Par Philippe GRANGE , 19/01/2011
L'Observatoire des Achats Responsables réunissait cette semaine à Paris — en partenariat avec Décision Achats — plus de 350 personnes (directeurs achats, institutionnels et représentants d'associations). La présentation du deuxième baromètre des Achats Responsables y a fait sensation.
Premier constat, en totale contradiction avec les plus récentes études parues en début d’année, la mise en place d’une politique d’achats responsables dans les entreprises et organisations semble une priorité absolue (67% des répondants) devant la sacro-sainte réduction des coûts (61%) et les risques de la chaîne logistique (43%)! Voici l'enseignement principal que l'on peut tirer du deuxième baromètre sur les Achats Responsables présenté cette semaine à l'occasion de l'observatoire éponyme*. Selon le panel interrogé, la mise en place d’une telle démarche responsable date déjà de trois ans en moyenne pour 80% du panel. Elle n’est toujours pas d’actualité, ou encore en projet, dans une entreprise sur cinq.
Deuxième surprise, ce qui motive une telle politique d’achats responsables, c’est d’abord le coercitif, le respect des normes et règlementations (65%) puis l’image de l’entreprise (60%). La "préservation de la planète", motivation a priori la plus évidente, n’arrive ici qu’en 5e position avec 34% des opinions exprimés.
Où sont les correspondants achats responsables?
Le baromètre nous montre que la démarche achats responsables connaît toutefois une mise en œuvre très progressive, sinon à forte inertie. Pour preuve, la formalisation des objectifs de la politique achats responsables n’a été réalisée que dans 47% des entreprises. Quant au développement d’outils, de référentiels spécifiques et d’indicateurs de mesure, il ne serait effectif que dans 40% des cas. Enfin, un seul organisme/entreprise sur trois a nommé un correspondant achats responsables.
Concrètement on apprend qu’en 2011, la part des achats responsables n’excèdera pas 17% des achats globaux (contre 16% l’an dernier et 13% en 2009). Un résultat qui montre le chemin à parcourir, révélant au passage une disparité de maturité entre les entreprises privées (19%) et les organismes publics (12%).
Autre enseignement majeur, le fait que seuls 24% des répondants appréhendent les coûts globaux des produits (acquisition + logistique + non-qualité + risques RSE) et que 16% calculent systématiquement les coûts de fin de vie, de destruction et de recyclage des produits.
Les entreprises responsables, bons élèves et bons payeurs!
La question de la prise en compte des fournisseurs de "petite taille" révèle, côté positif, que 57% des répondants prennent en compte l’efficacité économique de l’offre plutôt que la taille du fournisseur ou que le nombre de ses références. Mieux, 33% d’entre eux (et surtout 62% dans le secteur public) allotissent des marchés pour confier certains lots aux TPE/PME.
Si, côté délai contractuel de paiement, 77% des entreprises disent régler leurs fournisseurs entre 30 et 60 jours (loi LME oblige), dans la réalité les choses en vont autrement. 30% d’entre elles seraient nettement au-delà des limites de la loi! À ce sujet, le baromètre montre que les organismes qui ont mis en place une démarche achats responsables pilotent beaucoup mieux, et avec volonté, la réduction des délais de paiement.
Deux organisations sur trois, nous indique l'Observatoire, ne maîtrisent pas réellement le caractère "responsable" de leurs fournisseurs. Pour ce faire, elles s’en remettent plutôt aux labels, certifications, indicateurs de toutes sortes (65%) ou aux questionnaires "acheteurs" transmis aux fournisseurs (51%). Encore à la marge, les missions d’audits externes par des spécialistes du genre (19%).
Les critères sociétaux entrent dans le référencement
De manière encore "timide" (14%), les critères sociaux/sociétaux (au sens RSE, responsabilité sociale de l’entreprise) sont désormais pris en compte dans le référencement des fournisseurs… bien après les critères économiques (41%) et les critères environnementaux (31%).
Enfin, les entreprises et organismes interrogés favorisent essentiellement l’insertion des personnes handicapées à 62% (un score à mettre en relation avec la loi Handicap de 2005), alors que l’insertion des sans emplois, des seniors et/ou des minorités visibles reste une préoccupation de deuxième rang (respectivement 24%, 23% et 11%). En ces domaines, faudra-t-il aussi l’intervention du législateur?
(*) L’enquête, menée par OpinionWay entre le 10 novembre et le 15 décembre 2010 a été réalisée sur la base d’interviews en ligne auprès d’un échantillon de 200 personnes, représentatif des organisations publiques et des entreprises.
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