche de contrôle. Le respect des engagements et des délais constitue un bon moyen de gérer les risques. Nous appliquons d'ailleurs cette méthodologie dans le cadre des arrêtés de comptes, ce qui nous permet, au-delà de l'exactitude, de boucler l'arrêté dans un temps assez court après la clôture (les comptes semestriels sont arrêtés par le conseil d'administration dans la troisième semaine de juillet).

Vous avez obtenu votre diplôme d'expert-comptable alors que vous aviez déjà une carrière professionnelle bien engagée. Comment avez-vous pu mener de front études et carrière?

Ayant suivi un cursus universitaire de grande qualité en économie/comptabilité/finance, j'ai eu l'opportunité de choisir la filière expertise comptable, sous l'impulsion de deux enseignants remarquables, Alain Burlaud et Claude Simon. Ensuite, fraîchement diplômé d'une maîtrise (MSTCF) et du DESCF (diplôme préparatoire au diplôme d'expertise comptable), j'ai eu la chance de débuter ma carrière dans l'audit chez Ernst & Young, d'effectuer le stage obligatoire de trois ans et de passer les examens finaux pour le DEC (diplôme d'expertise comptable). Si le vocable a changé aujourd'hui, la filière reste la même. Je l'encourage car elle permet de pouvoir choisir entre l'exercice de la profession en entreprise ou en libéral, ce qui est à mes yeux une opportunité extraordinaire et rare.

@ Aurélie Raisin 2011

REPERES

Raison sociale: Cegid Group
Activité: Editions de logiciels de gestion
Forme juridique: SA
Dirigeant: Patrick Bertrand
Effectif: 2000 salariés
CA 2011: 264 MEuros

Adhérant de la DFCG depuis 2002, vous en êtes désormais président. Comment conciliez-vous vos fonctions de Daf avec vos responsabilités au sein d'une association professionnelle aussi active?

En tant qu'ancien président de la région Rhône-Alpes-Auvergne (près de 50 manifestations par an, plus de 310 membres au 31 décembre 2011, soit un doublement en cinq ans) et vice-président exécutif en charge des régions, je partageais déjà mon temps entre Cegid et la DFCG. J'ai pris la décision de présenter ma candidature, considérant que je disposais d'une équipe organisée capable de poursuivre ses activités au sein de Cegid et de relever de nouveaux défis, dans un contexte où Cegid me permet aussi d'être actif au sein de la DFCG. Compte tenu de mon implication et de ma connaissance de l'association, de ses fondamentaux, de son organisation et de son équipe de permanents, j'ai considéré que tous les atouts étaient réunis pour relever ce challenge.

Quels chantiers se profilent sous votre mandature à la DFCG?

La DFCG doit se doter des moyens qui lui permettront de prendre place dans les débats sur des thèmes directement liés à la finance d'entreprise, mais aussi ceux qui peuvent influer les décisions des directeurs financiers-contrôle de gestion. Elle restituera les travaux de recherche qu'elle mène avec le concours de partenaires et les résultats des actions qui émaneront de sa fondation, dont le but est de soutenir l'accessibilité des métiers de la finance pour les étudiants post-prépa ou post-master et la recherche sur ces métiers. Nous aurons aussi à renforcer la filière con trôle de gestion, qui doit nous permettre d'élargir notre périmètre d'action et de conquête de nouveaux membres, gage de développement et de pérennité pour la DFCG.

Vous avez traversé l'Atlantique il y a quelques années: quels enseignements avez-vous tirés de cette forte expérience?

C'est un challenge personnel en sommeil depuis le début de ma carrière professionnelle et surtout la possibilité de réaliser une passion. Je considère que la pratique de la voile, a fortiori à l'occasion d'une croisière longue, constitue une formidable opportunité de valider les valeurs qui conduisent notre action au quotidien. Je dis souvent que, si je devais créer une entreprise avec d'autres personnes, je proposerais de faire «un tour en mer» en choisissant une période de l'année et un circuit qui apportent les conditions d'un vrai challenge, avant tout humain.

BIO EXPRESS

1990: Chef de mission chez Ernst & Young, Thierry Luthi devient directeur du département solutions reporting clients chez Servant Soft, éditeur de solutions de gestion comptable et fiscale.
1991: Il obtient le diplôme d'expert comptable.
1994-1997: Directeur de mission au sein du cabinet d'audit Cogerco Flipo, puis responsable normes de consolidation et de reporting du groupe BNP, il revient chez Servant Soft comme Daf.
1999: Servant Soft est racheté par Cegid. Il est nommé Daf du groupe.
Novembre 2011: Il est lauréat, avec son équipe, du palmarès des directions financières de la DFCG, pour les entreprises de moins de 500 MEuros de CA.
1er janvier 2012: Adhérent de la DFCG depuis 2002, Thierry Luthi est élu président.