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Avez-vous le look Daf?

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Peu de jupes dans la profession... Les hommes qui «squattent» les postes changent leur look selon le secteur d'activité de leur entreprise et leur auditoire. La majorité balance entre les attributs du financier bon teint et une allure plus décontractée.

Un matin, pour ne pas réveiller son épouse, Xavier Ronot, 45 ans, Daf du groupe Defrenne, distributeur de matériel pour le BTP, choisit une paire de chaussettes sans allumer son dressing. Au lieu de prendre les noires, il attrape des bleues. Ce jour-là, il est attendu pour une réunion importante au cours de laquelle il doit présenter des «mauvais chiffres» aux responsables des centres de profit du groupe. Perçu comme une touche de fantaisie, ce choix hasardeux est aussitôt remarqué par l'assemblée, qui en profite pour tacler son Daf. Rien de grave, mais l'homme, qui a pour habitude «d'habiller la fonction» de manière traditionnelle, s'en souvient encore! Les Daf devraient-ils tous afficher un look austère? Costume sobre (aux couleurs sombres bleu marine, gris foncé, noir), chemise impeccable, cravate, bouton de manchettes, rasé de frais? Ou, au contraire, ont-ils le droit, voire le devoir, de varier leur panoplie? La réponse n'est pas si simple, car elle dépend du secteur d'activité, des missions et des interlocuteurs rencontrés.

En règle générale, dans l'enceinte de l'entreprise, les Daf adoptent le vestiaire propre à leur secteur d'activité et à la culture de la structure qui les emploie. La raison en est simple: pour s'intégrer, mieux vaut ressembler aux membres du clan.

ALEXANDRE CANNISSIE, DAF DE CREDITSAFE

ALEXANDRE CANNISSIE, DAF DE CREDITSAFE

ALEXANDRE CANNISSIE, DAF DE CREDITSAFE

« Lorsque je rencontre des clients ou des partenaires du monde de la finance, je revêts mes habits de lumière! »

JEAN-PAUL ADNET, DAF DE HOPSCOTCH

« Au fond, il faut bien se démarquer pour surprendre et jouer le rôle du méchant. »

LES GOUTS ET LES SECTEURS

Globalement, le secteur de la finance demeure traditionnel: costume sombre, chemise blanche ou gris clair, cravate. « Lorsque je rencontre des clients ou des partenaires du monde de la finance, je revêts mes habits de lumière! », déclare Alexandre Cannissié, Daf de Creditsafe, société spécialiste de l'information commerciale et financière, qui qualifie ainsi le costume-cravate exigé. En revanche, au quotidien, dans les locaux de l'entreprise, qui revendique haut et fort les valeurs d'audace, de challenge, d'originalité et d'honnêteté, Alexandre Cannissié s'habille plutôt en jean.

Dans le secteur industriel, le transport, la logistique, le bâtiment ou l'agroalimentaire, le Daf peut porter une tenue légèrement plus décontractée, surtout lorsqu'il visite les ateliers ou les chantiers. Dans la communication aussi, le look est moins sévère et plus original. Jean-Paul Adnet, 45 ans, Daf de Hopscotch, agence de RP et de web social (150 collaborateurs), aime afficher une élégance à l'italienne, arbore une écharpe et cultive son côté dandy. « Au fond, il faut bien se démarquer pour surprendre et jouer le rôle du méchant », avoue celui qui relâche la pression le vendredi.

Mais le grand bol d'air vient des NTIC: dans les start-up et l'e-commerce, les Daf n'ont jamais porté de cravates. A 44 ans, Patrice Coffe, Daf de Concoursmania, n'en met que « lors de grandes réunions annuelles et des rencontres avec les partenaires financiers, tels que les banquiers, les analystes financiers, ou les actionnaires », pour, dit-il, « s'adapter au secteur ». Mêmes habitudes chez OVH, hébergeur de sites web, où Nicolas Boyer, un jeune Daf de 32 ans, arbore une tenue «décontractée»: jean, chemise ou polo. «Le département finance fait partie de l'entreprise, je n'ai aucune raison de ne pas en adopter les codes», glisse-t-il. Le secteur et les missions déléguées au Daf expliquent ce look différent. Selon Frédéric Commandeur, 47 ans, Daf indépendant et gérant de la société de conseil CFO Partners, «dans les entreprises de croissance, le Daf devient CFO, il est moins un gardien du temple qu'un homme du business, il fait partie du management et en adopte donc le look plus cool ». Une explication que confirme Jérôme Traisnel, p-dg de SlimPay, établissement de paiement qui compte de nombreux Daf dans sa clientèle: «En devenant CFO comme dans les staffs américains, le Daf est probablement plus accessible qu'avant et cette posture se traduit par une tenue plus décontractée. »

NICOLAS BOYER, DAF D'OVH

NICOLAS BOYER, DAF D'OVH

NICOLAS BOYER, DAF D'OVH

«Le département finance fait partie de l'entreprise, je n'ai aucune raison de ne pas en adopter les codes. »

DES CIRCONSTANCES «ATTENUANTES»

A l'international, malgré la mondialisation, chaque région cultive ses particularismes. La mode n'échappe pas à la règle. En Europe, le chic anglais, qui allie classicisme et originalité, rivalise avec l'élégance française ou italienne, qui privilégie les costumes de créateur bien coupés. Au Japon, où les symboles sont particulièrement prégnants, le costume est de rigueur et les vêtements décontractés à bannir. Idem en Chine, où «il vaut mieux se présenter en costume classique, car avec les Chinois, la prise de contact est essentielle et ils apprécient la mode française», explique Jean-Paul Adnet. Aux Antilles, en revanche, la décontraction est de mise! Alors en poste comme Daf de crise du groupe Lancry - repris en janvier 2012 par le groupe Parfait - Philippe Mularski s'est rendu en costume-cravate à une audience du tribunal de commerce et s'est retrouvé seul dans cette tenue! «En Martinique, nous ne portons pas de veste, mais du coup, nous choisissons des chemises de couturier, bien coupées. »

Selon les circonstances, Ari Bensimon, Daf de Buyster, change de look. Car l'entreprise pour laquelle il travaille est une start-up d'un genre particulier: c'est un établissement de paiement qui propose un service innovant. «J'évolue à la fois dans l'ambiance décontractée chère aux start-up et dans l'univers bancaire qui l'est moins. Aussi, j'ai deux looks, un pour le bureau (jean et chemise) et l'autre plus traditionnel (costume), pour rencontrer les partenaires extérieurs, qu'il s'agisse de l'autorité de tutelle, la banque de France, ou des autres banques», explique-t-il. Car il y a des réunions où l'on ne badine pas avec sa tenue vestimentaire. C'est aussi ce que pense Frédéric Biard, 36 ans, DGA d'ID-TGV, qui fait office de Daf: «Je suis toujours rasé de frais, en costume. Il m 'arrive de porter une cravate lors des rendez-vous importants, lorsque je représente l'entreprise, car les préjugés persistent. »

PATRICE COFFE, DAF DE CONCOURSMANIA

PATRICE COFFE, DAF DE CONCOURSMANIA

PATRICE COFFE, DAF DE CONCOURSMANIA

«La cravate? Je la porte uniquement quand je rencontre banquiers, analystes financiers, ou actionnaires, pour m'adapter. »

A LA LOUPE
LES DAF ONT POSE LA CRAVATE

La mode du «friday wear» demeure vivace dans les entreprises. Les collaborateurs en profitent pour s'habiller, le plus souvent, en jean et chemise ou polo. Pour autant, la décontraction gagne du terrain dans les bureaux les autres jours de la semaine. Il semble que la jeune génération des Daf - les moins de 40 ans - ait définitivement quitté la cravate, sauf cas exceptionnels (rendez-vous avec des acteurs du secteur de la finance, événement spécifique, etc.). Pour autant, Thomas Pouget, créateur de la marque Toxan et conseiller-habilleur, estime que «les Daf devraient soigner leur vestiaire, et surtout leur silhouette, quelle que soit la tenue du jour, costume austère ou veste décontractée, afin de se sentir mieux dans leur peau». Car l'allure et l'élégance permettent d'asseoir l'autorité.

ET FACE AU FUTUR EMPLOYEUR?

Lorsqu'ils recherchent un poste, les Daf doivent également revêtir une tenue classique. Le code vestimentaire de rigueur pour un entretien de recrutement est traditionnel: costume, voire cravate, et ce quel que soit le secteur d'activité. «C'est sans appel, car on ne demande pas à un Daf de faire preuve d'originalité», lâche Manuel Perruchot-Triboulet, cogérant du cabinet de recrutement Selecteam, à Roubaix. «Au contraire, ajoute-t-il, cela pourrait le desservir, car en tant que recruteur, si nous détectons de l'originalité, nous nous interrogeons sur sa capacité à correspondre au job. » Nadia Boutaleb, consultante associée d'AlterView Conseil, expert en recrutement basé à Lille, tient des propos un peu plus nuancés: «Selon le secteur, il doit aussi montrer qu'il peut s'adapter et faire siennes les us et coutumes de l'entreprise. Chez Décathlon par exemple, enseigne attachée aux valeurs du sport, pas question de se présenter autrement qu'en sportwears. » Car les looks les plus guindés seront recalés! L'habit ne fait pas le moine, mais tout de même...

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VERONIQUE MEOT